‹ Memoires de Saint-Simon (volume 5)Chapitre 67 sur 610 · Ce soin corrige peut-être suitte · texte numérisé non relu

Ce soin corrige peut-être suitte

7. Dans le Parallèle, p. 277, notre auteur dit : « Espèce de linotte, intriguant qui s'étoit poussé en faisant sa cour à tout ce qui étoit en quelque place ou crédit par tous moyens, qui trembloit sous les ministres, et qui sacrifia M. le duc d'Orléans, Tannée et l'Italie à la Feuillade, dans la frayeur et l'adulation de Chamillart. »

de peu de fonds, de peu de jugement, de peu de1 capacité, dont tout l'art et le mérite alloit à plaire2. 11 étoit moins que rien, du pays de Liège. Son père3, qui étoit capitaine, s'avança de bonne heure au service de France, y épousa une Balsac, suivit le parti de Monsieur le Prince, dont il fut estimé, changea aisément de parti selon son intérêt, se donna aux Espagnols4, courtisa si bien Charles II, lorsqu'il étoit à Bruxelles, qull en eut la Jarretière au scandale des Anglois5, et parvint à tout dans le militaire au

•1. Les deux derniers peu de ont été ajoutés après coup en interligne.

2. « J'aimerois bien autant qu'on ne fût pas si blèche, et qu'on n'eût pas un aussi gros bréviaire à la messe, » écrivait Louville en 1702 (notre tome X, p. 442). Au point de vue militaire, Voltaire a dit (Siècle, p. 349) que Mare in, « avec beaucoup d'esprit et un sens droit, » passait pour avoir « l'expérience d'un bon officier plus que d'un général. » Nous l'avons vu se distinguer ainsi à Luzzara. En religion, voici comment M. de Beauvillier le caractérisait (lettre du 17 août 1701, à Louville) : « M. de Marcin n'est point livré au parti janséniste; car il hait toute cabale et sait en gros qu'il y en a là. Ainsi ne le craignez pas sur cet article ; mais, comme il n'est pas instruit en détail, instruisez-le peu à peu des faits, sans empressement et comme sans dessein, à mesure que les occasions en naitront. Faites-le plutôt que le P. Daubenton, car, quelque honnête homme que soit un jésuite, il est moins propre à persuader sur le chapitre de jansénisme. »

3. Jean-Gaspard-Ferdinand : tome IX, p. 29-32. Les deux passages sur ce personnage semblent être une paraphrase du Moréri, art. Marchin. Voyez aussi l'article nécrologique du Journal de Verdun, 1706, 2e partie, p. 439.

4. Il venait de recevoir la vice-royauté de Catalogne, le 18 septembre 1651, quand Condé l'entraîna dans la rébellion : Gazette de 1654, p. 596, 1047-1048, 1116, 1163, 1199, 1226 et 1249.

5. « Parce [que] c'étoit un Liégeois de très peu de chose » (tome IX, p. 30). C'est par brevet du 10 mars 1657, selon Pinard, que ce Marchin fut nommé commandant de toutes les forces de Charles 11 sous les ordres des princes ses deux frères, et le môme roi lui donna la Jarretière en février 1658. La même année, on le vit à Francfort tout disposé à servir l'empereur Léopold ou le roi de Hongrie (Annuaire- Bulletin de la Société de l'Histoire de France, 1886, p. 249). Son renom comme adversaire de la France était assez grand pour que, plus tard, en 1695, une de nos médailles ait célébré sa défaite par le maréchal de Créquy, le 31 août 1667, ad fossam Burgensem,

La Feuillade, de négligence

ou

de dessein,

prive

M. le duc

d'Orléans

de la

communication

avec" l'Italie

par Ivrée.

service d'Espagne, dans lequel il mourut d'assez bonne heure. 11 ne laissa que ce fils, que sa mère éleva en France et l'y attacha. On a vu sa fortune et sa catastrophe. 11 n'étoit point marié, et point vieux1.

Dans une si cruelle retraite, l'armée manqua de pain, qui fut le comble de ses malheurs2. M. le duc d'Orléans, bien qu'outré de corps et d'esprit, étoit le seul qui songeât à tout, et qui n'étoit soulagé par personne3. Il s'arrêta pour attendre la queue de ses troupes et leur fournir du pain. Dès qu'il y en eut de cuit, il en fit prendre à un gros détachement, avec lequel il ordonna à Vibraye4 de s'aller saisir5 du château de Bard6, passage unique qui conservoit

1. Son héritier, comme issu des Balsac, fut le marquis de Renty.

2. Voyez ci-après, p. 504-510, des extraits de la correspondance.

3. « Arrivé à Pignerol, non seulement Mgr le duc d'Orléans n'y trouva point les magasins qu'on avait annoncé y avoir été faits par les ennemis, mais le pays ne put même fournir le quart du pain nécessaire pour la subsistance d'un jour. Les troupes vécurent de grain bouilli, de viande et de fromage, et, quand on aurait pu se procurer des subsistances, il n'y avait point d'équipages des vivres. Ceux de l'artillerie étaient aussi restés devant Turin. On manquait de fonds. Les troupes étaient découragées et affaiblies au point que les plus forts bataillons de l'armée du siège n'étaient que de deux cent cinquante hommes, les autres d'environ cent cinquante, et un grand nombre encore plus faibles. Ceux de l'armée de Lombardie étaient en meilleur état ; mais aucun n'excédait trois cents hommes. Les officiers euxmêmes, dénués de tout secours, s'absentaient sans permission, pour aller chercher du repos et du soulagement à leur misère. Dans cette malheureuse situation, S. A. R. ne vit de ressource que dans les secours que pourrait lui fournir le Dauphiné, et elle se détermina à se rapprocher de cette frontière. » (Pelet, Mémoires militaires, p. 293- 294.) Comparez la lettre écrite d'Oulx, 21 septembre, par le prince, qui est ci-après, p. 510, et les lettres de l'intendant d'Andrezel qui sont au Dépôt de la guerre, vol. 1965.

4. Henri-Éléonor Hurault, marquis de Vibraye, lieutenant d'infanterie en 1678, colonel en 1684, brigadier en 1694, maréchal de camp en 1702, lieutenant général le 26 octobre 1704, eut en dernier lieu le commandement de Saint-Malo, et mourut le 1er janvier 1728.

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