Cet et, qui semble de trop, est bien dans le manuscrit
4. Nous avons vu que Bussy qualifiait Mlle de Frémont de « fille de laquais, » et l'on disait en effet que Frémont avait commencé par être en service avant de passer commis chez Catelan, secrétaire du Conseil, dont il épousa la fille en 1648. L'extraction de cette famille était réellement fort humble, et son nom même (Saint-Simon l'écrit tantôt avec et tantôt sans la particule) semble n'avoir été qu'un surnom ajouté au nom primitif, qui était Loye, et que portait encore le père de Nicolas de Frémont, simple huissier ou chaussetier à Rouen. Nicolas et son frère Robert, qui s'enrichit aussi dans la finance, s'anoblirent l'un et l'autre par le moyen d'une charge de secrétaire du Roi. Le public n'oubliait jamais ces origines, surtout à l'égard des traitants, et, quoique Mme de Lorge, « élevée comme devant être un jour une grande dame » (Sévigné,
du maréchal
de Lorge.
Mon mariage.
et à la famille du maréchal, et à la cour, et au monde, où elle s'étoit acquis une estime parfaite et une considération personnelle. Elle ne vivoit d'ailleurs que pour son mari, et pour les siens, qui avoit en elle une confiance entière et vivoit avec elle et avec tous ses parents avec une amitié et une considération qui lui faisoit honneur1.
Ils n'avoient qu'un fils unique, qu'ils aimoient éperdument, et qui n'avoit que douze ans, et cinq filles2. Les
tome IV, p. 395), fût considérée et estimée de tout le monde, il n'en resta pas moins établi que ce mariage, « admirable » au point de vue de la dot et de la femme, était une vraie mésalliance, et que M. de Lorge avait une fois de plus donné raison au proverbe : Ad turpia cogit egestas, aussi bien d'ailleurs que d'autres maréchaux ses confrères (Chansonnier, ms. Fr. 12 692, p. 120) :
L'on vit les maréchales S'approcher lentement, Qui revenaient des Halles Visiter leurs parents :
La Tourville et d'Estrées, La de Lorge et l'Estrades, etc.
Il faut ajouter que, du côté de la belle-mère, les Damond ne rachetaient point ce qu'il pouvait y avoir de défectueux chez les Frémont, ou chez leurs alliés les Douilly, dont Mme de Sévigné se moque si plaisamment (Lettres, tome X, p. 359-360). Voyez ci-contre, p. 267, note 2.
-1. Comparez un autre éloge de Mme de Lorge, tome III, p. 335.
2. Le fils, Guy de Durfort, titré comte, puis duc de Quintin, et plus tard duc de Lorge, était né le 20 février 1683, et mourut le 3 mars 1758. II eut un régiment de cavalerie de 1702 à 1705. Les filles étaient : 1° Marie-Gabrielle, née vers 1678, mariée à l'âge de dix-sept ans, le 8 avril 1695, avec notre duc de Saint-Simon, et morte à la Ferté-Vidame, le 21 janvier 1743; 2° Geneviève-Marie, mariée, le 21 mai 1695, avec le duc de Lauzun (voyez ci-après, p. 276), et morte sans enfants, le 19 mai 1740, à l'âge de soixante ans; 3° Élisabeth-Gabrielle, qui fut religieuse aux Bénédictines de Conflans, devint abbesse d'Andecies, au diocèse de Châlons, en janvier 1717, par le crédit de Saint-Simon, et mourut au mois de décembre 1727; 4° Claude-Suzanne-Thérèse, aussi religieuse à Conflans, pour qui Saint-Simon obtint en 1721 l'abbaye de Saint-Amand de Rouen, et qui mourut en novembre 1745, âgée de cinquante-sept ans; 5° Marie-Louise-Gabrielle, née le 10 octobre 1685, qui fut également religieuse, et vivait encore, au couvent de Sainte-Marie de Chaillol, en 1758 (Mémoires du duc de Luynes, tome XVI, p. 382).
deux aînées, qui avoient passé leur première vie aux Bénédictines de Conflans1, dont la sœur de Mme Frémont étoit prieure2, étoient depuis deux ou trois ans élevées chez Mme Frémont, mère de la maréchale de Lorge, dont les maisons étoient contiguës et communiquées 3. L'aînée avoit dix-sept ans, l'autre quinze *. Leur grand'mère ne les perdoit jamais de vue : c' étoit une femme de grand sens, d'une vertu parfaite, qui5 avoit été fort belle et en avoit des restes, d'une grande piété, pleine de bonnes œuvres, et d'une application singulière à l'éducation de ses deux petites-filles. Son mari, depuis longtemps accablé de paralysie et d'autres maux, conservoit toute sa tête et son bon esprit, et gouvernoit toutes ses affaires. Le maréchal vivoit avec eux avec toute sorte0 d'amitié et de devoirs; eux aussi le respectoient et l'aimoient tendrement. Leur préférence secrète à tous trois étoit pour Mlle de Lorge; celle de la maréchale étoit pour Mlle de Quintin7,
1. Couvent fondé en 1633 à Lagny, puis transféré à Conflans-sur- Marne. Le maréchal de Lorge ordonna d'y enterrer son cœur.
2. Claude Damond, nommée prieure par l'archevêque de Harlay, en 1672, et morte le 21 décembre £697. Cette religieuse et Mme de Frémont étaient filles de Claude Damond, secrétaire du Roi, mort en 1661, et de Françoise de la Lande, morte en 1653. Elles avaient eu pour frères et sœur : 1° Michel Damond, contrôleur général de la chancellerie, puis trésorier général du marc d'or (1659), et enfin trésorier des parties casuelles (1689); 2° Barthélémy Damond, seigneur d'Hérouville, lieutenant des gardes de la porte de Monsieur; 3° François Damond, seigneur de Mercy; 4° Marie Damond, mariée à Charles Croise!, marquis d'Estivaux, contrôleur général de la chancellerie, duquel mariage était né le président aux enquêtes, père de Mme d'Imbercourt.
3. Frémont habitait, dans la rue Neuve-Saint-Augustin, une maison contiguë, mise en communication avec l'hôtel qu'il avait cédé à sa fille; voyez ci-après, p. 272, note 2.
4. Mlle de Quintin n'avait que quatorze ans, selon son acte de mariage.