‹ Memoires de Saint-SimonChapitre 143 sur 351 · Jargonner, « murmurer tout bas. » (Furetière · texte numérisé non relu

Jargonner, « murmurer tout bas. » (Furetière

2. Et est ajouté en interligne; puis, après publique est biffée la répétition : si ridicule.

3. Buzay-sur-Loirc (aujourd'hui commune du département de la Loire-Inférieure), près de Paimbœuf, était une abbaye de l'ordre de Ctteaux et de la filiation de Clairvaux, dont le revenu montait à trente mille livres. M. de Caumartin y avait été nommé en 4675.

Pontchartrain n'osa presque répliquer : il exécuta bien la première partie de son ordre ; pour l'autre, il la suspendit au lendemain, demanda grâce, fit valoir la jeunesse de l'abbé, la tentation de profiter du ridicule du prélat, et surtout la réponse corrigée et augmentée de la main de Monsieur de Noyon, qui, puisqu'il l'avoit examinée de la sorte, n'avoit qu'à se prendre à lui-même de n'y avoir pas aperçu ce que tout le monde avoit cru y voir. Cette dernière raison, habilement maniée par un ministre agréable et de beaucoup d'esprit, fit tomber la lettre de cachet, mais non pas l'indignation. Pontchartrain, pour cette fois, n'en demandoit pas davantage. Il fit valoir le regret et la douleur de l'abbé, et sa disposition d'aller demander pardon à Monsieur de Noyon et lui témoigner qu'il n'avoit jamais eu intention de lui manquer de respect et de lui déplaire. En effet, il lui fit demander la permission d'aller lui faire cette soumission; mais l'évêque, outré, ne la voulut point recevoir, et, après avoir éclaté sans mesure contre les Gaumartins, s'en alla passer sa honte dans son diocèse, où il demeura longtemps.

Il faut dire tout de suite que, peu après son retour à1 Grande action Paris, il2 tomba si malade qu'il reçut ses sacrements. de Monsieur de Avant de les recevoir, il envoya chercher l'abbé de Gau- rabbé de Caumartin, lui pardonna, l'embrassa, tira de son doigt un beau diamant, qu'il le pria de garder et de porter pour l'amour de lui3; et quand il fut guéri, il fît auprès du Roi tout ce qu'il put pour le raccommoder : il y a travaillé toute sa vie avec chaleur et persévérance, et n'a rien ou-

Page 1