Autant est en interligne
prise comme elle le méritoit, il prit1 le parti de l'ignorer, et le cardinal de Bouillon en fut quitte pour la honte, et pour s'aller cacher une quinzaine dans sa belle maison de Saint-Martin de Pontoise 2, qu'il avoit, depuis peu, trouvé moyen de séculariser par des échanges 3, et de faire de ce prieuré un bien héréditaire et patrimonial 4.
Le marquis d'Arcy 5 étoit mort à Maubeuge, à l'ouver- [Add S\s. 95] ture de la campagne. De gouverneur de M. le duc de Chartres, il étoit devenu premier gentilhomme de sa chambre et le directeur discret de sa conduite. Ce prince, qui eut le bon esprit de sentir tout ce qu'il valoit, l'a regretté toute sa vie, et l'a témoigné par tous les effets qu'il a pu à sa famille, et jusqu'à ses domestiques. Il étoit chevalier de l'Ordre de 1688, conseiller d'État d'épée, et avoit été ambassadeur en Savoie. G'étoit un homme d'une vertu6 et d'une capacité peu commune, sans nulle pédanterie, et fort rompu au grand monde, et un très-vaillant
1. Devant il prit est biffé que; un peu plus loin, cacher est ajouté au-dessus de la ligne.
2. Cette maison, dont il subsiste encore des restes sur les bords de l'Oise, faisait partie d'une abbaye de bénédictins dont était titulaire, depuis 1677, le cardinal de Bouillon. Celui-ci possédait en outre, par engagement, le domaine et le vieux château de Pontoise.
3. Il y a dans le manuscrit : « que par un échange, il avoit, depuis peu, trouvé moyen de séculariser par des échanges ». Nous effaçons « par un échange » , que l'auteur a sans doute oublié de biffer après y avoir substitué plus loin un pluriel qui s'accorde mieux avec ce que dit Dangeau à l'endroit où renvoie la note suivante.
4. Voyez le Journal de Dangeau, tome V, p. 361, à la date du 3 février 1696, et les Lettres de Sévigné, tome X, p. 355. Coulanges était un des hôtes habituels de Saint-Martin. Selon Piganiol de la Force (Nouvelle description de la France, éd. de 1753, tome I, p. 305), le jardin de Saint-Martin était des plus beaux qu'on pût voir.
5. Voyez tome I, p. 92, où Saint-Simon avait mis Valenciennes pour Maubeuge. Le marquis d'Arcy a un article nécrologique dans le Mercure, juin 1694, p. 21 1 ; comparez aussi une lettre de Madame à l'abbé Dubois, dans le livre de M. de Seilhac sur ce ministre, tome I, p. 2 IN.
6. Cependant il avait été compagnon de libertinage de Bussy-Rabutin.
Changements chez Monsieui
homme, sans nulle ostentation. Un roi à élever et à instruire eût été dignement et utilement Remis entre ses mains1. Il n'étoit point marié ni riche, et n'avoit guère que soixante ans2 ; homme bien fait et de fort bonne mine. Au retour de l'armée, on fut surpris de celui que le Roi mit auprès de son neveu pour le remplacer3. Ce fut Cayeux4, brigadier de cavalerie, brave et très-honnête gentilhomme, qui buvoit bien, et ne savoit rien au delà. M. de Chartres fut fort aise d'avoir affaire à un tel inspecteur, dont il se moqua, et le fit tomber dans tous les panneaux qu'il lui tendit. Il y avoit eu aussi pendant la campagne quelques changements chez Monsieur. Il permit à Châtillon 3, son ancien favori, de vendre à son frère aîné6 la moitié de sa charge de premier gentilhomme de sa chambre7. Châtillon avoit