CHAMILLART ET LOUIS XIV
L'usage d'écrire à mi-marge, pour que le Roi pût consigner ses réponses en regard, n'était pas particulier à Chamillart ; on en pourrait citer des exemples de tous les temps et tous les pays. Ainsi faisaient, chez nous, Richelieu avec Louis XIII2, Colbert avec Mazarin et avec Louis XIV3.
Comme une correspondance de ce genre avait un caractère plutôt privé qu'officiel, Chamillart garda par-devers lui une certaine quantité de lettres apostillées par le Roi ; l'abbé Esnault en a retrouvé dans les épaves du chartrier de la Suze et les a comprises dans sa publication. Une autre lettre pareille, du 12 août 1706, sur le siège de Menin, fut renvoyée par le ministre au duc de Vendôme, pour que celui-ci en prit connaissance, et elle resta dans ses papiers4.
La lettre du 22 septembre 1707 que l'abbé Esnault a reproduite5 n'est pas précisément celle dont Saint-Simon nous cite la conclusion : mais le sens des apostilles ne me semble guère moins significatif. Le ministre disant que ses forces sont épuisées, qu'il « commence à travailler à l'impossible, » et que cependant on n'a le choix qu'entre « se donner, autant qu'il sera possible, la supériorité dans tous les pays où S. M. sera obligée d'entretenir les armées, » ou « recevoir la paix à des conditions telles que les ennemis la voudront donner, » Louis XIV répond en marge : « Vous m'avez averti dans tous les temps, et je connois fort bien votre (ou notre) état. Travaillez toujours ; j'espère que Dieu vous assistera. » Sur un autre billet ou fragment de lettre, on lit encore cette apostille : « Vous êtes à plaindre; mais vous avez du courage. J'espère que Dieu vous assistera et vous donnera la force de résister à tant de travail. »
Enfin voici, d'après l'original conservé au Dépôt de la guerre, vol. 1967, n° 76, une troisième lettre, où les apostilles sont également écrites en vue de réconforter et soutenir le malheureux ministre. Je conserve les deux orthographes du Roi et du ministre :