‹ Memoires de Saint-SimonChapitre 202 sur 351 · Lettres d'érection vérifiées au Parlement le 13 mai · texte numérisé non relu

Lettres d'érection vérifiées au Parlement le 13 mai

affaires du Rhin1, s'initier de nouveau et se rouvrir un chemin à succéder à son beau-père dans la charge de capitaine des gardes, qu'il ne se consoloit point d'avoir perdue 2.

Plein de ces pensées, il fit parler à Mme la maréchale de Lorge, qui le connoissoit trop de réputation et qui aimoit trop sa fille pour entendre à un mariage qui ne pouvoit la rendre heureuse. M. de Lauzun redoubla ses empressements, proposa d'épouser sans dot, fit parler sur ce pied-là à Mme de Frémont et à MM. de Lorge et de Duras, chez lequel l'affaire fut écoutée, concertée et résolue, par cette grande raison de sans dot3, au grand déplaisir de la mère, qui, à la fin, se rendit, par la difficulté de faire sa fille duchesse comme l'aînée, à qui elle vouloit l'égaler. Phélypeaux, qui se croyoit à portée de tout, la vouloit aussi pour rien, à cause des alliances et des entours , et la peur qu'en eut Mlle de Quintin la fit consentir avec joie à épouser le duc de Lauzun, qui avoit un nom, un* rang et des trésors. La distance des âges et l'inexpérience du sien lui fit regarder ce mariage comme la contrainte de deux ou trois ans, tout au plus, pour être après libre, riche et grande dame : sans quoi elle n'y eût jamais consenti, à ce qu'elle a bien des fois avoué depuis.

Cette affaire fut conduite et conclue dans le plus grand

1. C'est-à-dire en servant d'intermédiaire pour la correspondance relative à l'armée du Rhin, que commandait M. de Lorge.

2. A la tin de l'année 1672, on voulut forcer Lauzun, alors emprisonné, de céder sa charge au duc de Luxembourg (voyez la lettre qu'il écrivit à ce sujet, de la citadelle de Pignerol, le 29 novembre 1672; l'autographe existe dans le ms. Clairambault 1163, fol. 34, et le texte en a été publié dans le Cabinet historique, année 1875, p. 1 10) ; malgré le refus de Lauzun, le duc de Luxembourg entra en fonction au mois d'octobre 1672, et eut des provisions le 11 février 1673. Lauzun, ainsi destitué, ne donna cependant sa démission qu'en 1682, moyennant quatre cent mille livres.

3. Allusion a la scène si connue de l'Avare, de Molière (acte I, scène v).

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