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chesse de Brancas1. Je ne sais s'il leur parut trop fin, ou s'il espéra mieux ailleurs qu'avec gens avec qui il n'y avoit rien à partager que des plaies ; mais peu à peu sa liaison avec eux se refroidit, et, à force de tourner autour de Saint-Sulpice2, il parvint à y en former une dont il espéra mieux. Cette société de prêtres commençoit à percer, et, d'un séminaire d'une paroisse de Paris, à s'étendre. L'ignorance, la petitesse des pratiques, le défaut de toute protection, et le manque de sujets de quelque distinction en aucun genre, leur inspira une obéissance aveugle pour Rome et pour toutes ses maximes, un grand éloignement de tout ce qui passoit pour jansénisme3, et une dépendance des évêques qui les fit successivement désirer dans beaucoup de diocèses. Ils parurent un milieu très-utile aux prélats, qui craignoient également la cour sur les soupçons de doctrine, et la dépendance des jésuites, qui les mettoient sous leur joug dès qu'ils s'étoient insinués chez eux, ou les perdoient sans ressource :
1. Marie de Brancas, née en 1651, seconde fille du comte de Brancas le Distrait, et sœur de la princesse d'Harcourt (tome I, p. 103, note 3), avait épousé, le 5 juillet 1680, son cousin germain Louis de Brancas, duc de Villars-Brancas. Elle avait la charge de dame d'honneur de Madame, et mourut au Palais-Royal, le 27 août 1731, âgée d'environ quatre-vingts ans. Saint-Simon reviendra plus d'une fois sur elle et son mari.
2. Le séminaire de Saint-Sulpice avait été fondé en 1635, à Paris, rue du Vieux-Colombier, par Jean-Jacques Olier, abbé de Pébrac et curé de Saint-Sulpice, Antoine Raguier de Poussé, docteur de Sorbonne, et Antoine Damiens, prêtre. Il devait former des ecclésiastiques sous la direction de l'autorité épiscopale. C'est à Saint-Sulpice que Fénelon avait reçu les ordres sacrés, en 1675, et il avait rempli les fonctions sacerdotales dans la paroisse pendant trois ans, jusqu'à ce que l'archevêque le nommât supérieur des Nouvelles-Catholiques.
3. Fénelon, dans son rapport secret au Pape, en 1705, dit : Soli sunt San-Sulpitiani seminaristœ quibus cordi sit liane labem a se depellere. Selon un historien moderne, M. l'abbé Houssaye (le Cardinal de Bérulle, tome I, p. 9), cet éloignement persistant des sulpiciens pour les doctrines jansénistes est le motif du jugement que Saint-Simon, ici et ailleurs (notamment tome IX, p. 27, et tome XII, p. 141), porte sur eux.
de manière que ces sulpiciens s'étendirent fort promptement. Personne parmi eux qui pût entrer en comparaison sur rien avec l'abbé de Fénelon : de sorte qu'il trouva là de quoi primer à l'aise et se faire des protecteurs qui eussent intérêt à l'avancer pour en être protégés à leur tour. Sa piété, qui se faisoit toute1 à tous, et sa doctrine, qu'il forma sur la leur en abjurant tout bas tout ce qu'il avoit pu contracter d'impur parmi ceux qu'il abandonnoit, les charmes, les grâces, la douceur, l'insinuation de son esprit le rendirent un ami cher à cette congrégation nouvelle, et lui y trouva ce qu'il cherchoit depuis longtemps, des gens à qui se rallier, et qui pussent et voulussent le porter. En attendant les occasions, il les cultivoit avec grand soin, sans toutefois être tenté de quelque chose ^ d'aussi étroit pour ses vues que de se mettre parmi eux, et cherchoit toujours à faire des connoissances et des amis. G'étoit un esprit coquet, qui, depuis les personnes les plus puissantes jusqu'à l'ouvrier et au laquais, cherchoit à être goûté et vouloit plaire, et ses talents en ce genre secondoient parfaitement ses désirs. Mme Guyon. Dans ces temps-là, obscur encore, il entendit parler (Add. S'-S. 427] de Mme Guyon 2, qui a fait depuis tant de bruit dans le monde qu'elle y est trop connue pour que je m'arrête sur elle en particulier. Il la vit : leur esprit se plut l'un à