Genlis fut fait directeur d'infanterie le mois suivant
demeuré1 chargé auprès du Roi de toute l'iniquité du manquement d'une telle entreprise, par cette précaution-la même qu'il avoit prise de ne donner qu'une simple lettre de créance, en sorte que tout ce que dit Genlis, directement opposé à ce dont il étoit chargé, n'eut point de contradicteur, et passa en entier pour être de M. de Nouilles et par son propre fait2. On peut croire que Barbezieux ne perdit pas de temps à expédier les ordres nécessaires pour dissiper promptement tous les préparatifs, et de procurer à la flotte ceux de regagner Toulon3. On peut juger aussi quel coup de foudre ce fut pour M. de Noailles ; mais l'artifice avoit si bien pris qu'il ne put jamais s'en laver auprès du Roi : on en verra les suites, qui servirent de base à la grandeur de M. de Vendôme *.
1. Il y a bien demeuré dans le manuscrit; et, huit lignes plus loin. de, au lieu d'à, devant procurer.
2. On a vu, par nos notes et par les pièces, toutes irréfutables, qu'elles renferment, que Barbezieux n'avait plus rien à faire pour empêcher le siège de Barcelone. On en trouvera la preuve complémentaire dans la correspondance de M. de Noailles avec Câlinât, qui a été publiée en 1851 (Bulletin de la Société de l'Histoire de France, p. 280 et suivantes), et d'où il ressort que Catinat approuvait la résistance du maréchal aux ordres venus de Paris, et qu'il apprit le changement « avec un sensible plaisir. » Vauban était du même avis, et Pontchartrain et Boufflers s'empressèrent d'écrire des lettres consolantes au maréchal ; voyez les Mémoires de Noailles, p. 59 et 60. La cour elle-même se résigna; cependant le Roi, en répondant le 21 octobre, laissa encore échapper quelques regrets que M. de Noailles lui eût fait espérer Barcelone. Aussitôt M. de Noailles se justifia par une lettre des plus émues (27 octobre), en reconnaissant seulement qu'il eût dû avertir Tourville plus à temps. Enfin nous citerons cette phrase de Mme de Ma intenon (Corrcspondance générale, tome III, p. 420) : « J'ai eu bien de la peine de celle que M. le duc de Noailles aura sentie de l'affaire de Barcelone. Je voudrois qu'il fût moins sensible, et qu'il se contentât de trouver le Roi comme il le trouvera. » La Gazette d Amsterdam (1695, p. 147) rapporte ce fait curieux, que le lieutenant général de Catalogne, M. de Chazeron, ayant « tenu de mauvais discours » sur son vice-roi et sur l'affaire de Barcelone, le Roi lui-même prit la peine de les réconcilier aux approches de la campagne suivante.
3. Dangeau, tome V, p. 95, 99, 100. — 4. Voyez ci-après, p. 287-291 .
Vers ce temps-ci, la capitation fut établie1. L'invention et la proposition fut de Bâville2, fameux intendant de Languedoc. Un secours si aisé à imposer3 d'une manière arbitraire, à augmenter de même, et de perception si facile, étoit bien tentant pour un contrôleur général embarrassé à fournir atout l.Pontchartrain néanmoins y résista longtemps et de toutes ses forces, et ses raisons étoient les mêmes que je viens de rapporter. Il en prévoyoit les terribles conséquences, et que cet impôt étoit de nature à ne jamais cesser. A la fin, à force de cris de besoins, les brigues lui forcèrent la main5.
Le 27 novembre, M. le comte de Toulouse, qui avoit acheté le duché-pairie de Damville6 et en avoit obtenu une érection nouvelle en sa faveur, fut reçu en cette qua-