‹ Memoires de Saint-SimonChapitre 231 sur 351 · Dangeau, tome V, p. 278, 280 et · texte numérisé non relu

Dangeau, tome V, p. 278, 280 et

6. C'est à Versailles que le maréchal arriva dans l'après-midi du

gny lieutenant général et avancer en grade tout ce qui étoit avec lui dans Namur, ce qui lui fit beaucoup d'honneur1. M. le duc de Chartres étoit revenu aussitôt après la capitulation ; le prince d'Orange, peu de jours après, s'en alla à Breda, laissant l'armée à l'électeur de Bavière, et en même temps Monsieur le Duc, M. le prince de Conti, M. du Maine et M. le comte de Toulouse revinrent à la cour. Le prince d'Orange, quelque mesuré qu'il fût, ne put s'empêcher d'insulter à notre perte lorsqu'il apprit toutes les récompenses données au maréchal de Boufflers, à Guiscard2, et à tout ce qui avoit défendu Namur : il dit que

21 septembre ; on ne partit pour Fontainebleau que le 22. — A la suite d'un long article sur la prise de Namur, la Gazette d'Amsterdam (Extraordinaire lxxxiii, 17 octobre 1695) donne quelques détails sur le rôle du maréchal de Boufflers et sur son retour ; elle dit les emprunter à des correspondances de Paris : « Il est difficile d'exprimer ce que les cinq mille hommes qui restoient dans le château ont souffert, et surtout par le feu des bombes et du canon, à quoi toute la garnison étoit exposée jour et nuit, aussi bien que M. de Boufflers, qui se trouvoit partout, qui visitoit deux fois le jour et la nuit toute l'étendue de la place, et qui n'entroit dans un souterrain que pour aller écrire. De douze gentilshommes qu'il avoit amenés avec lui pour servir à ses côtés, il n'en reste que deux, et son neveu y eut la tête emportée en dînant avec lui. Il est certain que M. le maréchal se loue fort des honneurs qu'on lui a rendus en Hollande, et qu'on n'en doit attendre aucunes représailles, si ce n'est des représailles d'honnêteté. Il arriva le 21 à Versailles, en bonne santé, mais fort triste d'avoir été obligé de rendre Namur ; il est incomparablement plus sensible à cette perte qu'à sa nouvelle dignité. A son arrivée, tout ce qui se trouva dans les cours du château, jusques aux laquais et aux porteurs de chaise, coururent au-devant de lui pour lui témoigner la joie qu'ils avoient de le voir. Il monta ainsi escorté de cette populace jusques à la salle des Gardes, où ils furent obligés de le quitter. Il alla trouver le Roi, qui lattendoit chez Mme de Maintenon, et qui le reçut et l'embrassa à plusieurs reprises, avec des témoignages de bonté et des caresses extraordinaires. Pour lui, à peine put-il rien répondre : il dit seulement qu'il ne se consoleroit jamais d'avoir été obligé de rendre aux ennemis une place de cette importance que Sa Majesté lui avoit confiée. Vous pouvez bien juger de ce que le Roi lui dit sur cela. »

2. Guiscard conserva ses quinze mille livres du gouvernement de Na-

sa condition étoit bien malheureuse d'avoir toujours à envier le sort du Roi, qui récompensoit plus libéralement la perte d'une place que lui ne pouvoit faire tant d'amis et de dignes personnages qui lui en1 avoient fait la conquête 2. Les armées ne firent plus que subsister, et se séparèrent à la fin d'octobre, et tous les généraux d'armée revinrent à la cour.

J'ai laissé3 le maréchal de Joyeuse séparé par le Rhin du prince Louis de Bade, et M. et Mme la maréchale de Lorge à Landau, où, après que nous eûmes repassé, je les vins trouver. Pendant plus de six semaines que nous y demeurâmes, toute l'armée, qui n'étoit pas loin, les vint voir. La santé rétablie, M. le maréchal de Lorge eut impatience de retourner à la tête de son armée, et Mme la maréchale s'en alla à Paris. Il est impossible de décrire [Add. Sf-S. m] la joie et les acclamations de toute l'armée à ce retour de son général4: tout ce qui la put quitter vint deux lieues à sa rencontre. Les décharges d'artillerie et de mousqueterie furent générales et réitérées, malgré toutes ses défenses ; toute la nuit, le camp fut en feu et en bonne chère, et des tables et des feux de joie devant tous les

Maréchal

de Lorge, de

retour à son

armée, tombe

en apoplexie.

mur et eut le commandement des places de Dinant, Philippeville et Charlemont. (Dangeau, tome V, p. 272.)

1. Saint-Simon, après avoir d'abord écrit l'a initial dJ avoient, l'a surchargé d'en, et a récrit le verbe entier à la suite.

2. Les critiques et les lardons ne vinrent pas seulement de l'étranger ; on fit beaucoup d'épigrammes en France sur tant de récompenses qui semblaient mal motivées par une défense insuffisante au point de vue de l'art des sièges. Boufflers ne fut pas plus épargné que ne l'avait été Villeroy :

Et si, par un rare bonheur,

Il perd une bataille, Le Roi, consultant son grand cœur,

Le fera connétable.

Voyez le Chansonnier, ms. Fr. 12691, p. 552, 554, 564, etc.

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