Voyez ci-dessus, p. 142, note
5. « On dit que des soldats tirent au billet, quand, de plusieurs soldats qui sont coupables d'une même faute, on n'en veut faire pendre qu'un, pour donner l'exemple; et pour cela on les fait tirer au sort, et on pend celui qui a tire le billet noir. » (Furetière.) On trouvera plusieurs ordres pour faire tirer au billet (1650-1660), dans un registre des Archives nationales, 0' 12, fol. 481.
f>. Voyez la suite des Mémoires, tome III, p. 380, et tome IV, p. 208. 7. Voyez tome I, p. 76-80, et ci-dessus, p. 144, note 8.
Huxelles pour l'infanterie, et du Bourg1 pour la cavalerie, eurent la direction du Rhin. Ils se retrouveront ailleurs : le premier, lieutenant général et chevalier de l'Ordre; l'autre, maréchal de camp.
Chamarande et Vaudrey"2, deux hommes distingués par leur valeur, par leur application et par leur mérite. Vaudrey étoit d une naissance fort distinguée, du comté de Bourgogne3, singulièrement bien fait, mais cadet et pauvre : de chanoine de Besançon, il prit un mousquet, devint capitaine de grenadiers, et reçut trente-deux blessures, dont plusieurs presque mortelles, à l'attaque de la contrescarpe deConi\ sans vouloir quitter prise, et y fut laissé pour mort. Cette action le fit connoître, et lui valut peu après le régiment de la Sarre. Chamarande5 avoit été premier valet de chambre du Roi en survivance de son père, qui l'avoit achetée de Beringhen, et en avoit conservé toutes les entrées6. Le père étoit de ces sages que tout le monde révéroit pour sa probité à toute épreuve et pour sa modestie. Il avoit vendu sa charge, et le Roi, qui l'aimoit et le considéroit fort au-dessus de son état, l'avoit fait premier maître
1. Léonor-Marie du Maine, comte du Bourg, né le 14 septembre 4655 mestre de camp du régiment Royal en 4676, inspecteur de cavalerie et brigadier en 1686, maréchal de camp en 4693, faisait depuis cette époque les fonctions de directeur de la cavalerie d'Allemagne. Il devint lieutenant général des armées en 4702, fut nommé chevalier de l'Ordre en 1709, maréchal de France en 4725, et mourut le 45 janvier 4739, étant doyen des maréchaux et gouverneur de l'Alsace et de Belfort.
1 Jean-Charles, chevalier, puis comte de Vaudrey, capitaine de grenadiers en 4688, colonel du régiment de la Sarre en 4694, brigadier en 4694, maréchal de camp en 1701, lieutenant général en 4704, fut tué au combat de Cassano, le 46 août 1705. Saint-Simon oublie de dire que Chamarande et Vaudrey ont les deux charges d'inspecteurs d'infonlerie sous Huxelles.
3. Un des anciens noms, comme l'on sait, de la Franche-Comté.
4. Ville de Piémont, au confluent de la Stura et du Gezzo, à soixantequinze kilomètres de Turin. — Sur la conduite de Vaudrey à Coni (1691), voyez le Journal de Dangeau, tome III, p. 435 et 416.
5 et 6. Voyez tome I, p. 493, noies 3 et 4, et Addition n" 4ft, p. 372.
d'hôtel de Madame la Dauphine, lors du mariage de Monseigneur. Il fit cette charge au gré de toute la cour1, et eut toujours la meilleure compagnie à sa table2. Son fils eut encore sa survivance. Ayant perdu sa charge avec sa maîtresse, il demeura à la cour, et y eut toujours chez lui la plus illustre compagnie, quoiqu'il n'eût plus de table, qu'il fût perclus de goutte, et qu'on ne vît jamais de vivres3 chez lui. Le Roi envoyoit quelquefois savoir de ses nouvelles, car il ne pouvoit plus marcher, et lui faire des amitiés ; et je me souviens qu'il étoit en telle estime que, lorsque mon père me présenta au Roi * et ensuite à ce qu'il y avoit de plus principal à la cour, il me mena voir Chamarande5. Son fils étoit fort joliment fait, discret, sage, respectueux, et fort au gré des dames du meilleur air. Il eut par degrés le régiment de la Reine, et se distingua fort à la guerre. Monsieur le Duc, M. le prince de Gonti, MM. 6 de la Rocheguyon et de Liancourt7, MM. de
1. Dans ce poste, il eut toute la confiance du Roi et de Mme de Maintenon, qu'il menait et ramenait tous les soirs, « à la face de l'univers. » (Lettres de Mme de Sévigné, tome VII, p. 78.)
2. Dans la maison des princes comme dans celle du Roi, le premier maître d'hôtel tenait table ouverte pour les officiers ou les visiteurs, et recevait à cet effet, outre la « desserte, » des « livrées » considérables.
3. Nous mettons, à tout risque, vivres, mais en avouant que cette leçon ne nous satisfait guère, et que le mot reste pour nous très-douteux. Qu'on lise vivres, ou verres, ou vins, ou restes, le sens n'est pas meilleur. Mais la comparaison du même mot vivres, qui se trouve plus loin (p. 357), à l'occasion de M. de Coislin, nous fait préférer cette lecture.