‹ Memoires de Saint-SimonChapitre 203 sur 351 · Nom, un est en interligne · texte numérisé non relu

Nom, un est en interligne

secret. Lorsque M. le maréchal deLorge en parla au Roi4 : « Vous êtes hardi, lui dit-il, de mettre Lauzun dans votre famille ; je souhaite que vous ne vous en repentiez pas. De vos affaires, vous en êtes le maître ; mais pour des miennes2, je ne vous permets de faire ce mariage qu'à condition que vous ne lui en direz jamais le moindre mot. » Le jour qu'il fut rendu public3, M. le maréchal de Lorge m'envoya chercher de fort bonne heure, me le dit, et m'expliqua ses raisons : la principale étoit qu'il ne donnoit rien et que M. de Lauzun se contentoit de quatre cent mille livres à la mort de M. Frémont, si autant s'y trouvoit outre le partage de ses enfants, et faisoit après lui des avantages prodigieux à sa femme4. Nous portâmes le contrat à signer au Roi, qui plaisanta M. de Lauzun et se mit fort à rire, et M. de Lauzun lui répondit qu'il étoit trop heureux de se marier, puisque c'étoit la pre-

4. Le maréchal amena Lauzun au Roi le 17 mai (Journal de Dangcan, tome V, p. 203-204) ; mais il avait dû parler déjà de son projet.

2. C'est un tour elliptique : « Mais pour ce qui est de mes affaires à moi, etc. »

3. Dangeau ne l'annonce que le jour de la visite au Roi (17 mai). Le Mercure (mai 1695, p. 316-319) explique la rapide conclusion de ce mariage : « Quand la beauté et le vrai mérite font naître l'amour, il fait bien du chemin en peu de temps.... Je ne dis rien de M. le duc de Lauzun ; sa vie est un tissu d'accidents si éclatants, qu'il n'y a personne qui les ignore. »

4. Ce dernier membre de phrase : « et faisoit.... » est ajouté en marge; il y a un signe de renvoi après enfants. — Par le contrat qui fut signé le 19 mai (minutier de Me Démonts, notaire à Paris), les parents de Mlle de Quintin lui assurèrent trois cent mille livres sur la succession Frémont et une somme supplémentaire de cent mille livres, « si autant s'y trouvoit, » comme dit Saint-Simon, après les partages faits. Lauzun, de son côté, assurait à la future ditchesse un préciput de cent mille livres et un douaire de quatorze mille. Il lui donna dix ou vingt mille écus de pierreries (Papiers du P. Léonard, MM 825, fol. 143, et Journal de Dangeau, tome V, p. 204), et, dès le mois suivant, fit faire pour elle un collier de diamants de deux cent mille livres (Lettres do Sévigné, tome X, p.

mière fois, depuis son retour, qu'il l'avoit vu rire avec lui. On pressa la noce tout de suite, en sorte que personne ne put avoir d'habits. Le présent de M. deLauzunfut d'étoffes, de pierreries et de galanteries, mais point d'argent. Il n'y eut que sept ou huit personnes en tout au mariage, qui se fit à l'hôtel de Lorge, à minuit1. M. de Lauzun voulut se déshabiller seul avec ses valets de chambre, et il n'entra dans celle de sa femme qu'après que tout le monde en fut sorti, elle couchée et ses rideaux fermés, et lui assuré de ne trouver personne sur son passage.

Il fit le lendemain trophée de ses prouesses. Sa femme vit le monde sur son lit à l'hôtel de Lorge, où elle et son mari dévoient loger2, et, le jour suivant, nous allâmes à Versailles, où la nouvelle mariée fut présentée par Madame sa mère chez Mme de Maintenon, et de là prit son tabouret au souper3. Le lendemain, elle vit toute la cour sur son lit4, et tout s'y passa comme à mon mariage. Celui-ci ne trouva que des censeurs ; on ne comprenoit ni le beau-père ni le gendre : les raisons de celui-ci ne se pouvoient imaginer; celle de sans dot n'étoit reçue de personne, et il n'y avoit celui qui ne prévît une prochaine rupture, de l'humeur si connue de M. de Lauzun. En revenant à Paris, nous trouvâmes au Cours5 presque toutes les filles de qualité à marier, et cette vue consola

1. Le 21 mai 1695. On avait obtenu dispense des trois bans et permission de fiancer et marier en un seul jour, à la première heure. Voyez l'acte dans notre appendice V.

2. Dans le manuscrit, logés; mais il arrive çà et là à notre auteur de substituer, par mégarde, es à la finale er. Il se pourrait aussi qu'il eût sauté le verbe être devant logés.

3. La duchesse de Saint-Simon assista à ce souper, dit le Mercure.

4. Lauzun venait d'obtenir l'appartement occupé jusque-là par le maréchal d'Humières (Sévigné, tome X, p. 282).

5. Le Cours- la-Reine, promenade magnifique plantée en 1628, par la reine Marie de Médicis, s'étendait le long de la Seine, depuis l'abreuvoir des Tuileries jusqu'au pré de la manufacture de la Savonnerie. Quatre rangs d'ormes formaient trois allées de plus de mille pas

Mort de la

marquise

et de sa nièce

la duchesse

d'Uzès.

un peu Mme la maréchale de Lorge, ayant ses filles dans son carrosse, qu'elle venoit d'établir en si peu de temps toutes deux.

Peu de jours après, le Roi se promenant dans ses jardins à Versailles, dans son fauteuil à roues1, il me demanda fort attentivement l'état et l'âge de la famille de M. le maréchal de Lorge, et, avec un détail qui me surprit, l'occupation de ses enfants, la figure des filles, si elles étoient aimées, et si aucune ne penchoit à être religieuse. Il se mit ensuite à plaisanter avec moi sur le mariage de M. de Lauzun, puis sur le mien ; il me dit, malgré cette gravité qui ne le quittoit jamais, qu'il avoit su du maréchal que je m'en étoisbien acquitté, mais qu'il croyoit que la maréchale en savoit encore mieux des nouvelles.

A peine mon mariage étoit-il célébré, que la marquise de Saint-Simon2 mourut, à quatre-vingt-onze ans, à Paris. Elle étoit tante paternelle du duc d'Uzès, veuve en premières noces du marquis de Portes, chevalier de l'Ordre, tué devant Privas, frère de la connétable de Montmorency, mère de Mme la princesse de Condé et du

de longueur, celle du milieu ayant vingt pas de largeur; chaque extrémité était fermée par des portes de fer. « Cette promenade, dit Germain Brice, amène en été tout ce qu'il y a de beau monde à Paris : on y compte souvent jusqu'à sept ou huit cents carrosses, qui se promènent dans le plus bel ordre du monde et sans s'embarrasser les uns dans les autres. » (Description de Paris, 1687, tome II, p. 249.) Comparez plusieurs passages du chapitre de la Ville, dans les Caractères.

1. Depuis l'opération de 1686, le Roi se servait d'une petite chaise roulante pour tirer le gibier sans mettre pied à terre, ou pour se promener, dans ses fréquentes attaques de goutte. (Dangeau, tome II, p. 6, 8, 216, 217.) A l'époque où nous sommes en ce moment, M. de la Rochefoucauld, recevant le Roi à Liancourt, fît faire pour son usage une autre petite chaise roulante, dont parle Dangeau (tome V, p. 201), et, au mois d'août 1695, le Roi se servait presque constamment de véhicules de ce genre, que des Suisses traînaient (ibidem, p. 259).

2. Tome I, p. 132, note 2. Elle mourut le 19 avril 1695, et fut inhumée, le 22, à l'Abbaye-aux-Bois. Voyez le Journal de Dangeau, tome V, p. 191-192, et le Mercure, avril 1695, p. 272-276.

dernier duc de Montmorency, décapité à Toulouse1. Elle en avoit eu la première femme de mon père et Mlle de Portes. Elle étoit veuve du frère aîné de mon père, dont elle avoit eu les biens, et nous en avoit laissé les dettes, sans en avoir eu d'enfants. G'étoit une femme d'esprit, altière et méchante, qui n'avoit jamais pu pardonner à mon père de s'être remarié, et qui l'avoit, tant qu'elle avoit pu, séparé de son frère2. Ce fut ainsi un deuil sans douleur. La duchesse d'Uzès3, veuve du fils de son frère et fille unique du feu duc de Montausier, mourut en même temps.

La perte de deux hommes illustres fit plus de bruit que De la Fontaine, celle de ces deux grandes dames : de la Fontaine4, si de Ml8nar * connu par ses fables et ses contes, et toutefois si pesant en conversation; et de Mignard3, si illustre par son pin-

1. Ce sont presque exactement les termes dont Saint-Simon s'est déjà servi deux fois, tome I, p. 138-139 et p. 195.

2. Comparez encore un passage du tome I, p. 142. Le duc d'Uzès et le prince de Conti héritèrent, l'un de la fortune de sa tante, l'autre du douaire dont il était jusque-là chargé en qualité de légataire de Mlle de Portes. Le marquis de Crussol-Florensac, à qui Mme de Saint-Simon avait laissé vingt-cinq mille écus « en bons effets, » en fut payé par notre duc, qui versa entre ses mains, le 3 avril 1696, une soulte de quarante-cinq mille sept cent quarante-quatre livres (Minutier de Me Galin, notaire à Paris).

3. Julie-Françoise de Sainte-Maure, fille unique du duc de Montausier et de Julie d'Angennes, née en 1647 et mariée, le 16 mars 1664, à Emmanuel de Crussol, qui devint duc d'Uzès en 1680. Veuve depuis 1692, elle mourut le 14 avril 1695, à quarante-huit ans. Sur sa jeunesse, voyez les Historiettes de Tallemant des Réaux, tome II, p. 532-536. Elle est assez maltraitée dans le Chansonnier, ms. Fr.

4. Jean de la Fontaine, né à Château-Thierry le 8 juillet 1621, mort à Paris le 13 avril 1695. Il avait été avocat au Parlement, maître particulier des eaux et forêts de Château-Thierry, gentilhomme servant de Mme la duchesse d'Orléans douairière, et membre de l'Académie française. On remarquera que Saint-Simon a pris ses deux mots d'éloge à Dangeau, qui dit : « La Fontaine, fameux par ses fables et par ses contes. » (Tome V, p. 187.)

5. Pierre Mignard, né à Troyes en novembre 1610, mort à Paris le

ceau. Il avoit une fille unique, parfaitement belle1 : c'étoit sur elle qu'il travaillent le plus volontiers2, et elle est répétée en plusieurs de ces magnifiques tableaux historiques qui ornent la grande galerie de Versailles et ses deux salons, et qui n'ont pas eu peu de part à irriter toute l'Europe contre le Roi et à la liguer plus encore contre sa personne que contre son royaume3.

DeBarbançon. Barbançon'1, premier maître d'hôtel de Monsieur, mou-

29 mai 1695. D'abord peintre ordinaire de la reine Anne d'Autriche, il avait succédé à le Brun, en 1690, comme premier peintre du Roi, directeur des Gobelins et membre de l'Académie de peinture. Il était, dit la Gazette (1695, p. 264), « fameux par beaucoup d'excellents ouvrages. » Les principaux étaient le dôme du Val-de-Grâce, la petite galerie de Versailles, le cabinet du Dauphin, la galerie de Saint-Cloud, sans parler d'une grande quantité de portraits , dont les derniers, en 1694, avaient été ceux du Roi, de Mme de Maintenon et de la famille d'Angleterre. Il allait commencer la décoration du dôme des Invalides, quand la mort l'enleva.

1. Catherine-Marguerite Mignard naquit à Rome, en mai 1657, trois ans et quatre mois avant le mariage de ses parents, et fut reconnue par eux, ainsi qu'un fils, lorsqu'ils s'épousèrent à l'église Saint-Eustache de Paris, le 12 août 1660. Saint-Simon parlera bientôt de son mariage avec un frère de Feuquière (1er mai 1696). Elle mourut le 2 février 1742.

2. On a prétendu qu'elle lui servait de modèle pour peindre ses Vénus et ses Andromèdes. (Mélanges historiques et satiriques, de Boisjourdain, 1807, tome III, p. 87.) Tout le monde connaît d'ailleurs, au moins par la gravure, le magnifique tableau où il l'a représentée en Renommée, soutenant le portrait de son père.

3. Il a déjà été question (tome I, p. 71 et note 1) de la grande galerie de Versailles; la décoration était de le Brun, et non de Mignard, comme le dit Saint-Simon ici et ailleurs (tome VIII, p. 176). C'est dans l'appartement du Roi que Mignard avait orné la petite galerie et deux salons de peintures allégoriques, dont Piganiol de la Force a expliqué le sens dans le tome VIII de sa Description de Paris (éd. de 1742), p. 87-89. La petite galerie et les salons furent détruits après la mort de Louis XIV.

4. François du Prat s'était distingué d'abord sous le nom de chevalier de Nantouillet, au passage du Rhin, étant alors capitaine de cavalerie au régiment de la Reine; voyez la lettre de Mme de Sévigné du 3 juillet 1672, etl'épître iv, vers 107, de Boileau. Substitué plus tard aux nom

Échange

de Meudon et

de Choisy,

rut aussi, si goûté du monde par le sel de ses chansons* [Add. S'-S. 119] et l'agrément et le naturel de son esprit 2.

Le Roi3, accoutumé à dominer dans sa famille autant pour le moins que sur ses courtisans et sur son peuple, et qui la vouloit toujours rassemblée sous ses yeux, n'a- avec un grand voit pas vu avec plaisir le don4 de Choisy à Monseigneur5 retour. et les voyages fréquents qu'il y faisoit avec le petit nombre de ceux qu'il nommoit à chacun pour l'y suivre. Cela faisoit une séparation de la cour qui, à l'âge de son fils, ne se pouvoit éviter, dès que le présent de cette maison l'avoit fait naître ; mais il voulut au moins le rapprocher de lui. Meudon0, bien plus vaste, et extrêmement superbe par les millions que M. de Louvois y avoit enfouis, lui parut propre pour cela. Il en proposa donc l'échange à Barbezieux, pour sa mère, qui l'avoit pris dans les biens pour cinq cent mille livres, et le chargea de lui en offrir quatre cent mille livres de plus, avec Choisy

et armes de son arrière-grand-oncle Louis, comte de Barbançon et marquis de Cany, il avait acquis la charge de premier maître d'hôtel de Monsieur en 1685; mais il n'en possédait plus qu'une moitié depuis 1688. Il mourut d'une attaque d'apoplexie, le 23 juin 1695, « fort regretté pour son mérite et pour les belles qualités de son esprit. » (Gazette d'Amsterdam, p. 203.) « C'étoit, dit le Mercure (juin 1695, p. 262), un homme de beaucoup d'esprit, et dont les sentiments ont toujours été comme décisifs sur les beaux ouvrages. » — Nous avons écrit : Barbanson au tome I (p. 126, note 5); mais de nouvelles recherches nous font croire que c'est le même nom que celui de la maison flamande de Barbançon.

1. Nous avons déjà reproduit, dans l'Appendice du tome I, p. 361, une Addition (n° 33) où Saint-Simon parle de certaine chanson fort salée contre Mme de Montauban et Terrât. Voyez ce que Gaignières dit de l'auteur, dans le Chansonnier, ms. Fr. 12 691, p. 453.

2. Cette phrase sur Barbançon a été ajoutée après coup. Elle achève la ligne qui commence par les mots : « contre son royaume. » La fin : « et le naturel de son esprit » dépasse la ligne et se trouve en marge.

•'. Roi est écrit au-dessus de prince, biffe. 4. Dons a été corrigé en don. — 5. Voyez tome I, p. 126. (>. Sur ce château, voyez la Description de Paris, par Piganiol de la Force, tome VIII, p. 57-65, et nos notes de la page suivante.

en retour. Mme de Louvois, pour qui Meudon étoit trop grand et trop difficile à remplir, fut ravie de recevoir neuf cent mille livres, avec une maison plus à sa portée, et d'ailleurs fort agréable ; et le même jour que le Roi témoigna désirer cet échange, il fut conclu1. Le Roi ne l'avoit pas fait sans en avoir parlé à Monseigneur, pour qui ses moindres apparences de désirs étoient des ordres. Mme de Louvois passa depuis les étés en bonne compagnie à Choisy , et Monseigneur n'en voltigea que de plus en plus de Versailles à Meudon, où, à l'imitation du Roi, il fit beaucoup de choses dans la maison et dans les jardins et combla2 les merveilles que les cardinaux de Meudon3 et de Lorraine4 et MM. Servien et de Louvois y avoient successivement ajoutées3.

1. Comparez le Journal de Dangeau, à la date du 1er juin 1695, la Gazette d'Amsterdam, 1695, p. 185 et 187, et les Lettres de Sévigné, tome X, p. 173, 270, 274, et passim. « En vérité, disait Coulanges dès l'été de 1694, c'est un lieu enchanté, et je ne comprendrai jamais que le Roi ne veuille point jouir d'un tel enchantement, car cette maison, avec toute sa vaste étendue, lui convient beaucoup mieux qu'à Mme de Louvois.... » Aussitôt l'achat conclu, le Roi alla visiter Meudon, comme il avait fait pour Choisy. Le Mercure (novembre 1695, p. 238-274) rend compte d'une fête magnifique que le Dauphin donna le jour de saint Martin, patron de la paroisse.

2. Combler, mettre le comble à, était plus usité figurément avec des noms de qualité, comme dans Racine, « combler sa perfidie » (Phèdre, IV, n), qu'avec des noms de choses pris, comme ici merveilles, au sens concret.

3. Antoine Sanguin, évêque d'Orléans, puis archevêque de Toulouse, grand aumônier de France et gouverneur de Paris, fut élevé au cardinalat en 1539, et prit le nom de cardinal de Meudon. Il légua cette terre à sa nièce, la duchesse d'Étampes, et mourut le 22 décembre 1559.

4. Charles, cardinal de Lorraine, archevêque de Reims, né en 1524, mort en 1574, était un des fils puînés du premier duc de Guise. Il acheta Meudon et y fit construire par Philibert de l'Orme un nouveau château, sur le point le plus élevé de la colline qui regarde la Seine.

5. Abel Servien, après avoir été procureur général au parlement de Grenoble et conseiller d'État, secrétaire d'État et ambassadeur, devint ministre en 1648, surintendant des finances en 1653, chancelier des ordres en 1654, et fut un des premiers membres de l'Académie fran-

Les armées et les corps séparés eurent les mêmes généraux que l'année précédente1, excepté que le maréchal de Villeroy succéda au maréchal de Luxembourg et eut M. 2 le duc de Chartres pour général de la cavalerie, les deux princes du sang et M. du Maine pour lieutenants généraux, parmi les autres, et le comte de Toulouse servant à la tête de son régiment3.

M. de Noailles, brouillé avec le Roi jusqu'à être presque perdu par l'artifice de Barbezieux que j'ai raconté page 57 *, sur le projet manqué du siège de Barcelone, n'avoit pu se faire écouter de tout l'hiver sur la noirceur qui l'avoit accablé. Il comprit le danger d'une situation si forcée à la tête d'une armée, si même il la pouvoit obtenir, et jugea sagement que, parvenu au bâton de maréchal de France, il n'y avoit de bon parti pour lui que de se raccommoder solidement avec le Roi par un sacrifice qui lui seroit agréable, et de demeurer à la cour avec une faveur renouvelée, et à l'abri d'un ennemi avec qui il n'auroit plus à compter. Trop rusé courtisan, quoique d'ailleurs fort lourd, pour ne pas sentir l'essor du goût du Roi pour les bâtards, par tout ce qu'il5 venoit de faire pour eux, et son peu d'inclination à rien faire pour Monsieur le Duc et M. le prince de Gonti, il avisa à se rétablir pleinement

çaise. Il acheta Meudon de la maison de Lorraine, et y mourut le 17 février 1659. — Louvois avait acquis Meudon en 1680 et y avait fait des embellissements considérables; mais Monseigneur, devenu maître du château, le fit aussitôt reconstruire par Mansart, et le Nostre fut chargé de dessiner le jardin et le parc.

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