‹ Memoires de Saint-SimonChapitre 225 sur 351 · Le marquis de Montrevel. Voyez tome I, p. c2o4, note · texte numérisé non relu

Le marquis de Montrevel. Voyez tome I, p. c2o4, note

3. On peut lire aussi bien, et plutôt môme, crudité que nudité; mais le sens ne permet pas d'hésiter entre ces deux leçons. Voyez tome V,p.63.

et fit si bien que l'occasion échappa, et que M. de Vaudémont en fut quitte pour le plus grand péril qu'une armée pût courir d'être entièrement défaite, si son ennemi, qui la vojoit et la comptoit homme par homme, eût fait le moindre mouvement pour l'attaquer1.

Toute notre armée étoit au désespoir, et personne ne

1. M. Chéruel, dans son étude sur Saint-Simon considéré comme historien, p. 623-629, a opposé à Saint-Simon un témoin oculaire et fort autorisé, Saint-Hilaire (Mémoires, tome II, p. 151 et suivantes), du récit duquel il résulterait que l'inaction de l'armée française fut le fait des ordres de Villeroy lui-même, et que le duc du Maine et son entourage firent de vaines instances pour qu'on leur permît d'attaquer, dès qu'ils distinguèrent le mouvement de retraite des ennemis. Le jeune prince avait déjà pénétré dans les retranchements quittés par M. de Vaudémont, et il était « le nez sur son arrière-garde, » que Villeroy refusait encore de croire à cette nouvelle, soutenu d'ailleurs par Puységur, à qui la marche des ennemis avait échappé. En un mot, c'est malgré lui, à son grand désespoir, et par suite de l'obstination de son général, que le duc du Maine serait resté toute la journée dans l'inaction. La narration fort animée, fort circonstanciée, de Saint-Hilaire est donc exactement la contre-partie de celle de Saint-Simon. Les Mémoires de Berwick et ceux de Feuquière semblent s'accorder avec ceux de Saint-Hilaire, en ce qui touche la faute commise par Villeroy. Quant aux deux principaux journaux du temps, le Mercure et la Gazette, ils se bornent à chercher des excuses dans les difficultés que présentait le terrain. « Comme il y avoit sur la route, dit la Gazette, de grands bois, de longs défilés, et des chemins presque impraticables, les troupes n'achevèrent de prendre leurs postes que sur les trois ou quatre heures après midi. On eut avis, peu de temps après, que le prince de Vaudémont, qui avoit déjà fait défiler par les derrières l'infanterie, les bagages et l'artillerie, se retiroit vers Gand avec le reste de l'armée. » (Gazette, p. 237-238.) Selon le Mercure (juillet 1695, p. 280-299), ce fut le duc du Maine qui, à cinq heures du soir, aperçut le mouvement de retraite et prévint Villeroy : la cavalerie était bottée depuis cent heures, sans avoir dormi plus de deux heures de suite, et elle se trouva trop épuisée pour faire autre chose qu'une simple escarmouche avec l'arrière-garde. Au contraire, dans un très-long et précis commentaire du Chansonnier (ms. Fr. 12691, p. 473-476), Gaignières se rapproche beaucoup de la version de notre auteur. « Si, dit-il, le duc du Maine, avec I aile gauche qu'il commandoit,et qui n'avoit aucun obstacle pour attaquer les ennemis par leur droite, eût seulement marché à eux, il les

se contraignoit de dire ce que l'ardeur, la colère et l'évidence suggéroit. Jusqu'aux soldats et aux cavaliers montroient leur rage sans se méprendre; en un mot, officiers et soldats, tous furent plus outrés que surpris. Tout ce que put faire le maréchal de Villeroy fut de débander trois régiments de dragons, menés par Artagnan, maréchal de camp, sur leur arrière-garde, qui prirent quelques drapeaux et mirent quelque désordre dans les dernières troupes qui faisoient l'arrière-garde de tout. Maréchal Le maréchal de Villeroy, plus outré que personne, étoit

de villeroy trop bon courtisan pour s'excuser sur autrui. Content du

habile et heu- . , i x x <- x j x x

reux courtisan, témoignage de toute son armée, et de ce que toute son armée n'avoit que trop vu et senti, et des clameurs dont elle ne s'étoit pas tenue, il dépêcha un de ses gentilshommes au Roi, à qui il manda que la diligence dont Vaudémont avoit usé dans sa retraite l'avoit sauvé de ses

tailloit en pièces sans combattre. Mais il demeura en bataille vis-à-vis d'Aerseele, disant qu'il n'avoit point ordre d'attaquer. Cela sauva le prince de Vaudémont, qui se retira facilement : de manière que lorsque l'on entra dans son camp, on le trouva abandonné, et son armée hors de portée de pouvoir combattre. Les officiers de l'armée françoise, qui virent de près ce qui se passoit, jetèrent toute la faute de ce malheur sur le duc du Maine. Mais le peuple de Paris, qui rend toujours le général garant des événements, fut si irrité contre le maréchal duc de Villeroy, qu'il n'y eût pas eu de sûreté pour lui dans cette grande ville, s'il y fût venu alors. On fit sur lui les chansons suivantes.... » Voyez les chansons, p. 477, 480, 481, 495. Ces vers sur le duc du Maine coururent dans le même temps :

Un bâtard autrefois a sauvé le Royaume,

Un bâtard aujourd'hui sauve le roi Guillaume.

Mais il y eut d'abord plus de libelles et de chansons contre Villeroy, que ses soldats appelèrent le « maréchal à demain. » — « On est injuste, écrivait Madame, envers le maréchal de Villeroy, en se déchaînant contre lui; mais on le fait pour plaire au boiteux.... Mon fils me l'a dit aussi ; mais, quand les Français se mettent à haïr quelqu'un, il n'y a plus chez eux ni rime ni raison : il faut qu'ils chantent tout ce qui leur passe par la tête. » (Lettres nouvelles inédites, p. 146 et 147.)

espérances, qu'il avoit crues1 certaines, et, sans entrer en aucun détail, se livra à tout ce qu'il pourroit lui en arriver. Le Roi, qui, depuis vingt-quatre heures, les comptoit toutes dans l'attente de la nouvelle si décisive d'une victoire, fut bien surpris quand il ne vit que ce gentilhomme, au lieu d'un homme distingué, et bien touché quand il apprit la tranquillité de cette journée2. La cour en suspens, qui pour son fils, qui pour son mari, qui pour son frère, demeura dans l'étonnement, et les amis du maréchal de Villeroy dans le dernier embarras. Un compte si général et si court rendu d'un événement si considérable et si imminent réduit à rien, tint le Roi en inquiétude : il se contint, en attendant un éclaircissement du temps. Il avoit soin de se faire lire toutes les gazettes d'Hollande3: dans la première qu'il parut, il lut une grosse action à la gauche, des louanges excessives de la valeur de M. du Maine,

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