‹ Memoires de Saint-SimonChapitre 204 sur 351 · Voyez ci-dessus, p · texte numérisé non relu

Voyez ci-dessus, p

2. Cet M a été substitué à un /; Saint-Simon avait voulu d'abord écrire : « eut le duc de Chartres ».

3. Le comte de Toulouse, comme le duc du Maine, avait un régiment d'infanterie de son nom, ordinairement commandé par un colonellieutenant.

4. Saint-Simon aurait dû renvoyer aux pages 58 et 59 de son manuscrit (ci-dessus, p. 219-222), au lieu de la page 57, qui correspond à nos pages 204-211.

o. Après il, est un /", corrigé en v.

Distribution des armées.

[Add. S'-S. 120}

Profonde adresse de M. de Noailles, qui le remet mieux que jamais avec

le Roi,

en portant

M. de Vendôme

à la tête

des armées.

dans les bonnes grâces du Roi en ilattant son goût pour les uns et lui ouvrant une porte qui le tireroit d'embarras avec les autres l.

1. Les mots : « avec les autres » sont en interligne. — Sur cette nouvelle campagne, Saint-Simon va encore faire une série de suppositions et d'insinuations que Lavallée (Correspondance générale de Mme de Maintenon, tome IV, p. 6, note 2) a qualifiée de « conte sans vraisemblance. » En effet, ce n'est que la suite des accusations de 1694 dont nous avons montré la fausseté. Cette fois encore, rien, dans les documents authentiques que fournit le Dépôt de la guerre (vol. 1336- 1338), et que l'abbé Millot a presque tous reproduits dans les Mémoires de Noailles, p. 62 et suivantes, ne laisse voir ni machinations entre le maréchal et Louis XIV, ni spéculations intéressées, ni même aucune feinte. Toujours menacé d'un retour du mal, le maréchal voulut faire son devoir jusqu'au bout. Mme de Maintenon écrivait à son frère, l'évêque de Châlons (18 mai 1695) : « Il ne faut point qu'il y retourne (en Catalogne), et je vous assure encore qu'il ne tenoit qu'à lui de demeurer ici; il a pris le parti d'un homme zélé et affectionné, et, quand on a de telles impressions, on ne se repent point. » Mais, selon les Mémoires de Noailles, le Roi exigea ce départ et se borna à désigner Vendôme pour prendre le commandement au cas où le maréchal ne pourrait pas le conserver. Celui-ci quitta la cour le 27 avril ; deux lettres partirent de Compiègne, pour lui et pour Vendôme, le 3 mai. L'une contenait les patentes toutes préparées pour faire passer l'armée de Catalogne sous les ordres du prince ; ce dernier était averti par l'autre lettre qu'on l'avait choisi comme successeur éventuel de M. de Noailles, et que, s'il était appelé de ce côté, il eût à s'y rendre sans retard. « Je m'assure, lui disait le Roi, que vous exécuterez ce que je vous ordonne avec autant de plaisir que j'en ai à vous donner en cette rencontre des marques essentielles de l'estime et de l'amitié que j'ai pour vous, et de la confiance que j'ai en votre affection, expérience, zèle et capacité. » Tout cela, on le voit, se faisait dans les formes ordinaires, par l'intermédiaire régulier du secrétaire d'État, dans les registres duquel la correspondance entière est transcrite, et Dangeau note même dans son Journal, à la date du 7 juin 1695, que Barbezieux a été chargé de faire préparer les lettres patentes dans le plus grand secret. Il est donc étonnant que Saint-Simon, pour établir sa version, prétende que ce ministre n'eut pas « le moindre vent » des projets du Roi; mais il faut ajouter que l'on retrouve une partie de son interprétation dans les épigrammes du temps et dans le commentaire du Chansonnier de Gaignières (ms. Fr. 12 691, p. 601), qui dit, lui aussi, que ce « tour de passe » était combiné au détriment des princes du sang, et que, pour prix de sa

Pour cela, il fit confidence de son projet, sous le dernier secret, à M. de Vendôme, non pour se servir de lui, mais pour qu'il lui en sût tout le [gré1], et par lui M. du Maine. Puis il témoigna au Roi qu'ayant été assez malheureux de lui déplaire à la tête d'une armée qui avoit réussi partout, et dont le fruit des 2 succès lui avoit été enlevé malgré lui, sans qu'il eût pu se justifier sur une chose si certaine, il ne pouvoit se résoudre ni à se voir ôter cette même armée, ni3 à la commander : que le premier seroit un châtiment qui le déshonoreroit, que l'autre l'exposeroit sans cesse aux noirceurs de Barbezieux ; qu'il aimoit mieux y succomber de bonne grâce, mais en secret, et en faire au Roi un sacrifice ; que, pour cela, il avoit imaginé de se rendre à l'ordinaire en Catalogne, d'y tomber malade en arrivant, de continuer à l'être de plus en plus, d'envoyer un courrier pour demander son retour ; qu'en même temps il ne voyoit personne à portée de ces frontières plus propre à commander l'armée de Catalogne que M. de Vendôme, qui avoit déjà un corps séparé vers Nice, aux ordres du maréchal Catinat ; et que, si cet arrangement convenoit au Roi, il pourroit, pour ne perdre point de temps à laisser son armée sans général, emporter des patentes de général de son armée pour M. de Vendôme, et les lui envoyer par un autre courrier en même temps qu'il demanderoit son retour.

Il est impossible d'exprimer le soulagement et la satisfaction avec laquelle cette proposition fut reçue. La jalou-

complaisance, M. de Noailles devait avoir l'épée de connétable, de même qu'on avait promis jadis la simarre de chancelier au ministre Claude le Peletier, lorsqu'il avait cédé le contrôle général à Pontchartrain, malgré les droits acquis depuis longtemps à son propre frère, le Peletier de Souzy. C'est peut-être pour répondre à ces bruits vagues que leMercure publia, dans son volume de juin, p. 173-178, les deux lettres écrites par le Roi le 3 mai, en expliquant comment M. de Noailles avait été obligé de se servir des patentes.

1. Après tout le, qui termine la page, a été omis le mot gré.

2. L's flnal de des a été ajouté après coup. — 3. JYi corrige et.

sie étoit extrême entre le prince de Conti et M. de Vendôme1. Le Roi, par politique, et plus encore par aversion depuis le voyage de Hongrie2, ne vouloit point mettre M. le prince de Conti à la tête de ses armées, ni aucun autre prince du sang ; cela même le retenoit de faire faire ce grand pas à M. de Vendôme. Son goût pour sa naissance l'en pressoit, et plus encore d'en faire en ce genre le chausse-pied de M. du Maine ; mais le comment, il n'avoit encore pu le trouver sans3 mettre les princes du sang au désespoir, relever le mérite, à lui déjà si importun, du prince de Conti, l'amour des armées, de la ville, et jusque de la cour, malgré lui, et exciter un cri public d'autant plus fâcheux qu'il seroit plus juste. M. de Noailles l'affranchissoit de tous ces inconvénients : c' étoit un général arrivé à son armée, mais hors d'état de la commander : nécessité donc de lui en substituer un autre sans délai, et, pour cela, de le prendre au plus près qu'il étoit possible. M. de Vendôme, une fois général d'armée, ne pouvoit plus servir en autre qualité : c' étoit donc une affaire finie, et finie par un hasard dont les princes du sang pouvoient être fâchés, mais non offensés; et ce chausse-pied de M. du Maine une fois établi, c' étoit toujours la moitié de la chose exécutée.

De ce moment, M. de Noailles rentra plus que jamais dans les bonnes grâces du Roi. Ce prince fit la confidence à M. de Vendôme, qui obtint en même temps pour le grand prieur, son frère, le commandement de ce corps séparé vers Nice 4. Le secret demeura impénétrable entre

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