Voyez, aux Additions et corrections, l'Addition 87 bis
de Conti, fille du Roi, lui avoit mis une fille d'honneur auprès d'elle, sa parente et pauvre, qui étoit de Dauphiné et s'appeloit Mlle Choin, une grosse eamarde, fraîche, réjouie, fort laide, mais plaisante, hardie et de beaucoup d'esprit. Clermont, frère de l'évêque de Laon et de Roussillon, jeune et bien fait, qui, des gardes du corps, avoit passé dans les gendarmes de la garde, avoit plu à Mme la princesse de Conti, et, comme il est des gens fort dépravés, Mlle Choin lui avoit plu davantage. Monseigneur étoit le confident de tout cela, avec M. de Luxembourg et son fils M. de Montmorency, qui bâtissoient là-dessus, pour l'avenir, de grandes idées de fortune. Mlle de Lillebonne et Mme d'Espinoy, sa sœur, en étoient aussi, mais alors moins avant. Les lettres mouchoient1, et le Roi, qui a toujours été fort curieux de les ouvrir, en eut deux ou trois paquets. En ayant suffisamment vu, blessé de la conduite de sa fille et piqué de celle de Clermont, il manda une après-dînée Mme la princesse de Conti dans son cabinet, et là lui montra ses lettres à Clermont, celles de Clermont à elle, et la mit à cette vue dans un étrange état. Après une pause, il lui dit que ce n'étoit pas tout, et qu'elle alloit voir autre chose. Alors, il lui montra les lettres de la Choin à Clermont, pleines de railleries sur elle, et celles de Clermont à la Choin, par lesquelles il lui sacrifîoit Mu ï la princesse de Conti. Le désespoir fut à son comble : le Roi la renvoya et la plaignit. La Choin fut chassée, et Clermont aussi, qui n'a jamais approché de la cour du vivant du feu roi, et que Monseigneur a toujours aimé sans le voir, et2, s'il l'a vu dans les derniers temps, c'étoit bien à la dérobée; mais il lui donnoit. Pour la Choin, qui demeura à Paris, Monseigneur la vit toujours, et la vit tant et si bien, d'abord en profond mystère, et puis en mystère moins ténébreux, qu'elle passoit à Choisy, puis à Meudon, tous les voyages, y venant la veille en fiacre et demeurant seule dans une chambre, excepté les temps où Monseigneur y alloit. Dumont seul, avec un ou deux valets, en avoient le secret. Peu à peu, par pitié de cette solitude, Monseigneur la laissa voir à Sainte-Maure et à quelques courtisans très-favoris, et, de l'un à l'autre, cela s'élargit. Enfin, cela devint à Meudon ce que Mme de Maintenon étoit à Versailles, excepté qu'elle ne sortoit point d'un appartement contigu à celui de Monseigneur, qui se communiquoit (sic) par un degré; et les enfants de Monseigneur, Madame la Duchesse, et beaucoup d'hommes et de dames, sur le pied de privanec, l'alloient voir; et il y avoit à la fin des dîners assez fréquents à Meudon, quand ce n'étoit qu'aller et venir sans coucher, où non-seulement Monseigneur dînoit avec elle, mais Mme la duchesse de Bourgogne, les enfants de Monseigneur et quelques dames; et cela s'appeloit le parvulo. Les commencements très-secrets de cette liaison furent ceux de la décadence, secrète aussi, de Mme la princesse de Conti auprès de Monseigneur, et du montant de la faveur de Madame la Duchesse auprès de lui. Mme la princesse de Conti découvrit bientôt le mystère, et, n'ayant pu rompre ce
1. Comparez ci-dessus, p. 127. — 2. Ou a été effacé après et.
charme, clic voulut au moins se conserver les dehors auprès de Monseigneur, qui les lui garda toujours assez bien, mais qui se trouvoit bien autrement à son aise avec Madame la Duchesse. Le Roi et Mme de Maintenon le surent aussi de bonne heure, et ne crurent pas devoir contraindre un goût si fort et qui se conduisoit d'une manière si modeste ; et il arriva qu'enfin Mlle Choin eut une cour à Paris, bien plus grosse qu'elle ne vouloit, et qu'elle vit Mme de Maintenon, et même le Roi, dans les fins, à des voyages du Roi à Meudon, où elle étoit ellemême, mais toujours dans sa retraite. C'étoit une très-bonne créature, qui ne sortoit ni de sa place ni de son état avec ceux qu'elle voyoit ; fort désintéressée, qui ne demandoit jamais ; d'un bon esprit, sensé et raisonnable, pour qui Mme de Maintenon avoit de la considération, et qui refusa, tout à la fin, de se venir établir à Versailles, où le Roi la desiroit pour y retenir davantage Monseigneur, qui avoit autant ou plus d'abandon pour elle et de malaise sans elle, que le Roi pour Mme de Maintenon : à quoi Monseigneur plioit, sans avoir jamais pu s'y accoutumer. C'étoit là-dessus que Mme la duchesse de Bourgogne disoit plaisamment, depuis la grande dévotion de M. le duc de Bourgogne, qu'elle voudroit mourir et revivre bientôt après, pour avoir le plaisir de retrouver M. le duc de Bourgogne secrètement marié à une tourière des filles de Sainte-Marie. Mlle Choin disoit : la duchesse de Bourgogne, prenoit un fauteuil devant elle, en ' recevoit hommage et cour, tout comme faisoit Mme de Maintenon, en présence et en absence de Monseigneur. Elle mourut à Paris, en 1732, dans une maison près le Petit Saint-Antoine, où elle avoit toujours logé.
91. Jalousie de M. de Vendôme contre le prince de Conti. (Page 185.)
2 janvier 1695. — La jalousie de M. de Vendôme pour M. le prince de Conti avoit fait cette brouillerie, à laquelle l'insolence du grand prieur avoit fort contribué. M. de Luxembourg devoit sa fortune à la maison de Condé, qu'il avoit toujours ménagée, et qui l'avoit toujours aimé et considéré. Monsieur le Prince le héros avoit fait cette liaison, ■qui, de personne à personne, étoit devenue intime entre M. le prince de Conti et M. de Luxembourg, duquel il vouloit apprendre, et à qui il s'étoit attaché comme à son maître, par tous les devoirs d'un disciple. Il étoit le cœur de son oncle2, et le plus aimable et le plus séducteur des humains ; jusqu'à ses mœurs étoient au gré de M. de Luxembourg, qui, malgré l'inégalité de l'âge, n'en avoit pas de meilleures, et qui, trouvant dans ce prince tout ce qu'il falloit pour en faire un grand capitaine, s'appliqua avec complaisance à le former. A tant de liaisons si •étroites, les vues d'ambition mirent le sceau. M. de Luxembourg, devenu