‹ Memoires de Saint-SimonChapitre 134 sur 351 · Madame la Duchesse et la duchesse de Chartres · texte numérisé non relu

Madame la Duchesse et la duchesse de Chartres

2. Dangeau raconte cette visite et ses résultats, à la date du 6 juillet 1694. Mme de Montespan était venue à Versailles même, quelques semaines auparavant, voir la duchesse de Chartres, pendant un séjour du Roi à Choisy (Gazette d'Amsterdam, 3 mai 1694, p. 150).

3. Anne-Marie d'Urre d'Aiguebonne, mariée à François de Rostaing, comte de Bury, chambellan de Monsieur Gaston, et veuve en 1666, avait été nommée, en janvier 1680, dame d'honneur de la princesse de Conti. Elle quitta la cour en avril 1693, et mourut à l'âge de quatre-vingt-onze ans, le 19 octobre 1724. Il est assez souvent parlé d'elle dans les Lettres de Mme de Sévigné.

4. La maison d'Urre était des meilleures du Dauphiné et avait formé une grande quantité de branches, fécondes en hommes de guerre, en diplomates, etc. Le père de Mme de Bury était mort lieutenant général.

5. Le comte de Bury était frère de Marguerite-Renée de Rostaing, mariée en 1642 à Henri II de Beaumanoir, marquis de Lavardin, devenue veuve dès 1644, et morte en avril 1694.

6. Marie-Emilie Joly de Choin était fille du baron de Choin, gouverneur et grand bailli de Bourg-en-Bressc. Selon les Mémoires de Saiîit-Simon (tome VIII, p. 288), elle mourut vers 1723; selon son

Aventure de

Mme la princes

se de Conti ,

fille du Roi,

qui chasse de

chez elle Mlle Choin.

Disgrâce, exil, etc. de

Clermont.

Cabale

en désarroi.

Mlle Choin

et Monseigneur

[Add. S'-S. 90}

une grosse fille écrasée, brune, laide, çamarde, avec de l'esprit, et un esprit d'intrigue et de manège1. Elle voyoit sans cesse Monseigneur, qui ne bougeoit de chez Mme la princesse de Conti2. Elle l'amusa, et, sans qu'on s'en aperçût, se mit intimement dans sa confiance. Mme de Lillebonne et ses deux filles3, qui ne sortoient pas non plus de chez la princesse de Conti\ et qui étoient parvenues à l'intimité de Monseigneur, s'aperçurent les premières de la confiance entière que la Ghoin avoit acquise, et devinrent ses meilleures amies. M. de Luxembourg, qui avoit le nez bon, l'écuma5 : le Roi ne l'aimoit point, et ne se servoit de lui que par nécessité ; il le sentoit, et s'étoit entièrement tourné vers Monseigneur. M. le prince de Gonti l'y avoit mis fort bien, et le duc de Montmorency, son fils. Outre l'amitié, ce prince ménageoit fort ce maréchal, pour en être instruit et vanté, dans l'espérance d'arriver au commandement des armées6, et la dé- Addition (n° 90), en 1732; selon la Nouvelle biographie générale, en 1744. M. Edouard de Barthélémy, qui a publié en 1872 une notice sur Mademoiselle de Choin, n'a pas su non plus la date précise de sa mort.

1 . Comparez ce portrait et l'Addition correspondante (n° 90) avec la Correspondance de Madame, édition Brunet, lettres du 26 avril 1719 et du 1er mars 1720. Voyez aussi le Chansonnier, ms. Fr. 12 690, p. 173.

2. Cette princesse était, selon M. de Sourches (Mémoires, tome II, p. 186), la seule entre les enfants naturels du Roi pour qui Monseigneur montrât de l'inclination à cette époque.

3. Béatrix-Hiéronyme de Lorraine, dite Mlle de Lillebonne, née le 1er juillet 1662, passait pour être mariée secrètement au chevalier de Lorraine; elle devint abbesse de Remiremont en 1711, et mourut le 9 février 1738. Sa sœur, Elisabeth de Lorraine, née le 5 avril 1664, était mariée, depuis le 8 octobre 1691, au prince d'Espinoy (tome I, p. 265); veuve le 24 septembre 1704, elle mourut à Paris le 7 mars 1748.

4. Sur le rôle des Lillebonne dans cette société, voyez la suite des Mémoires, tome III, p. 58-59, et le Chansonnier, ms. Fr. 12692, p. 7.

5. Écumer, au figuré, signifie, d'après Furetière, soit « prendre le meilleur d'une affaire, » soit, comme ici et tome IV, p. 172 et 264, tome VI, p. 38, tome IX, p. 365, « attraper quelque secret et en faire son profit. »

6. Nous pouvons citer, à l'appui de ce que dit ici Saint-Simon, une lettre autographe que le prince de Ccmti écrivait à Luxembourg, peu

bauche avoit achevé de les unir étroitement. La jalousie [Add. S'-S. 91] de M. de Vendôme, en tout genre, contre le prince de Conti, n'osant s'en prendre ouvertement à lui, l'avoit brouillé avec M. de Luxembourg, et fait choisir l'armée de Catinat1, où il n'avoit rien au-dessus de lui; et M. du Maine, par la jalousie des préférences, n'étoit pas mieux avec le général. Tout cela l'attachoit de plus en plus au prince de Conti, et le tournoit vers Monseigneur avec plus d'application ; et c'est ce qui fit que Monseigneur avoit préféré la Flandre à l'Allemagne, où le Roi le vouloit envoyer, qui commençoit à sentir quelque chose des intrigues de M. de Luxembourg auprès de Monseigneur2.

après sa victoire de Leuze, et que nous croyons inédite. Elle est datée du camp d'Endingen, le 27 septembre (1691), et ainsi conçue : « Par ma foy, vous estes un plaisant home, et, dans le temps que l'on ne parle par tout que de quartiers de fourage, vous vous avisés d'aller battre la cavallerie de ce pauvre Valdec. J'avois espéré que cet anée vous ne me doneriés pas la peine de vous écrire et que vous n'auriés fait autre chose que faire repasser la Sambre au prince d'Orange et rompre les grands projets qu'il avoit fait contre la France ; mais je vois bien que vous voulés vous battre à quelque pris que ce soit. Je serois bien fasché que le garde qui s'est détaché pour vous tuer eut réussi à son dessein : la France et vos amis y auroient trop perdu. Mais je vous avoue que je me serois consolé qu'il vous eut doné quelque coup qui vous eut un peu étourdit, pour vous aprendre à ne pas tant faire le méchant. Toutes plaisanteries cessantes, home en France ne prend tant de part à vostre gloire que moy, et, si j'ose le dire, n'est si fâché de n'en pas estre le témoin, quoique je sçache bien qu'il n'y fasse pas seur. J'ay bien peur que vous n'eussiés pas autant d'envie de me voir sous vos ordres que j'en aurois d'y estre. J'espère pourtant que ma bone volonté viendroit au secours de mon ignorance. Je suis ravi de vous scavoir en bone santé, et j'ay beaucoup d'impatience que la campagne soit finie pour vous assurer moy mesme que je m'intéresse plus que persone du monde à tout ce qui peut vous faire plaisir. François Louis de Bourbon. » (Musée Britannique, ms. Additionnel 21 509, fol. 105-106.)

1. C'est-à-dire que les deux Vendôme avaient obtenu de passer de l'armée de Flandres dans celle d'Italie, que commandait Catinat, et où l'on a vu (tome I, p. 279 et 303-304) que le Roi les combla de marques de faveur. Voyez ci-après, p. 232.

2. Selon le Chansonnier (ms. Fr. 12 691, p. 349), le maréchal était

Ce prince avoit pris du goût pour Clermont4, de la branche de Chaste, enseigne des gendarmes de la garde. C'étoit un grand homme, parfaitement bien fait, qui n'avoit rien que beaucoup d'honneur, de valeur, avec un esprit assez propre à l'intrigue, et qui s'attacha à M. de Luxembourg à titre de parenté2. Celui-ci se fit honneur de le ramasser3, et bientôt il le trouva propre à ses desseins. Il s'étoit introduit chez Mme la princesse de Conti,

revenu de la dernière campagne avec l'espérance de parvenir au rang de connétable par le crédit de la Choin et de Monseigneur :

Par le secours de la Choin

Du Dauphin, Il [croyoit] tout faire à sa guise....

Si certain cas fût échu,

Il eût cru Être du moins connétable....

La disgrâce de 1694 trompa tous ses calculs.

1. François-Alphonse de Clermont-Chaste (aujourd'hui Chatte), d'abord chevalier de Clermont, puis marquis de Clermont-Roussillon, cornette de cavalerie en 1678, capitaine en 1683, exempt des gardes du corps de la compagnie de Duras en 1684, avait acheté, en novembre 1691, le guidon des gendarmes de la garde (ou des chevau-légers), et avait eu un brevet de mestre de camp au mois de mai suivant. Forcé de se démettre de sa charge en avril 1695, il ne reparut à la cour que sous la Régence, devint alors, par le crédit de Mme de Parabère, colonel des gardes suisses du Régent (1719), puis capitaine des gardes du duc d'Orléans (1728) et premier gentilhomme de sa chambre (1737), et mourut à Paris, le 1er janvier 1740, âgé de soixante-dix-neuf ans, sans avoir été marié. Selon le président Hénault, qui raconte tout cet épisode (Mémoires, p. 424), et dont le récit, comme celui de Mme de Caylus (Souvenirs, p. 497, 498 et 506), est à rapprocher du texte de Saint-Simon, Clermont était « un homme d'une belle figure, avec un grand air du monde, sans beaucoup d'esprit. »

2. On a vu plus haut (p. 33, note 2) que la maréchale de Luxembourg était fille d'un Clermont-Tonnerre. Les Clermont-Chaste prétendaient se rattacher au second degré connu de la grande famille dauphinoise qui s'était subdivisée en Tonnerre, Thoury, Montoison, etc.; mais ils n'en donnaient pas de preuve positive, et Monsieur de Noyon repoussait leur prétention.

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