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5. Anne Bigot, fille d'un intendant du duc de Guise, née le 29 novembre 1605, épousa, en février 1627, Guillaume Cornuel, secrétaire du Roi et trésorier général de l'extraordinaire des guerres de delà les monts. Restée veuve en 1657, elle mourut à Paris, en février 1694. Voyez son historiette dans Tallemant des Réaux, tome V, p. 132-143 ; son portrait, sous le nom de Zénocrite, dans le Cyrus; son éloge dans les Mélanges d'histoire et de littérature, de Vigneul-Marville, tome I, p. 299- 304, et son épitaphe, attribuée à Chaulieu, dans le Recueil de pièces curieuses imprimé à la Haye en 1694, tome I, p. 691. Vigneul-Marville caractérise son esprit en quelques lignes qui semblent fort justes, à en juger d'après ceux de ses bons mots qui ont été conservés : « Elle écoutoit avec une attention qui débrouilloit toutes choses, et répondoit encore plus aux pensées qu'aux paroles de ceux qui l'interrogeoient. Quand elle considéroit un objet, elle en voyoit tous les côtés, le fort et le foible, et l'exprimoit en des termes vifs et concis, comme ces habiles dessinateurs qui, en trois ou quatre coups de crayon, font voir toute la perfection
MÉMOIRES DE SAINT-SIMON. Il 9
Add. Sl-S. 81]
apprendre le mariage qu'il venoit de conclure, tout engoué de la grande naissance et des grands biens qui §*j trouvoient joints. « Ho! Monsieur, lui répondit la bonne femme, qui se mouroit, et qui mourut deux jours après, que voilà un grand et bon mariage pour dans soixante ou quatre-vingts ans d'ici ! »
Mariage du duc Le duc de Montfort , fils aîné du duc de Chevreuse, deMontfort. épousa en même temps la fille unique de Dangeau1, chevalier de l'Ordre, et de sa première femme, fille de Morin : dit le Juif*, sœur de la maréchale d'Estrées3. Elle passe * pour très-riche, mais aussi pour ne pas retenir ses vents, dont on fit force plaisanteries y.
d'une figure. » Gaignières dit, dans le commentaire de son Chansonnier (ms. Fr. 12 691, p. 259) : « Elle avoit l'esprit mâle et fort au-dessus de son sexe, pour sa pénétration et sa fermeté. » Ses bons mots abondent dans les Lettres de Sévigné et dans les mémoires du temps.
1. Philippe de Courcillon, marquis de Dangeau, avait épousé en premières noces, le 11 mai 1670, Anne-Françoise Morin, morte le 22 mars 1682. Leur fille, Marie-Anne-Jeanne de Courcillon, née en décembre 1671, épousa, le 17 février 1694, Honoré-Charles d'Albert, duc de Montfort (tome I, p. 237, note 1). Devenue veuve en 1704, elle se retira dans un couvent, et y mourut le 26 juin 1718. Sur ce mariage, voyez le Journal de Dangeau, tome IV, p. 452.
2. Jacques Morin, garçon de boutique, puis usurier, et enfin traitant, avait acquis une charge de secrétaire du Roi pour s'anoblir, et une autre charge de maître d'hôtel ordinaire du Roi; il était fort décrié. Voyez le Chansonnier, ms. Fr. 12 692, p. 205, et les Papiers du P. Léonard, MM 826, fol. 90.
3. Marie-Marguerite Morin avait épousé en 1658 Jean, comte d'Estrées, vice-amiral et maréchal de France (tome I, p. 130, note 6); devenue veuve en 1707, elle mourut le 16 mai 1714, à soixante-quinze ans.
4. 11 y a bien passe. Est-ce écrit avant la mort de la duchesse ?
5. Les chansons raillent aussi sa ressemblance avec la face étonnamment ronde de son père; on connaît surtout celle que fit Madame la Duchesse (ms. Fr. 12 691, p. 309):
La tille à Dangeau Ressemble à Dangeau; Dangeau, etc....
Dangeau ne parle guère d'elle qu'une ou deux fois; ils s'entendaient
Le duc de Villeroy1, en même temps, épousa la se- Du duc conde fille de Mme de Louvois2, fort riche et charmante, de vnieroy. sœur de M. de Barbezieux, et sœur aussi fort cadette de la duchesse de la Rocheguyon 3. L'archevêque de Reims,
mal ensemble sur les questions d'argent. Le P. Léonard (ms. MM 824, fol. 103) raconte qu'elle dut renoncer, en se mariant, à demander ses comptes de tutelle, mais que son oncle, l'abbé de Dangeau, lui donna ou lui assura les cinq cent mille livres que sa mère, en mourant, lui avait léguées . Le père donnait la terre de Bressuire en Poitou, son superbe hôtel de la place Royale, cent mille livres comptant, etc. Suivant le même chroniqueur (MM 826, fol. 82), la noce faillit être troublée par les réclamations d'une autre fille de Morin le Juif, Mme du Mesnil-Montmort, que Dangeau n'avait pas traitée avec assez d'égards en cette occasion.
1. Louis-Nicolas de Neufville, marquis d'Alincourt, baptisé à Paris le 25 décembre 1663, et pourvu, dès 1680, de la survivance de lieutenant général des provinces de Lyonnais, Forez et Beaujolais, était brigadier d'infanterie depuis 1693 et avait servi au siège de Charleroy. A l'occasion de son mariage, le maréchal son père eut la permission de lui céder le titre de duc de Villeroy dès la fin du mois de février, mais fut maintenu, ainsi que sa femme, dans la jouissance des honneurs qui y étaient attachés, par un brevet du 1er mai suivant (Arch. nat., 01 38, fol. 119, et MM 828, fol. 105 ; voyez le Journal de Dangeau, tome IV, p. 452, et
l'Addition de Saint-Simon indiquée ici). Le duc de Villeroy devint mare- [Add. SLS. aâ] chai de camp en 1696, lieutenant général en 1702, capitaine des gardes du corps en 1708, gouverneur du Lyonnais en survivance en 1712, et chevalier des ordres en 1724. Il mourut le 22 avril 1734.
2. Mme de Louvois (tome I, p. 83, note 3) avait pour dernière fille Marguerite le Tellier, qui était née le 14 juillet 1678, et qui mourut le 23 avril 1711. Son mariage eut lieu le 20 avril 1694; Mme de Sévigné (tome X, p. 141-142 et 146, et Lettres inédites, publiées par M. Capmas, tome II, p. 507) en a décrit la « longue magnificence. » Comparez le Mercure, février 1694, p. 327, et la Gazette d'Amsterdam, p. 143. On venait de terminer le partage de la succession de Louvois : la nouvelle mariée avait pour sa part plus de sept cent mille livres; sa mère lui donna cinquante mille livres d'habits et de meubles ; l'archevêque de Reims fit cadeau des belles pendeloques de Mademoiselle, dont parle Mme de Sévigné, etc. (Papiers. du P. Léonard, MM 828, fol. 15.)
3. Madeleine-Charlotte le Tellier, née le 23 juin 1665, mariée le 23 novembre 1679, seize mois après la naissance de sa sœur, à François de la Rochefoucauld, duc de la Rocheguyon, qui prit le titre de duc de la Rochefoucauld en 1714. Elle mourut le 18 novembre 1735.
De la Chastre.
son oncle, aussi humble sur sa naissance, comme tous les Telliers1, que les Colberte1 sont extravagants sur la leur, et par cela même assez dangereux sur celle des autres : « Ma nièce, lui dit-il, vous allez être duchesse comme votre sœur, mais n'allez pas croire que vous soyez pareilles ; car je vous avertis que votre mari ne seroit pas bon pour être page de votre beau-frère3. » On peut juger combien cette franchise, qui ne fut pas tue, obligea son bon ami pourtant, le maréchal de Villeroy.
Enfin le marquis de la Chastre4 épousa la fille unique
1. Dans le portrait que Saint-Simon donnera plus tard de ce « grand prélat, » il dira que, « rustre, et haut au dernier point, il étoit humble sur sa naissance à en embarrasser. » (Mémoires, tome VII, p. 281.)
2. Saint-Simon reviendra sur cette «extravagance,» que partageaient Colbert et surtout Seignelay. Nous nous bornerons ici à renvoyer aux Documents inédits sur Colbert, publiés en 1874, par M. de Boislisle, p. 1-9.
3. L'origine très-humble des Neufville de Villeroy n'était un secret pour personne, surtout depuis qu'ils avaient eu à soutenir, en 1680, un procès soulevé par les héritiers de la famille le Gendre, à raison de ce qu'ils ne portaient plus ce nom comme l'eût voulu la substitution faite en leur faveur parle trésorier Pierre le Gendre. Des factums fort curieux avaient été produits à cette occasion, malgré le crédit du vieux maréchal, et d'ailleurs on voyait encore ses premiers ancêtres, du nom de Neufville, inscrits comme vendeurs de marée sur les registres de l'église Saint-Landry. Leur illustration n'avait commencé qu'à un Nicolas de Neufville, qui fut secrétaire du roi sous Louis XII et audiencier de la chancellerie^ puis trésorier de France, à la place de son oncle Pierre le Gendre, et secrétaire des finances de François Ier. Son fils lui succéda dans cette dernière charge, son petit-fils devint ministre d'État, etc. Voyez la suite des Mémoires, tome III, p. 447-449, et une Addition au Journal de Dangeau, sur l'origine de cette fortune, tome IV, p. 450-451.
4. Louis de la Chastre, comte de Nançay, marquis de la Chastre, était colonel d'un régiment d'infanterie de son nom depuis 1684, et brigadier depuis la promotion de mars 1693. Il eut le grade de maréchal de camp en 1702, celui de lieutenant général eu 1704, fut fait gouverneur des forts et citadelle de Peccais et de Tour-1'Abbé en 171w2, eut aussi, selon la Gazette, une lieutenance générale ;mx pays et duchés d'Orléanais, Dunois et Vendomois, et mourut à Picpus, le 12 septembre 1730, âgé de soixante-neuf ans.
du premier mariage du marquis de Lavardin1, chevalier de l'Ordre, avec une sœur du duc de Chevreuse2.
Il y eut cet hiver force bals3, et plusieurs beaux au Palais-Royal, au premier desquels j'eus l'honneur de mener au branle Mme la princesse de Gonti douairière4, fille du Roi ; et le mardi gras, grande mascarade à Versailles, dans le grand appartement, où le Roi amena le roi et la reine d'Angleterre, après leur avoir donné à souper5. Les dames y étoient partagées en quatre quadrilles6, conduites par Mme la duchesse de Chartres, Ma-
1. Henri-Charles, sire de Beaumanoir, marquis de Lavardin, etc., né le 15 mars 1644, colonel des régiments de Navarre et Royal-Marine, lieutenant général au gouvernement de la Marche, puis en Bretagne (1670), sur la démission du duc de Chaulnes, ambassadeur extraordinaire à Rome (1687), chevalier de l'Ordre (1688). Mort le 29 août 1701.
2. Françoise-Paule-Charlotte d'Albert de Luynes, mariée à M. de Lavardin le 3 février 1667, et morte en couches, en 1670, ayant eu deux filles, dont l'une se fit religieuse ; la seconde, dont il est question ici, Anne-Charlotte de Beaumanoir-Lavardin, dite Mlle de Malicorne, née en 1668 ou 1670, épousa, le 9 mai 1694, le marquis de la Chastre, et mourut à Malicorne, le 29 avril 1725. M. de Lavardin s'était remarié, en 1680, avec une fille du duc de Noailles, morte en 1693. — Sur le mariage la Chastre et Lavardin, voyez les Lettres de Mme de Sévigné, tome X, p. 143 et 145, le Mercure, mai 1694, p. 301, et le Journal de Dangeau, tome IV, p. 470 et 485, et tome V, p. 8.
3. On remarqua beaucoup la coïncidence regrettable des fêtes les plus splendides avec la disette qui durait depuis un an : « Malgré les misères qui sont extrêmes, on ne laisse pas de se marier. » (Lettres de Mme de Sévigné, tome X, p. 136.)
4» Voyez tome I, p. 58, note 3. Elle étaitnée en 1656, et avait vingt-huit ans à l'époque dont parle Saint-Simon. C'était encore « Conti la belle, » la fille des Amours, la fille des Dieux, qui, dix ans plus tôt, l'emportait sur les meilleures danseuses de Paris et de l'Opéra ; mais elle avait perdu quelque chose de sa beauté, sinon de son agrément et de sa grâce infinie, et l'on commençait à trouver un peu ridicule qu'elle dansât autant que par le passé.
5. Journal de Dangeau, tome IV, p. 455; Mercure, février 1694, [). 391 (ainsi paginée par erreur, pour 329).
6. Dans la cinquième édition du Dictionnaire de V Académie (1798), quadrille n'est encore qu'un terme de carrousel; dans la sixième (1835),
MfiMOlIlKS
Distribution des armée?.
Beuvron et Matignon refu-
demoiselle, Madame la Duchesse et Mme la princesse de Conti douairière. Malgré la mascarade, on commença par le branle, d j \ menai la fille unique du duc de la Trémoïllc1, <|tii étoit parfaitement bien faite <■! <jui dansoit
des mieux. Elle étoit en moresse de la première quadrille, qui l'emporta pour la magnificence, et la dernière pour la galanterie des habits2.
Les armées furent distribuées à l'ordinaire3 : la grande de Flandres à M. de Luxembourg, une moindre au maréchal de Boufflers, et le marquis d'Harcourt son camp volant; celle d'Allemagne au maréchal de Lorge, celle de Piémont au maréchal Gatinat, et le duc de Noailles chez lui, en Roussillon. Le maréchal de Villeroy doubla sous M. de Luxembourg, et le maréchal de Joyeuse sous M. de Lorge. Le maréchal de Choiseul alla en Normandie, avec un commandement fort étendu. MM. de Beuvron et de Matignon4, chevaliers de l'Ordre et lieutenants généraux de la province, firent difficulté de lui
il est, en outre, donné, comme ici, pour terme de ballet ou grand bal, plus ordinairement masculin que féminin. Il a, comme ici, ce dernier sens, au masculin, dans les Mémoire* du duc de Luyncs, tome V, p. 337.
1. Marie-Armandc-Victoire de la Trémoïlle, née en 1077, et mariée, le 1er février 1696, au duc d'Albret cité plus haut, p. 1°28. Elle mourut le o mars 1717. Elle était, dit Dangeau (tome XVII. p. 36), « fort noble et fort magnifique. »
2. Ellipse facile à suppléer : « et la dernière quadrille l'emporta pour, etc. »
3. Sur cette distribution, voyez le Journal de Dangeau, tome IV, p. 477 et 485, et tome V, p. 1, 5, 13, 14, etc.
4. Jacques III de Matignon, comte de Torigny, puis de Matignon, auteur delà branche dos comtes de Torigny, ducs de Valentinois, né l.> 28 mai 1644 et entré d'abord dans l'ordre de Malte, puis pourra d'une charge de guidon des gendarmes de la garde, avait été l'un des six gentilshommes attachés, en 1680, à la personne de Monseigneur, el avait commandé le régiment de cavalerie du Roi. Fait chevalier de l'Ordre en 1688, lieutenant général en 1693, il avait la lieutenance générale au gouvernement de basse Normandie, les gouvernements de Cherbourg, Granville, Saint-Ld, etc., et le bailliage de Rouen. Il mourut à Paris, le 14 janvier 1725.
senl \c Monseigneur au maréchal de Choiseul, et le lui écrivent par ordre du Roi.
écrire Monseigneur : ils reçurent ordre du Roi de le faire, et il fallut obéir1.
Monseigneur fut, après ces destinations, déclaré commander les armées en Flandres, et tous les princes avec lui2.
Le régiment que j'avois acheté se trouvoit en quartier dans la généralité de Paris3, par conséquent destiné pour la Flandre, où je n'avois pas envie d'aller après tout ce qui s'étoit passé avec M. de Luxembourg. Par le conseil de M. de Beauvillier, j'écrivis au Roi mes raisons, fort abrégées, et lui présentai ma lettre comme il entroit de son lever dans son cabinet, le matin, qu'il s'en alloit à Chantilly et à Gompiègne faire des revues et revenir incontinent après *. Je le suivis à sa messe, et de là à son carrosse, pour partir. Il mit le pied dans la portière, puis le retira, et se tournant à moi : « Monsieur, me dit-il, j'ai lu votre lettre; je m'en souviendrai. » En effet, j'appris peu de temps après qu'on m'avoit changé avec le chan|edeFlan régiment du chevalier de Sully5, qui étoit à ïoul, et qui Allemagne. alloit en Flandres en ma place, et moi en Allemagne en la sienne. J'eus d'autant plus de joie d'échapper ainsi à
Le Roi me
1. Sur le Monseigneur dû aux maréchaux, voyez les Lettres de Mme de Sévigné, en 1675 et 1681, tome IV, p. 62, et tome VII, p. 151, 153,156, etc., les Œuvres de Balzac (éd. de 1665), tome II, p. 605-607, et les Historiettes de Tallcmant des Réaux, tome IV, p. 136-137.
2. Ces mots : « et tous les princes avec lui », ont été ajoutés après coup.