‹ Memoires de Saint-SimonChapitre 223 sur 351 · Voyez le Journal de Dangeau, (orne V, p · texte numérisé non relu

Voyez le Journal de Dangeau, (orne V, p

averti Guiscard, lieutenant général, qui en étoit gouverneur1, et qui étoit dedans avec Lomont2, qui y commandoit sous lui; et ce maréchal cependant s'étoit mis à portée, et il se jeta dans Namur par la porte du Condroz3, le 2 juillet, la seule qui étoit encore libre, et qui, dès le soir du même jour, ne la fut plus4. Il mena avec lui Mesgrigny s, gouverneur de la citadelle de Tournay, maréchal de camp et ingénieur de grande réputation, d'autres ingénieurs et sept régiments de dragons. Il y en

1 . Le comte de Guiscard avait été nommé gouverneur après la prise de cette place, en 1692 (tome I, p. 54, note 2).

2. Florent du Châtelet, comte de Lomont, né le 8 février 1652, entra d'abord dans l'Église, et eut un canonicat à Besançon, qu'il quitta pour servir comme aide de camp (1673), puis comme capitaine d'infanterie (1674). Il était devenu grand bailli d'Auxois en 1684, colonel du régiment de Ponthieu en 1685, commandant de la place du Havre en 1689, brigadier en 1690. A la suite du siège de Namur, il eut le commandement de Dunkerque et le grade de maréchal de camp ; il passa lieutenant général en 1702, grand-croix de l'ordre de Saint-Louis en 1704, et mourut dans son gouvernement de Semur-en-Auxois, le 27 janvier 1732.

3. On donnait et on donne encore ce nom de Condroz (les Condrusi étaient l'un des vingt-quatre peuples qui habitaient la Belgique au temps de Jules-César) au territoire compris entre la rive droite de la Meuse, l'Ourthe et la Lesse.

4. Saint-Simon se servira du Journal de Dangeau pour tout ce qui concerne le siège de Namur. Ici il copie ou résume l'article du 4 juillet (tome V, p. 232-233), qui d'ailleurs présente beaucoup de conformité avec la Gazette,]). 323 et 334. Comparez le Mercure, juillet 1695, p. 318.

5. Jean, comte de Mesgrigny, capitaine au régiment de Navarre en 1651, major en 1665, avait servi comme ingénieur dans la plupart des sièges d'Italie et de Flandre, et était surtout renommé pour la direction des travaux des mines. En 1668, Louvois l'avait fait nommer lieutenant de Roi à Salins et à Tournay et directeur des fortifications de Flandre. En juin 1674, il avait eu aussi le commandement de Besançon. En 1692, il avait dirigé, sous Vauban, les sièges de Mons, Namur et Furnes, qui lui avaient valu le grade de maréchal de camp. Après la défense de Namur, il fut créé lieutenant général et commandeur de Saint-Louis ; mais nous le verrons, en 1709, à quatre-vingts ans, passer au service des alliés, pour conserver sa citadelle de Tournay. Il mourut en 1720.

avoit un huitième déjà dans la place, et vingt et un bataillons, qui, tous ensemble, firent plus de quinze mille hommes effectifs. Harcourt et Bartillat1 avoit accompagné le maréchal, et ramenèrent la cavalerie qu'il avoit avec lui et les chevaux de six des sept régiments de dragons entrés avec lui; le comte de Hornes2, colonel de cavalerie, et plusieurs autres l'y suivirent volontaires.

Cette grande entreprise parut d'abord téméraire à notre cour, d'où on m'écrivit qu'on s'en réjouissoit comme d'une expédition qui ruineroit leurs troupes et ne réussiroit pas. J'en eus une autre opinion, et je me persuadai qu'un homme de la profondeur du prince d'Orange ne se commettroit pas à un siège si important sans savoir bien comment en sortir, autant que toute prudence humaine en peut être capable.

Le comte d'Albert3, frère du duc de Chevreuse d'un

1. Nicolas Jehannot de Bartillat, capitaine d'infanterie en 1667, mestre de camp de cavalerie en 1668, brigadier en 1676, inspecteur général en 1681, maréchal de camp en 1688, lieutenant général en 1693, gouverneur de Rocroy en 1697; mort le 28 septembre 1718.

2. Philippe-Maximilien. dit le comte de Hornes, d'une maison ancienne du Brabant, dont le nom avait été illustré, au seizième siècle, par plusieurs Montmorency de la branche de Nivelle, servait la France depuis une dizaine d'années. Après qu'il eut été lieutenant au régiment du Roi (1685), puis capitaine de cavalerie (1690), Boufflers lui avait fait donner, le 6 mai 1692, un régiment. Il fut fait brigadier à la suite du siège de Namur, avec une pension de six mille livres, maréchal de camp en 1702, lieutenant général en 1704, et mourut à Cambray en 1709, étant retenu comme prisonnier de guerre, depuis 1705, par les alliés.

3. Louis- Joseph d'Albert, fils du duc de Luynes et de sa seconde femme, Anne de Rohan-Montbazon, né le 1er avril 1672 et connu d'abord sous le titre de chevalier, puis sous celui de comte d'Albert, servait depuis 1688 et commandait le régiment des dragons du Dauphin, en qualité de lieutenant-colonel, depuis l'année 1692. Il avait déjà reçu plusieurs blessures à Fleurus et à Steinkcrque. Plus tard, en 1703, ayant été emprisonné pendant deux ans et dépouillé de son grade pour s'être battu en duel, il se retira à la cour de Bavière et fut nommé chambellan et ministre de l'Électeur. Quand ce prince devint l'empereur Charles VII, le comte d'Albert fut fait conseiller d'État, feld-

autre lit, étoit demeuré à Paris, avec congé du Roi, pour des affaires. Les dragons-Dauphin1, dont il étoit colonel, étoient dans Namur; il y courut, se déguisa à Dinant en batelier, traversa le camp des assiégeants, et entra dans Namur en passant la Meuse à la nage2.

Cependant le maréchal de Villeroy serroit M. de Vaudémont le plus près qu'il pouvoit, et celui-ci, de beaucoup plus foible, mettoit toute son industrie à esquiver. L'un et l'autre sentoient que tout étoit entre leurs mains : Vaudémont, que de son salut dépendoit le succès du siège de Namur; et Villeroy, qu'à3 sa victoire étoit attaché le sort des Pays-Bas, et très-vraisemblablement une paix glorieuse, et toutes les suites personnelles d'un pareil événement. Il prit donc si bien mesures l qu'il se saisit de trois châteaux5 occupés, sur la Mandel0, par cinq cents hommes des ennemis, et qu'il s'approcha tellement de M. de Vaudémont, le 13 au soir, qu'il étoit impossible qu'il lui échappât le 14, et le manda ainsi au Roi par un

maréchal des armées impériales, ambassadeur extraordinaire en France, conseiller intime, prince de Grimberghen et du Saint -Empire, etc. Il mourut le 2 novembre 1758.

1. Saint-Simon a écrit avec accord : « les dragons dauphins. » — Ce régiment, créé d'abord, en 1673, pour le marquis de Sauvebeuf, avait été pris par le Roi en 1675, et donné au Dauphin.

2. Ceci est tiré textuellement du Journal de Dangeau, tome V, p. 238 et 239. — Le comte d'Albert fut blessé pendant le siège, et on crut durant quelques jours que les chirurgiens l'avaient trépané (ibidem, p. 246 et 249).

3. La préposition à est en interligne, au-dessus de de, biffé; un peu après, il y avait d'abord glorieuses, au pluriel.

4. Saint-Simon a bien écrit ainsi : « Il prit mesures », sans ses.

5. Ces trois châteaux, appelés Ingelmunster, Meulebeck et Marckeghem, furent pris le 13 juillet.

6. Le Mandel ou Mandelbeke, rivière venant de la Flandre occidentale pour se jeter dans la Lys, rive gauche. — Saint-Simon écrit ici d'après Dangeau (tome V, p. 240); il fait, comme lui, Mandel (on lirait plutôt Mundel) du féminin. Dans tout ce que nous avons vu de cartes et de dictionnaires, ce nom est masculin.

courrier. Le 14, dès le petit jour, tout fut prêt. Monsieur le Duc commandoit la droite, M. du Maine la gauche, M. le1 prince de Conti toute l'infanterie, M. le duc de Chartres la cavalerie2; c'étoit à la gauche à commencer, parce qu'elle étoit la plus proche. Vaudémont, pris à découvert, n'avoit osé entreprendre de se retirer la nuit devant des ennemis si proches, si supérieurs en nombre et en bonté de troupes3, toutes les meilleures étant au siège, et un ennemi dont rien ne le séparoit. Il n'osa encore l'attendre sans être couvert de quoi que ce soit, et il n'eut de parti à prendre que de marcher au jour, avec toutes les précautions d'un général qui compte bien qu'il sera attaqué dans sa marche, mais qui a un grand intérêt à s'allonger toujours pour se tirer d'une situation fâcheuse et gagner comme il pourra un pays plus couvert et coupé, à trois bonnes lieues d'où il se trouvoit4.

Vaudémont et son armée

échappés

au plus grand

danger.

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