‹ Memoires de Saint-SimonChapitre 322 sur 351 · Bibl. nat., ms. Clairambault 1064, fol · texte numérisé non relu

Bibl. nat., ms. Clairambault 1064, fol

3. M. de laFaluère, premier président du parlement de Bretagne, répond, le 25 août : « Il se trouve ici, non pas en grand nombre à la vérité, d'assez honnêtes gens pour être prêts de subir une capitation, et qui la regardent comme une chose utile et nécessaire à l'État. Si ces bonnes intentions se multiplient, je vous en donnerai avis. Cependant c'est un cas délicat.... »

4. Comparez les Mémoires de Nicolas-Joseph Foucault, p. 309-310. Cet intendant offrit de « commencer l'établissement de la capitation dans la généralité de Caen et de donner l'exemple aux autres provinces. »

5. Le clergé fit en corps un don gratuit spécial, pour se racheter de l'imposition.

rendant générale, on peut dire qu'elle ne seroit à charge à personne, si le produit en étoit aussi considérable qu'on l'espère, cela pourroit faire cesser dans la suite une infinité d'autres affaires extraordinaires que l'on fait tous les jours tomber directement ou indirectement à la charge de la noblesse. On y trouveront encore cet avantage qu'au lieu qu'une partie du produit des affaires extraordinaires tourne au profit des traitants, qui, outre cela, font une infinité de frais et de vexations dans le recouvrement, celui de la capitation se feroit sans frais, par le moyen des receveurs généraux et des receveurs des tailles, et tout le produit

en tomberoit au profit du Roi1 »

L'envoi de cette circulaire donna naturellement une grande publicité aux projets du ministre ; aussi, à la même date à peu près, 4 et 5 novembre 1694, trouve-t-on une première mention de la capitation dans le Journal de Dangeau et dans la Gazette d'Amsterdam2. Suivant cette dernière feuille, où les informations se succèdent très-régulièrement, le Conseil avait pensé à prendre le dixième des revenus de chaque particulier5; mais on avait reculé devant l'idée de pénétrer dans les fortunes et les secrets des familles. Quoique la capitation, ou taxe par tête, ne semblât pas présenter le même danger, le public comprit bien que ce n'était encore qu'un expédient de pis-aller, et un correspondant parisien de la Gazette d'Amsterdam lui écrivait le 23 décembre : « Le Conseil, qui sent la peine et les inconvénients qu'il y a de recourir sans cesse à de nouveaux moyens, ou trop onéreux, ou insuffisants pour la continuation de la guerre, a voulu se délivrer tout d'un coup de la plus grande partie du fardeau, en s'assurant d'un fonds considérable pour chaque année, qui ne coûtât qu'un premier établissement, et cette même raison fait que ceux qui le doivent supporter en craignent encore plus les suites que les commencements4. » Quelques jours plus tard8, le même correspondant, dans un curieux article sur les « avantages et les contredits » du nouvel impôt, disait que les réponses des intendants avaient fait connaître partout beaucoup de misère; qu'en certains endroits, lorsque les curés avaient voulu lire au prône l'instruction à eux adressée par leur intendant, la plupart des paroissiens avaient quitté l'église, et qu'enfin « l'onzième colonne du projet de dénombrement6, qui a pour titre les pauvres mendiants, est si fort remplie à proportion

1. Bibl. nat.,ms. Fr. 8852, fol. 83; imprimé dans la Gazette d' Amsterdam, vu" Extraordinaire de 1695.

2. Dangeau, tome V, p. 102 ; Gazette d'Amsterdam, 1694, p. 369, 372, 380, 385, 387, et Extraordinaires xcm, xcvn, xcix.

3. C'est l'impôt qui sera établi en 1710, par un « bureau d'anthropophages. »

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