‹ Memoires de Saint-Simon (volume 5)Chapitre 576 sur 610 · Ci-dessus, p · texte numérisé non relu

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lires, se trouva l'innocent donneur d'avis d'un si exécrable monopole. » Après 1710, ce qui reste de la correspondance donne à penser que Boisguilbert continua jusqu'au dernier jour de son existence ses relations avec le contrôleur général et avec les premiers commis, mais sans que nous puissions préciser s'il fut pour quelque chose dans les tentatives de réforme dont il faut faire honneur à Desmaretz. On le voit seulement recourir plusieurs fois à la bonne volonté de celui-ci, soit pour se tirer des mauvaises affaires que lui suscitaient les magistrats de Rouen sur le chapitre de la police, ou pour obtenir la réduction de taxes trop lourdes, soit pour se décharger au profit de son second fils Maupertuis de la charge de lieutenant général alternatif de police qu'il avait acquise en 1710 à cette intention1. Boisguilbert crut devoir manifester sa reconnaissance « par une entière cessation d'attentions qui avaient fait presque toutes celles de sa vie depuis plus de trente ans. » Le sacrifice lui dut être d'autant plus pénible qu'il avait eu la permission de préparer un nouvel essai avec l'intendant Roujault et son beau-père le fermier général Maynon, et qu'il se croyait assuré de « tripler, avec profit des peuples, le dixième denier sur la grande ndustrie2. »

Du moins vit-il se clore enfin une guerre souvent glorieuse, mais toujours désastreuse, qui achevait d'épuiser la France, et il put espérer une ère de paix plus propice pour les réformes économiques et financières. Puis, le 8 août 1714, il installa son fils aine Pinterville dans sa propre charge de président et lieutenant général aux bailliage et siège présidial de Rouen; deux mois plus tard, le 10 octobre, il mourait en cette ville, et, le 11, son corps descendait dans les caveaux de l'église Saint-Maclou. Il avait soixante-neuf ans selon l'acte d'inhumation.

Quoique Saint-Simon n'ait connu Boisguilbert que très passagèrement, et n'ait suivi ses travaux sur la matière imposable que par voie indirecte, il a su rendre justice à des principes humanitaires et patriotiques, à un généreux instinct, à un grand cœur, et cet hommage fut à peu près unique en son genre; à part quelques curieux d'économie politique et financière, ni le Détail, ni le Factum, ni le Supplément, ni le reste de cet amas de mémoires, incohérents le plus souvent et illisibles, toujours impropres pour une mise en œuvre, quoique procédant d'une inspiration tout à fait supérieure, ne trouvèrent plus de lecteurs, même au temps où physiocrates et encyclopédistes prirent la direction des esprits. Il a fallu que l'éditeur de la collection des Économistes français eût l'idée de les rapprocher de l'œuvre de Vauban, comme l'avait fait précisément Saint-Simon, et que, par suite, l'une des cinq académies de l'Institut de France en mit l'étude au concours,

1. Les provisions furent expédiées au nom du fils le 25 septembre 1712. Depuis la création de ces charges en 1699, le corps de ville n'avait cessé d'en contester les attributions.

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