Légère est en interligne
6. En allant se faire panser, le prince donna ses ordres pour l'évacuation et pour la retraite, comme on l'a vu ci-dessus (p. 55, note), à
ramassant autour de lui ce qu'il put d'officiers généraux, il leur exposa courtement, mais avec justesse, qu'il n'étoit plus temps que de penser à la retraite et à prendre le chemin d'Italie; que, par ce parti, ils y demeureroient maîtres, enfermeroient l'armée victorieuse autour de Turin, lui empêcheroient tout retour en Italie, la feroient périr dans un pays entièrement ruiné et désolé, dans l'impossibilité d'y subsister et d'en sortir, encore moins de s'y réparer, tandis que l'armée du Roi, lui1 fermant la communication de tout secours, se trouveroit dans un pays abondant, où ils seroient les plus forts, à portée de tout et de tout entreprendre avec temps et loisir. Cette proposition effaroucha au dernier point des esprits peu rassurés, et qui espéroient au moins ce fruit de leur désastre qu'il leur procureroit le2 retour si désiré en France pour y porter leur argent, dont ils s'étoient gorgés à toutes mains en Italie3. La Feuillade, à qui tant de raisons dévoient fermer la bouche, se mit si bien à combattre cet avis, que le prince, poussé à bout d'une effronterie si soutenue, lui imposa*, et fit parler les autres. D'Estaing fut encore le seul qui appuya l'avis de l'Italie. Le débat tint du désordre de la journée, et de l'abattement où la blessure de M. le duc d'Orléans l'avoit mis. Il le finit en leur disant que le temps ni le lieu n'étoient pas susceptibles d'une plus longue dispute, que, las enfin d'avoir eu tant de raison et si peu de créance, il s'en vouloit faire croire à son tour, maintenant qu'il étoit libre, et donna l'ordre de marcher au pont et de se retirer en Italie. 11 n'en pouvoit plus, son corps et son esprit s'épuisoient également; après avoir marché quelque
Saint-Frémond, qui en rendit compte au ministre le 10 septembre (Mémoires militaires, p. 653).