‹ Memoires de Saint-SimonChapitre 230 sur 351 · Après main, est effacé et · texte numérisé non relu

Après main, est effacé et

4. Saint-Simon avait écrit d'abord : souvenir, préoccupé sans doute de la désinence du verbe suivant : découvrir.

5. Dangeau (tome V, p. 274) dit : « trente pas plus loin que là où il avoit salué. » Le Mercure du mois de septembre 1695, p. 325-328, donne un récit très-curieux de cet épisode ; voyez aussi le Journal du siège, p. 271-274.

tenu par des officiers ennemis des plus principaux, il fut arrêté par Owerkerque1 et l'Estang2, lieutenant des gardes du prince d'Orange. Owerkerque étoit un bâtard de Nassau, général en chef des troupes d'Hollande, grand écuyer du prince d'Orange, et de tout temps dans sa confiance la plus intime; l'Estang y étoit aussi. Le maréchal fut fort surpris et se récria que c étoit violer la capitulation ; mais, pour tout ce qu'il put dire et ce qu'il se trouva des nôtres auprès de lui, ils n'étoient pas les plus forts, et il fallut monter dans un carrosse qu'on tenoit là tout prêt. Du reste, cette violence se passa avec toute la politesse, les égards et le respect que les ennemis y purent mettre. Portland3, favori dès sa jeunesse du prince d'Orange, sous

1 . Henri de Nassau, comte d'Owerkerque (on écrivait aussi Ouwerkerk, et souvent Auverkerque ; ici même Saint-Simon commence le nom la première fois par Au, la seconde par 0), issu d'un bâtard du prince Maurice de Nassau, était capitaine des gardes de Guillaume III, son grand écuyer et capitaine de sa cavalerie. Il fut titré comte de Grantham, en Angleterre, en 1698, devint, en 1703, feld-maréchal de l'armée des États généraux, et mourut au siège de Lille, le 18 octobre 1708, laissant une nombreuse postérité.

2. François (?) de l'Estang, ancien capitaine des gardes de Turenne, avait eu un régiment de cavalerie en 1675, puis avait émigré, comme protestant, lors de la révocation de l'édit de Nantes (Dangeau, tome I, p. 348).

3. Comparez tome I, éd. 1873, p. 461. — Jean-Guillaume, comte ou baron de Bentinck, né dans la province hollandaise d'Over-Yssel, entré au service de Guillaume d'Orange comme page d'honneur, puis devenu gentilhomme de sa chambre et envoyé par lui deux fois en Angleterre, avait été l'un des promoteurs de la révolution de 1688, et Guillaume, en récompense de ses services, l'avait créé conseiller privé, grand écuyer, pair, comte de Portland, vicomte de Woodstock, etc. (1689) ; mais il n'eut l'ordre de la Jarretière que le 19 février 1697. Saint-Simon aura lieu de parler de son rôle à Ryswyk, de son séjour en France comme, ambassadeur (1698), puis de sa lutte avec un autre favori hollandais, le comte d'Albemarle. Il se retira des affaires après la mort de son maître, et mourut le 14 novembre 1709, âgé de soixante-deux ans. Des bruits fâcheux couraient sur l'origine du crédit dont il jouissait auprès <lc Guillaume : voyez le Chansonnier, ms. Fr. 12 690, p. 92; la continuation de l'Histoire de Rapin-Thoiras, édit. de 1749, tome XI, p. 467,

le nom de Bentinck, et Hollandois, et qu'il avoit fait comte en Angleterre et chevalier de la Jarretière, avec Dijckweldt1, frère d'Owerkerque et général, vinrent trouver le maréchal dans la ville de Namur, où il fut conduit, et lui expliquèrent qu'il étoit arrêté en représailles des garnisons de Deynze et de Dixmude, prisonnières de guerre, que le Roi n'avoit pas voulu laisser racheter2.

et Y Histoire de la Fontaine, par Walckenaer, tome II, p. 223 et suivantes. L'historien Macaulay n'ajoute pas foi à ces accusations.

1. Saint-Simon se trompe ici et confond Dijckweldt avec le comte d'Odyck, qui était en effet général des troupes de Hollande et frère d'Owerkerque. Cette confusion, qu'on retrouve encore dans la table que Saint- Simon fit pour le manuscrit de Dangeau (octobre 1705), vient sans doute, soit d'une légère ressemblance des deux noms, soit de ce que l'un et l'autre, Odyck et Dijckweldt, vinrent en France, comme plénipotentiaires ou comme ambassadeurs, à la fin de la guerre. Éverard de Weede de Dijckweldt, formé à l'école de Jean de Witt et devenu un des chefs du parti républicain, s'était attaché de bonne heure au prince d'Orange, et tenait un des premiers rangs parmi ses ministres. Il avait eu des conférences secrètes avec M. de Harlay, en 1694, et, plus anciennement, en 1678, était venu en France avec un titre d'ambassadeur.

2. La Gazette d'Amsterdam (n° du 12 septembre 1695) rendit compte en ces termes de l'incident que raconte ici Saint-Simon : « La garnison du château sortit avant-hier (5 septembre), suivant la capitulation. Elle descendit par la brèche, avec six pièces de canon, deux mortiers et toutes les autres marques d'honneur qui ont été réglées par l'accord, pour être conduite à Dinant, et de là à Givet. Elle s'est trouvée réduite, suivant les listes qu'on a vues, à cinq mille quatre-vingt-treize hommes, y compris les officiers. Le maréchal de Boufflers, qui étoit à la tête des dragons, fut rencontré, à quelque distance du château, par M. de Dijckweldt, qui lui fît plainte de l'infraction du cartel et des capitulations de Dixmude et de Deynze à l'égard des troupes qu'on refusoit de rendre en payant leur rançon, et lui demanda s'il vouloit donner sa parole qu'elles seroient renvoyées : à quoi ce général ayant fait réponse que, si le maréchal de Villeroy avoit manqué à quelque chose, cela ne le regardoit pas, et qu'il falloit un ordre du Roi, son maître, à qui il en écriroit, sur ces entrefaites, M. de l'Estang s'avança, avec quelques gardes du corps qu'il commande, et, l'ayant arrêté de la part du Roi, il le ramena dans la ville de Namur, où il est encore. On dit qu'il doit être conduit à Maëstricht, et que le comte de Guiscard partit en poste pour aller en donner avis à la cour de France. L'armée des ennemis

Guiscard cependant étoit retourné à l'électeur de Bavière, qui lui dit être très-fâché de cet arrêt1, qu'il n'avoit su que le matin, et auquel il ne pouvoit rien ; et Guiscard, dépêché par le maréchal, vint tout de suite rendre compte au Roi de cet événement et de tout le siège, qui fut trèsétonné et piqué de ce procédé2. Le maréchal de Boufïlers eut toute sa maison avec lui, la garde et tous les honneurs partout de général d'armée, et la liberté de se promener partout. Il auroit bien pu faire rendre les garnisons de Deynze et de Dixmude, pour se tirer de prison ; mais il eut la sagesse de n'user point de ce pouvoir et d'attendre ce qu'il plairoit au Roi. L'Electeur lui fit faire force compliments et excuses de ne l'aller pas voir, sur ce qu'il craignoit que cette visite déplût au prince d'Orange3.

Guiscard, en arrivant, fut déclaré chevalier de l'Ordre Guiscard pour la première fête4. Mesgrignj, qui avoit été mandé rordre.

n'eut pas plus tôt appris la capitulation, qu'elle se retira vers Charleroy.... » Dans une lettre écrite aux États de Hollande, Dijckweldt expliqua comme il suit les griefs qui avaient motivé l'arrestation du maréchal : « Comme le roi de France n'a pas encore relâché les garnisons de Dixmude et de Deynze, qui avoient été déclarées prisonnières de guerre par la capitulation, et lesquelles il a déclaré (sic) telles par la lettre qu'il a écrite au maréchal de Boufïlers, quoique, suivant le cartel, elles dussent être remises en liberté quinze jours après avoir été faites prisonnières de guerre; et même, après les remontrances et autres moyens convenables qu'on a employés pour ce sujet, ce procédé auroit pu donner lieu d'agir- par représailles, en arrêtant toute la garnison du château deNamur; cependant Sa Majesté ne l'a pas voulu faire, et, à la persuasion de plusieurs hauts officiers, elle a trouvé plus à propos de faire arrêter le maréchal de Boufflers jusques à ce que les garnisons de Dixmude et de Deynze soient rendues et remises en liberté suivant le cartel.... » (Gazette d'Amsterdam, Extraordinaire lxxiii.)

1. Arrêt, dans le sens où l'on emploie aujourd'hui le mot arrestation, qui n'est dans le Dictionnaire de l'Académie qu'à partir de 1798.

2. Journal de Dangeau, tome V, p. 273-274. Comparez Y Histoire du règne de Guillaume III, par Macaulay, tome III, p. 318-320.

3. Ces dernières phrases sont tirées presque littéralement du Journal de Dangeau, tome V, p. 275-276.

». C/ost-à-dire que le Roi promit de le proposer à la première réu-

Boufflers duc vérifié

pour rendre compte du siège avant qu'on sût l'arrivée de Guiscard, eut six mille [livres] 4 de pension et un cordon rouge2, et le Roi manda par un courrier au maréchal de Maréchal de Boufflers qu'il le faisoit duc vérifié au Parlement3. Ce courrier le trouva à Huy, gardé par l'Estang, mais avec toute sorte de liberté et tous les honneurs qu'il auroit sur notre propre frontière4. Il lui envoya deux jours après pouvoir de rendre les garnisons de Deynze et de Dixmude, qui le trouva à Maëstricht. Il envoya à Milord Portland, et l'affaire ne traîna pas3. Le maréchal de Boufflers partit dès que tout fut convenu, et fut reçu à Fontainebleau avec des applaudissements extraordinaires6. Il fit faire Mesgri-

nion du chapitre de l'Ordre, qui se tint le 11 décembre suivant. Guiscard fut le seul laïque nommé dans cette promotion exceptionnelle, et Monsieur de Noyon le seul prélat. (Dangeau, tome V, p. 275, 317, 321 et 339.) Leur réception eut lieu le 1er janvier 1696. Les preuves de Guiscard, reçues par Dangeau et le duc de Béthune, se trouvent dans le ms. Clairambault 1083, fol. 312. Voyez des épigrammes sur sa nomination, dans le Chansonnier, ms. Fr. 12 691, p. 559 et 597: quoique très-vaillant officier, il avait une fort mauvaise réputation pour les mœurs et pour l'honnêteté.

1. Il arrive souvent à Saint-Simon d'indiquer les sommes d'argent par le chiffre seul, sans aucun signe qui représente le mot livres ou francs.

2. Les mots : « et un cordon rouge », ont été ajoutés au-dessus de la ligne. — On appliquait la qualification de cordon rouge aux vingt-quatre commandeurs de l'ordre de Saint-Louis, qui portaient, comme les huit grand-croix, le ruban rouge en écharpe, mais non la croix brodée sur le manteau et le juste-au-corps. Mesgrigny fut nommé commandeur à quatre mille livres de pension, en place de M. de Watteville. (Journal de Dangeau, tome V, p. 273, 279, 288.)

3. On a vu plus haut (p. 22, note 6) ce que c'était qu'un duc vérifié, et la différence avec le duc à brevet. — Les lettres érigeant le comté de Cagny, près de Beauvais, en duché de Boufflers, furent immédiatement expédiées (septembre 1695), et vérifiées au parlement de Paris le 16 novembre suivant. Voyez-en le texte dans Y Histoire généalogique du P. Anselme, tome V, p. 69-73.

4. Comparez Dangeau, tome V, p. 276, et la Gazette d'Amsterdam, 15, 19 et 29 septembre 1695.

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