Renvoi à l'Addition du 11 août 1G94, ci-dessus, n
qui convia Monsieur le Prince el plusieurs gens de la cour à sa réception, comptant bien qu'elle fourniroit quelque amusement. L'abbé de Caumartin, qui se trouva alors, par le sort, directeur de l'Académie, et chargé par conséquent de répondre au discours de Monsieur de Noyon, en composa un de louanges si outrées et si extravagantes, que l'excès du ridicule lui fit prendre la précaution de le montrer à Monsieur de Noyon, un jour ou deux avant sa réception, pour en tirer son approbation. Ce panneau réussit au delà de son espérance. Monsieur de Noyon approuva le discours, se sentit flatté de cette déférence, y corrigea des bagatelles de sa main, et y fortifia même quelques louanges, de manière que l'abbé de Caumartin le lui prononça en pleine Académie, où la fleur de la cour et de Paris se trouva en foule à ce spectacle, et ne put contenir ses risées, et du discours de l'abbé de Caumartin, et des airs et des tons dont il l'ornoit jusqu'au plus grossier ridicule. Monsieur de Noyon fut le seul qui ne s'en aperçut point, et qui prit pour approbation de ses mérites et pour acclamation à ses louanges tout ce qui se passoit dans la salle à cette occasion. Le bruit de cette scène fut prodigieux. Monsieur de Noyon jouit deux jours du contentement de ce panégyrique, jusqu'à ce qu'étant allé voir Harlay, archevêque de Paris, avec qui il avoit eu maintes mailles à partir, que le Roi avoit raccommodées, l'Archevêque lui dessilla les yeux pour se venger de lui. Il s'en fut trouver le P. de la Chaise pour s'éclaircir mieux de ce qu'il venoit d'apprendre, qu'il ne put lui dissimuler: tellement qu'entrant en furie, il s'en alla demander justice au Roi d'un petit bourgeois, d'un petit prestolet, qui, abusant de sa bonté et de sa facilité, avoit eu l'audace de tourner en ridicule public un évêque de son âge, de son mérite, de sa qualité. Le Roi, qui avoit ri d'abord, parce qu'il n'étoit pas possible de s'en empêcher, mais qui avoit trouvé la chose aussi étrange qu'elle l'étoit, n'avoit dit mot jusqu'aux plaintes de Monsieur de Noyon ; mais alors il se fâcha, parce qu'il vouloit des bornes aux plaisanteries qu'on se pouvoit le moins refuser. Il en avoit déjà dit un mot à Pontchartrain ; mais alors il lui ordonna de laver la tête à son cousin et de l'envoyer demander pardon à Monsieur de Noyon, à qui il offrit de le chasser, et qui l'accepta. Ce qui l'outra le plus, ce fut l'excès du ridicule d'avoir vu et corrigé cette réponse sans s'être aperçu que c'étoit une moquerie burlesque et continuelle. Ce ne fut donc que par tous les mouvements [que] des amis et les parents de l'abbé de Caumartin se donnèrent auprès de lui, qu'ils en obtinrent de demander au Roi qu'il ne fut point chassé ; mais il ne voulut jamais le voir, ni recevoir son pardon et ses excuses. Il en fut vengé ; car le Roi, indigné du fait, n'en voulut jamais ouïr parler pour rien, et il n'a pu être évêque que pendant la Régence. Quelque temps après cette ridicule aventure, Monsieur de Noyon tomba malade à l'extrémité, et lui, à qui il échappoit de traiter quelquefois le Pape de Monsieur de Rome, et de dire que, s'il venoit jamais à Noyon, il l'empêcheroit bien de faire aucune fonction épiscopale sans sa permission, il envoya prier le nonce de lui venir donner la bénédiction apostolique in
articuîo mortis, ce qui ne laissa pas d'être trouvé fort mauvais, comme une nouveauté qui reconnoissoit dans le nonce une jurisdiction qu'on étoit encore alors soigneux de lui empêcher d'usurper. Dans cette maladie, il envoya chercher l'abbé de Caumartin, lui pardonna, l'embrassa, et, étant revenu en santé, fit sincèrement ce qu'il put pour le raccommoder avec le Roi et pour lui procurer un évêché.