‹ Memoires de Saint-SimonChapitre 187 sur 351 · Voyez tome I, p. 292, note · texte numérisé non relu

Voyez tome I, p. 292, note

2. Voici ce que dit Gaignières, dans le commentaire de son Chansonnier, au sujet du duc de Chaulnes et de la perte de son gouvernement : « C'est une chose prodigieuse que la dépense que le duc de Chaulnes faisoit en Bretagne pour la table, et le détail en paroîtroit fabuleux, aussi bien que trop long. Il suffit de dire que, pendant les états de cette province, il a tenu jusqu'à huit tables soir et matin, et qu'il avoit jusqu'à trente cuisiniers, ceux qui avoient apprêté le dîner ne pouvant suffire pour le souper. L'auteur malin (de la chanson) n'a garde de par-

Les Bretons furent au désespoir 4 : tous le montrèrent par leurs lettres, leurs larmes et leurs discours ; tout ce qu'il y en avoit à Paris ne bougea de l'hôtel de Chaulnes2, avec plus d'assiduité encore qu'à l'ordinaire ; et M. et Mme de Chaulnes, touchés de cet amour si général et si constant, étoient de plus en plus profondément affligés. Ils ne s'en consolèrent ni l'un ni l'autre, et ne le portèrent pas loin3. Le Roi envoya chez lui, à Versailles, les trois enfants de France4, et, sur cet exemple, personne ne se dispensa de le visiter : il reçut ces compliments avec une triste

1er des autres magnificences de ce duc ; mais il est pourtant vrai que le duc de Chaulnes a répandu un argent infini en Bretagne, pour secourir les pauvres et mettre la paix dans les familles : à quoi il s'appliquoit avec une grande charité et beaucoup de succès. En un mot, il n'y a jamais eu un plus digne gouverneur de province. Aussi, à la réserve de quelque esprit malin comme l'auteur, tous les Bretons l'ont regretté. Nota que cet échange du gouvernement de Bretagne contre celui de Guyenne se fit malgré le duc de Chaulnes, et même à son insu. On prévoyoit depuis longtemps qu'à sa mort, le gouvernement de Bretagne seroit donné au comte de Toulouse, qui, étant amiral de France, trouvoit un grand avantage à avoir ce gouvernement, auquel l'amirauté de cette province étoit jointe. Mais, comme ce duc se portoit bien, à soixante-dix ans qu'il avoit, l'affaire ne paroissoit pas prête à se conclure. Charles-Honoré d'Albert, duc de Chevreuse et de Luynes, pair de France, etc., et neveu à la mode de Bretagne du duc de Chaulnes, et son héritier en partie..., se chargea de proposer de la part du Roi le change des deux gouvernements, et stipula, dit-on, qu'il auroit la survivance de celui de Guyenne lorsque le duc de Chaulnes en seroit revêtu. Cela fut exécuté, et ce dernier, n'ayant osé désobéir aux ordres du Roi, échangea la Bretagne contre la Guyenne, et le duc de Chevreuse en eut la survivance. » (Ms. Fr. 12 691, p. 464.)

1. Voyez la note qui précède. Quoique tous les contemporains s'accordent à dire que le duc de Chaulnes était « adoré » des Bretons, un des plus récents historiens de cette province, le comte de Carné (les États de Bretagne, tome I, p. 364), a contesté ce fait, sans doute en souvenir de la terrible répression des troubles de 1675.

2. Cet hôtel, dont parle bien souvent Mme de Sévigné, était situé place Royale.

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