‹ Memoires de Saint-SimonChapitre 192 sur 351 · Après de est biffé h · texte numérisé non relu

Après de est biffé h

3. Bussy dit que « c'est un pauvre diable de qualité à qui le Roi a donné des honneurs, mais qui n'a de solide que le bien que lui apportera la fille du laquais qu'il a épousée. » (Sévigné, tome VIII, p. 26.)

4. Quand Saint-Simon fera plus complètement l'éloge de son beaupère (tome III, p. 328-342), nous verrons dans quelles conditions et avec quel applaudissement du public M. de Lorge fut nommé maréchal de France, le 21 février 1676. On peut déjà remarquer que notre auteur insiste sur la simultanéité presque complète de cette promotion de M. de Lorge à la dignité de maréchal et à la charge de capitaine des gardes du corps, avec son mariage. Il y reviendra encore (tome III, p. 335), et nous rapprocherons alors de ce second récit un passage curieux du livre intitulé : Testament politique de M. Colbert.

5. Geneviève de Frémont, née le 7 mai 16^8 et mariée au duc de Lorge par contrat du 19 mars 1676, mourut le 6 septembre 1727, chez Saint-Simon, au château de la Ferté-Vidame. Son père, Nicolas de Frémont, né en 1622, successivement trésorier de France en la généralité de Provence (1644), intéressé aux fermes générales et aux gabelles de 1653 à 1687, secrétaire du Roi (1655), grand aiuliencier de France (1674), garde du Trésor royal et conseiller du Roi en ses conseils (1689-1694), avait obtenu l'érection du marquisat de Rosay, au bailliage de Gisors, en février 1680, et était en outre seigneur d'Auneuil

garde du Trésor royal1, et qui, sous M. Colbert, avoit gagné de grands biens et avoit été le financier le plus habile et le plus consulté2. Aussitôt après ce mariage,

en Beauvaisis, Audinville en Vimeu, Dominois en Ponthieu, Argueil et autres lieux. Il avait été marié deux fois : 1° en 1648, à Isabeau Catelan, fille d'un fameux partisan; 2° le 1er août 1655, à Geneviève Damond. Du premier lit, il avait eu deux filles, mortes religieuses; du second lit, outre la maréchale de Lorge, un fils, Nicolas de Frémont, baptisé le 5 février 1666, qui fut seigneur d'Auneuil, marquis de Rosay, etc., conseiller au Châtelet en 1685 et au Parlement en 1688, maître des requêtes en 1690, et qui épousa, le 4 février 1704, Renée- Élisabeth Pucelle, fille du premier président du parlement de Dauphiné. Ce fils mourut en 1749, laissant postérité. Son père était mort le 10 septembre 1696, sa mère le 19 août 1703, à soixante-neuf ans, tous deux inhumés à la Visitation de Chaillot, dont ils avaient fait bâtir l'église, et où une des filles de Frémont avait pris le voile le 2 janvier 1687.

4. C'est au Trésor royal, anciennement l'Épargne, que se centralisaient les recettes et les revenus du Royaume, et que les trésoriers, payeurs ou autres parties prenantes venaient toucher les sommes qui leur étaient assignées sur tel ou tel fonds par le contrôleur général. Les anciens trésoriers de l'Épargne avaient été remplacés, en avril 1664, par deux gardes du Trésor royal, dont les commissions primitives furent érigées en titre d'office au mois de février 1689. C'est alors que Nicolas de Frémont, ayant quitté la ferme générale depuis deux ans, acheta une des deux charges, qui étaient taxées à huit cent mille livres et rapportaient quarante mille livres de gages par an, sans compter les autres produits. Il la revendit, en mars 1694, à Pierre Gruyn, pour le prix d'un million, et ne conserva plus que le titre de grand audiencier honoraire.

2. Dans sa table du manuscrit de Dangeau, à la mort de Frémont, Saint-Simon a écrit qu'il « passoit pour le plus riche homme de France et le plus habile dans les finances. » Cette dernière expression est exagérée ; cependant Colbert employa Frémont à des missions délicates, comme la recherche des biens des partisans taxés, en 1667, et il lui donna part dans beaucoup de traités semblables à ceux où Frémont avait commencé sa fortune au temps de Mazarin. (Voyez, à la Bibliothèque nationale, dans le ms. Duchesne28, fol. 152, un état imprimé des recettes et dépenses de plusieurs traités qu'il avait eus de 1653 à 1658, et aux Archives nationales, G7 694, un dossier formé par Desmarctz, en 1683, et relatif à d'autres traités de 1645 et des années suivantes, dont la liquidation était suspecte.) Quant à ses richesses, nous verrons par la suite qu'il laissa une fortune très-embarrassée. Sous la Régence, en 4Ï46,

le maréchal eut la compagnie des gardes du corps que la mort du maréchal de Rochefort laissa vacante. Il avoit toujours servi avec grande réputation d'honneur, de valeur et de capacité, et commandé les armées avec tout le succès que la haine héréditaire de M. de Louvois pour M. de Turenne et pour tous les siens avoit pu se voir forcer à laisser prendre au neveu favori et à l'élève de ce grand capitaine. La probité, la droiture, la franchise du maréchal de Lorge me plaisoient infiniment : je l'avois vue d'un peu plus près pendant la campagne que j'avois faite dans son armée. L'estime et l'amour que lui portoit toute cette armée ; sa considération à la cour ; la magnificence avec laquelle il vivoit partout ; sa naissance fort distinguée ; ses grandes alliances, et proches, qui contrebalançoient celle qu'il s'étoit vu obligé de faire le premier de sa race4 ; un frère aîné très-considéré aussi ; la singu-

quand le duc de Noailles et M. Rouillé forcèrent le duc d'Orléans à poursuivre les traitants enrichis sous Louis XIV, on n'eut garde d'oublier l'oncle de Mme de Saint-Simon, le maître des requêtes Frémont d'Auneuil, « dont le père étoit entré en plusieurs affaires du temps de M. Colbert, avoit été depuis garde du Trésor royal avec autant de bonne réputation que ces gens-là en peuvent avoir, et avoit, longtemps avant sa mort, quitté sa charge et toute affaire, et entièrement assuré ses comptes à la Chambre des comptes. » Saint-Simon fut obligé de faire intervenir le Régent pour que l'assignation déjà lancée n'eût pas de suites. C'est lui-même qui nous racontera ainsi les choses, tome XII, p. 432 ; comparez sa lettre de remercîment au duc de Noailles, donnée dans l'Appendice du tome XIX, p. 288. D'après les Mémoires du duc de Luynes (tome IV, p. 445), le « bien » de Mme de Saint-Simon ne dépassa pas quinze cent mille livres.

1. Sortis ou non de la maison souveraine de Foix, les Durfort ou Durasfort avaient toujours compté dans la meilleure noblesse de Guyenne, et pris alliance avec les Lomagne, les Caumont, les Périgord, les Gontaut. Quand Symphorien de Durfort, colonel des légionnaires de Guyenne (mort en 1563), eut embrassé la religion protestante, son fils épousa une Montgommery, et son petit-fils une fille d'Henri, duc de Rouillon, et d'Elisabeth de Nassau. C'est de ce dernier mariage qu'étaient sortis les deux frères, et l'aîné, M. de Duras (tome I, p. 415), avait épousé, en 1668, une fille du duc de Ventadour.

larité unique des mêmes dignités, de la même charge, des mêmes établissements dans tous les deux1 ; surtout l'union intime des deux frères et de toute cette grande et nombreuse famille ; et plus que tout encore, la bonté et la vérité du maréchal de Lorge, si rares à trouver, et si effectives en lui, m'avoient donné un désir extrême de ce mariage, où je croyois avoir trouvé tout ce qui me manquoit pour me soutenir et cheminer, et pour vivre agréablement au milieu de tant de proches illustres et dans une maison aimable.

Je trouvois encore dans la vertu sans reproche de la maréchale 2, et dans le talent qu'elle avoit eu enfin de rapprocher M. de Louvois de son mari et de le faire duc pour prix de cette réconciliation, tout ce que je me pouvois proposer pour la conduite d'une jeune femme que je voulois qui fût à la cour, et3 où sa mère étoit considérée et applaudie par la manière polie, sage et noble avec laquelle elle savoit tenir une maison ouverte à la meilleure compagnie sans aucun mélange, en se conduisant avec tant de modestie, sans toutefois rien perdre de ce qui étoit de son mari, qu'elle avoit fait oublier ce qu'elle étoit née4, Famille

1. Les deux frères sont devenus « jumeaux, » dit Mme de Sévigné (tome IV, p. 479).

2. Le Chansonnier (ms. Fr. 12689, p. 301) prétend que sa pruderie était affectée; il cite même un nom, mais sans justifier cette insinuation.

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