‹ Memoires de Saint-SimonChapitre 148 sur 351 · Voyez tome I, p. 131, note · texte numérisé non relu

Voyez tome I, p. 131, note

8. Louis Béchameil, ancien fermier général, secrétaire du Roi en 1659 et secrétaire du Conseil, était surintendant de la maison de Monsieur et de celle de Madame depuis 1685. Il eut la même charge chez le duc d'Orléans, et mourut le 4 mai 1703, à soixante-treize ans.

avoir part à déterminer Monsieur à le1 lui vendre. A la fin et à force de donner gros, le marché fut conclu, et Monsieur en parla au Roi, qui s'étoit chargé de son agrément comme d'une bagatelle; mais il fut surpris de trouver le Roi sur la négative2. Monsieur insista, et ne pouvoit la comprendre. « Je parie, mon frère, lui dit le Roi, que c'est une nouvelle extravagance du cardinal de Bouillon, qui veut faire appeler un de ses neveux prince-dauphin. Dégagez-vous de ce marché. » Monsieur, qui avoit promis, et qui trouvoit le marché bon, insista ; mais le Pioi tint bon, et dit à Monsieur qu'il n'avoit qu'à faire mander au cardinal qu'il ne le vouloit pas.

Cette réponse lui fut écrite par le3 chevalier de Lorraine, de la part de Monsieur, et le pénétra de dépit. Ce nom singulier et propre à éblouir les sots, dont le nombre est toujours le plus grand, et un nom que des princes du sang avoient porté, avoit comblé son orgueil de joie : le refus le combla de douleur. N'osant se prendre au Roi, il répondit au chevalier de Lorraine un fatras de sottises, qu'il couronna par ajouter qu'il étoit d'autant plus affligé de ce que Monsieur luimanquoit de parole, que cela l'empêcheroit d'être désormais autant4 son serviteur qu'il l'avoit été par le passé. Monsieur eut plus envie de rire de cette espèce de déclaration de guerre que de s'en offenser. Le Roi d'abord la prit plus sérieusement; mais, touché par les prières de M. de Rouillon, et plus encore par la grandeur du châtiment d'une pareille insolence, si elle étoit

i. La, par megarde, pour le.

2. Journal de Dangeau, tome V, p. 152, à la date du 10 février 1695. Comparez une lettre de Coulanges, du 12 février 1695 (Lettres de Mme de Sévignê, tome X, p. 244-245), qui prouve qu'on avait vu dans le marché des Bouillons une intention de se rendre maîtres de toute l'Auvergne et d'assurer au duc d'Albret le titre de prince-dauphin , comme le Roi lui-même va le dire. On fit des chansons sur leur déconvenue.

Page 1