Plus est écrit au-dessus de la ligne
4. Léon Potier de Gesvres, né le 15 août 1656, et revêtu, dès sa première jeunesse, d'un titre de protonotaire apostolique, avec les deux abbayes de Bernay et de Saint-Géraud d'Aurillac, avait été nommé à l'archevêché de Bourges le 29 mai 1694, s'était fait recevoir docteur en théologie le 30 septembre suivant, et avait été sacré à Paris, le 23 janvier 1695. Il devint cardinal en 1719, sur la nomination du roi de Po-
Boucherat, chancelier, ferme sa porte aux carrosses
même des évêques.
[Add. S'-S. 129]
Gesvres, étoit à la tête. Quand leurs carrosses se présentèrent à la Chancellerie, à Versailles, la porte ne s'ouvrit point : on parlementa, les députés prétendirent que le chancelier étoit convenu de les laisser entrer, non à la vérité comme évêques, mais comme députés du premier ordre du Royaume ; lui maintint qu'ils avoient mal entendu : conclusion, qu'ils n'entrèrent point, mais aussi qu'ils ne le voulurent pas voir chez lui, et que, par accommodement, tout se finit entre eux dans la pièce du château où le chancelier tient le conseil des parties1. Harlay, arche- Harlay, archevêque de Paris, avoit présidé à cette asvêque de Pans. semblée, et lui qui avoit toujours régné sur le clergé ses dernières Par ^a faveur déclarée et la confiance du Roi, qu'il avoit années. possédée toute sa vie, y avoit essuyé toutes sortes de dégoûts. L'exclusion que peu à peu le P. de la Chaise étoit parvenu à lui donner de toute concurrence en la distribution des bénéfices2, l'avoit déjà éloigné du Roi; et Mme de Maintenon, à qui il avoit déplu d'une manière implacable en s'opposant à la déclaration du mariage
logne, fut fait commandeur des ordres en 1724, se démit de son archevêché en 1729, reçut en échange l'abbaye Saint-Remy de Reims, et mourut à Paris, le 12 novembre 1744.
1. Comparez l'article du 25 juillet 1695, dans le Journal de Dangeau, tome V, p. 247. — « Le conseil privé, autrement le conseil des parties, se tient dans la salle du Conseil, par M. le Chancelier, et les jours qu'il lui plaît ; et, quoique le Roi n'y assiste jamais, ou presque jamais, le fauteuil de S. M. y est toujours placé, et demeure vide.... Les affaires qui sont rapportées sont des cassations d'arrêts des parlements et autres cours souveraines, ou des évocations pour récusation de juges d'une juridiction particulière ou d'un parlement ou autre juridiction entière ; soit pour des affaires particulières, de ville à ville ou de particulier à particulier, que le Conseil évoque à soi, et dont il s'est réservé la connoissance. » (État de la France, année 1698, tome III, p. 32-33.) Les conseillers d'État semestres ou ordinaires, ainsi que ceux d'épée et d'Église, assistaient aux séances de ce conseil, et les rapports y étaient faits par des maîtres des requêtes.
2. Voyez ci-dessus, p. 199 et note 1, et la suite des Mémoires, tome XII, p. 138.
dont il avoit été l'un des trois témoins1, l'avoit coulé à fond. Le mérite qu'il s'étoit acquis de tout le Royaume, et qui l'avoit de plus en plus ancré2 dans la faveur du Roi, dans l'assemblée fameuse de 16823, lui fut tourné à poison quand d'autres maximes prévalurent. Son profond savoir, l'éloquence et la facilité de ses sermons, l'excellent choix des sujets et l'habile conduite de son diocèse, jusqu'à sa capacité dans les affaires et l'autorité qu'il y avoit acquise dans le clergé, tout cela fut mis en opposition de sa conduite particulière, de ses mœurs galantes, de ses manières de courtisan du grand air4.
4. Voyez tome I, p. 108, note 3, et Addition n° 57, p. 379; tome XII, éd. 1873, p. 29-30. L'abbé le Gendre, secrétaire de'l'archevêque, raconte que Mme de Maintenon « étoit outrée de ce que M. de Harlay, en bon serviteur du Roi et en bon citoyen, s'étoit le plus opposé à ce que le Roi déclarât son mariage avec elle.... Du moins, ajoute-t-il, on le disoit ainsi. » (Mémoires de Vabbé le Gendre, p. 202.)
2. Saint-Simon a substitué, par surcharge, ancré à mi[s], et, dans la ligne suivante, Yf initiale de fameuse à un d, et le 2 final de 1682 à un 3. Un peu plus loin, la première syllabe de l'habile corrige la.
3. Cette assemblée, convoquée extraordinairement, avait donné, le 12 mars 1682, la célèbre déclaration où se trouvent énoncés les principes fondamentaux de l'Église gallicane sur l'autorité du Pape, l'usage de la puissance apostolique, etc. L'archevêque de Paris, le « pape d'en deçà les monts, » comme l'appelait son secrétaire, s'y était montré plus ardent que personne à faire voter les « propositions du clergé sur la puissance de l'Église. » Selon le Journal de Vabbé Ledieu (tome I, p. 8 et suivantes), Bossuet disait plus tard que M. de Harlay n'avait fait, en cette occasion, que « flatter la cour, écouter les ministres et suivre à l'aveugle leurs volontés, comme un valet. »
4. Son portrait a été gravé par Duflos, d'après le peintre le Febvre. Ce grand air le faisait reconnaître pour le type de Théognis, si recherché dans son ajustement (Caractères, tome I, p. 356 et 549). Un autre passage, au chapitre de l'Homme (tome II, p. 45 et 300), ainsi conçu : « On ne leur demande point qu'ils soient plus éclairés et plus incorruptibles...; on veut seulement qu'ils ne soient point amoureux..., » a semblé également être applicable à M. de Harlay, car ses galanteries amoureuses n'étaient que trop connues de tout le monde; c'est de lui que Fénelon disait, dans sa célèbre lettre au Roi (1693) : « Vous avez un archevêque corrompu, scandaleux, incorrigible, faux,
Quoique toutes ces choses eussent été inséparables de lui depuis son épiscopat et ne lui eussent jamais nui, elles devinrent des crimes entre les mains de Mme de Maintenon, quand sa haine, depuis quelques années, lui eut persuadé de le perdre, et elle ne cessa de lui procurer des
! déplaisirs. Cet esprit étendu, juste, solide, et toutefois fleuri, qui, pour la partie du gouvernement, en faisoit un grand évêque, et, pour celle du monde, un grand seigneur fort aimable et un courtisan parfait, quoique fort noblement, ne put s'accoutumer à cette décadence et au discrédit qui l'accompagna. Le clergé, qui s'en aperçut, et à qui l'envie n'est pas étrangère, se plut à se venger de la domination, quoique douce et polie, qu'il en avoit éprouvée, et lui résista, pour le plaisir de l'oser et de le pou-
I voir. Le monde, qui n'eut plus besoin de lui pour des évêchés et des abbayes, l'abandonna. Toutes les grâces de son corps et de son esprit, qui étoient infinies, et qui lui étoient parfaitement naturelles, se flétrirent. Il ne se trouva de ressources qu'à se renfermer avec sa bonne amie la duchesse de Lesdiguières1, qu'il voyoit tous les
malin, artificieux, ennemi de toute vertu, et qui fait gémir tous les gens de bien. Vous vous en accommodez parce qu'il ne songe qu'à vous plaire par ses flatteries. Il y a plus de vingt ans qu'en prostituant son honneur, il jouit de votre confiance. Vous lui livrez les gens de bien, vous lui laissez tyranniser l'Église, et nul prélat vertueux n'est traité aussi bien que lui. » (Lettre de Fénelon à Louis XIV, éd. de 1825, par Renouard, p. 23-24.)
1. Ci-dessus, p. 17, 69 et 121. — Sur la liaison de Mme de Lesdiguières avec l'Archevêque, et sur « la dévotion qui vient.... aux femmes comme une passion, » voyez les Caractères de la Bruyère, tome I, p. 183 et 459, et tome II, p. 302. Après la mort du prélat, son amie donna à l'église Notre-Dame une somme de six mille livres pour un service d'obit annuel ; elle assista à la première célébration de ce service, le 7 août 1697, et distribua quatre sols à chacun des pauvres qui se trouvaient dans la cour du Cloître. (Cabinet des titres, vol. 1011, p. 76.) L'année suivante, elle demanda l'autorisation de faire exhumer les restes de l'Archevêque et de les transporter dans la chapelle des Gondi, où elle devait elle-même être enterrée. Les chanoines ayant refusé, elle fit seulement
jours de sa vie, ou1 chez elle ou à Conflans2, dont il avoit fait un jardin délicieux, et qu'il tenoit si propre, qu'à mesure qu'ils s'y promenoient tous deux, des jardiniers les suivoient à distance pour effacer leurs pas3 avec des râteaux.
Les vapeurs gagnèrent l'Archevêque ; elles s'augmentèrent bientôt, et se tournèrent en légères attaques d'épilepsie. Il le sentit, et défendit si étroitement à ses domestiques d'en parler et d'aller chercher du secours quand ils le verroient en ces états, qu'il ne fut que trop bien obéi. Il passa ainsi ses deux ou trois dernières années. Les chagrins de cette dernière assemblée l'achevèrent4.
mettre une tombe et une inscription sur l'endroit où les entrailles du prélat avaient été déposées. (Papiers du P. Léonard, MM 825, fol. 146.)
1. Ce premier ou corrige c[hez], et, après le second, à surcharge en.
2. Le château de Conflans-1' Archevêque, au confluent de la Marne et de la Seine, appartenait aux archevêques de Paris depuis 1672 (et non 1695, comme le dit le duc de Luynes,tome II, p. 310). « C'est, ditPiganiol de la Force, une des belles maisons qu'il y ait. Elle doit ses beautés à la nature et au goût excellent de François de Harlay, archevêque de Paris. » Suit la description du château et des terrasses et jardins. (Nouvelle description de Paris, édition de 1742, tome VIII, p. 169-173.)