‹ Memoires de Saint-SimonChapitre 283 sur 351 · Dauphiné et comté d'Auvergne · texte numérisé non relu

Dauphiné et comté d'Auvergne

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10 février 1695. — Il y a en Auvergne deux terres très-ordinaires, mais de nom fort singulier. Elles sont le dauphiné d'Auvergne et le comté d'Auvergne, qui n'ont aucune distinction dans la province même, ni aucune étendue remarquable ; mais ces noms ont eu du prix pour MM. de Rouillon, qui ont rarement laissé sortir de chez eux le comté d'Auvergne depuis qu'il y est entré, et l'ont recouvré le plus tôt qu'il leur a été possible, par l'échange de Sedan. C'est de cette terre que le frère de M. le cardinal et de M. le duc de Bouillon a porté toute sa vie le nom de comte d'Auvergne, qui, faute d'en savoir le fait, a ébloui les gens.

Le dauphiné d'Auvergne a été longtemps dans la branche de Bourbon-Montpensier, dont l'héritière fut première femme de Gaston et mourut en couches de la grande Mademoiselle, laquelle fit Monsieur son légataire universel. C'est à ce titre que cette terre lui échut, et qu'il voulut après la vendre. Le cardinal de Bouillon n'ignoroit pas que plus d'un fils aîné de ces branches de Bourbon-Montpensier avoient, du vivant de leur père, porté le nom de prince-dauphin d'Auvergne, et avoient été souvent appelés par abréviation prince-dauphin. Aussi n'oublia-t-il rien pour avoir cette terre, et en offrit tout ce que Monsieur en voudroit; mais le Roi, qui connoissoit bien le Cardinal, s'y opposa jusqu'à le défendre à Monsieur, et lui dit que sûrement le Cardinal ne manqueroit pas d'en faire porter le nom à quelqu'un de ses neveux, et qu'il étoit plus court, en ne la lui vendant pas, de l'en mettre hors de portée.

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