‹ Memoires de Saint-SimonChapitre 156 sur 351 · Ci-dessus, p. 151, note · texte numérisé non relu

Ci-dessus, p. 151, note

naissance1; mais sa pauvreté profonde l'avoit réduit aux plus étranges extrémités en ses premières années, d'autant plus cruelles à supporter qu'il sentoit le poids de son nom et étoit pétri d'honneur et de vertu. Parvenu à grand'peine à une compagnie de cavalerie, il se distingua tellement en un petit combat contre le général Massiette2, qui étoit dehors avec un fort gros parti, que Massiette, qui l'avoit pris, le renvoya sur sa parole, comblé d'éloge. Le R.oi, qui commandoit son armée, le loua extrêmement, lui donna une épée et un des plus beaux chevaux de ceux qu'il montoit, et lui fit l'honneur de le faire manger avec lui, qu'aucun capitaine de cavalerie n'avoit eu avant lui3. Un mois après, il vaqua un régiment de cavalerie, qu'il eut avec grande distinction, et servit depuis avec application, et soutint la réputation qu'il avoit acquise. Il auroit été plus aimé, si la capacité lui avoit permis d'être moins inquiet, et si l'humeur n'avoit pas été un nuage qu'on ne se soucie pas toujours de percer pour trouver la vertu qu'il cache. Les maréchaux de Duras et de Lorge, ses parents4, le protégeoient fort, et encore plus M. de la Feuillade, tant qu'il vécut, attaché au char de Mme de Quintin 5, chez qui Montgommery lo-

1. Les Montgommery de Lorge, venus d'Angleterre en France, sous François Ier, se rattachaient à une très-ancienne souche normande, et leur nom était bien connu depuis Gabriel de Montgommery, qui eut le malheur de tuer Henri II, et qui joua ensuite un rôle considérable dans les guerres de religion, parmi les chefs du parti protestant.

2. Ce général est appelé le colonel Masiette dans la relation de la Gazette (1675, p. 521-522) ; il commandait la place de Lewe, en Flandre, et obtint, peu après le fait d'armes dont il est question, un passeport français pour aller se faire traiter à Bruxelles.

3. Comparez la relation de cette affaire (1er juillet 1675) dans la Gazette, p. 521-522. Comme le Roi l'avait promis, le comte de Montgommery eut un régiment tout aussitôt, le 29 juillet.

4. La petite-fille de Gabriel de Montgommery avait épousé, en 4603, le marquis de Duras, grand-père des deux maréchaux, qui était protestant comme elle.

5. Suzanne de Montgommery, femme d'Henri Goyon de la Moussaye,

geoit à Paris, tous deux enfants des deux frères. Il s'étoit de nouveau signalé à la bataille de Staffarde1, où il eut une main estropiée. Il ne laissa pas d'avoir la double douleur de voir du Bourg, son cadet, maréchal de camp et directeur, et lui, d'être brigadier et inspecteur sous lui. On cria fort et de la préférence et de cette espèce d'affectation, et Montgommery, bien qu'outré, n'osa refuser, et se conduisit avec beaucoup de sagesse.

Bezons2, qui n'étoit que brigadier de cavalerie, et Artagnan 3, major du régiment des gardes françoises, eurent les deux directions de Flandres (je parlerai d'eux ailleurs*); Coigny5, beau-frère de MM. de Matignon6, et le

comte de Quintin, mort sans enfants, en août 1684. Saint-Simon parlera longuement d'elle à l'occasion de son second mariage, avec M. de Mortaigne, en 1698, et de sa mort, 18 janvier 1712. Elle avait à cette dernière époque soixante-quatre ans.

1 . Victoire ^emportée par Catinat sur le duc de Savoie et le prince Eugène, le 18 août 1690, près de l'abbaye de Staffarde, située sur le Pô, à six kilomètres N. de Saluées. La Gazette parle de la blessure de M. de Montgommery, dans son Extraordinaire du 5 septembre, p. 464.

2. Jacques Bazin, chevalier, puis comte de Bezons, capitaine de cavalerie en 1671, colonel en 1675, brigadier en 1688, était maréchal de camp en 1693, quoique Saint-Simon le dise seulement brigadier en 1694. Il eut le gouvernement de Gra vélines en 1700, devint lieutenant général en 1702, grand-croix de l'ordre de Saint-Louis en 1704, gouverneur de Cambray en 1708, chevalier de la Toison d'or et maréchal de France en 1709. A la mort de Louis XIV, il fut membre du conseil de régence, reçut l'Ordre en 1724, et mourut le 22 mai 1733, à quatre-vingt-huit ans.

3. Celui qui devint maréchal de France en 1709. Voyez tome 1, p. 257, note 6.

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