Ms. Fr. 14 177, double copie aux fol. 21 V et 125 V
3. La phrase présente cette irrégularité dans les deux copies.
point, Monseigneur, que vous ne réprimiez bientôt, et votre présence, s'il plaît au Seigneur, fera changer en Catalogne les affaires de face. Agréez, par l'intérêt que je prends à ce qui vous regarde, que j'aie l'honneur de vous avertir que vous devez vous méfier de l'intendant du Roussillon Trobat, qui certainement, l'année dernière, n'a pas bien servi le Roi : ceci, s'il vous plaît, de vous à moi. Je crois que vous ne serez pas fâché d'apprendre que le Roi a laissé à Monsieur le grand prieur le commandement que vous aviez en Provence, lui recommandant de tenir la main à l'exécution des ordres que vous avez donnés, comme ce qu'il aura de meilleur à faire. Vous avez, Monseigneur, à l'armée que vous commandez, deux officiers généraux que je vous puis répondre être gens de probité, et du mérite desquels je crois que vous êtes instruit : ce sont MM. de Coigny et de Genlis. Vous ne serez pas fâché d'apprendre qu'aussitôt que le Roi a déclaré publiquement son général et son viceroi en Catalogne, les courtisans se rendirent en foule chez Mgr le Dauphin, s'étant imaginé que c'étoit lui qui avoit demandé ces honneurs pour vous, comme son ancien favori, ainsi que M. le prince de Conti, pour qui il avoit sollicité quelque temps auparavant le commandement de l'armée de Flandres, très-vivement à la vérité, mais sans succès, le Roi l'ayant donné au maréchal de Villeroy et répondu à Monseigneur s'il avoit oublié que, si le prince de Condé eût gagné la bataille de Saint-Antoine, il auroit partagé le Royaume avec lui, et qu'il étoit surpris qu'il osât lui demander un commandement de cette importance pour un prince de cette maison, que leurs intérêts et ceux de l'État ne permcttroient pas de les rendre jamais plus puissants qu'ils n'étoient. Ainsi la maison de Condé en a [à] dos et à ventre. Monseigneur a assuré les courtisans qu'il étoit ravi de voir couronner votre mérite, mais qu'il n'avoit aucune part aux faveurs que vous veniez de recevoir, et que vous les deviez uniquement à vos services et à l'amitié que Sa Majesté a pour vous. En finissant ma lettre, je prends la liberté d'assurer Votre Altesse que je n'oublierai rien pour [que] tout ce qui dépendra de mes petits soins vous soit fourni exactement, et le plus abondamment qu'il sera possible. Je ne puis m'empêcher de vous renouveler encore les respectueuses assurances de ma parfaite joie de votre satisfaction, et je vous supplie de croire qu'il n'y a personne sur qui vous puissiez compter plus sûrement que sur moi.
« Je suis, avec un profond respect, Monseigneur, « De Votre Altesse
« Le très-humble et très-obéissant serviteur,
« Barrezieux.
« Il vous en coûte déjà un cerf qui s'est laissé prendre dans la forêt de Dreux. J'espère que ce ne sera pas le dernier. »
Lettre de M. de Dûville, intendant en Languedoc, à la maréchale duchesse de Nouilles1.
« A Montpellier, 7 juillet 1695.
« J'ai eu bien de la joie, Madame, en recevant la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire ; je craignois d'être un peu brouillé avec vous. J'avois pourtant une conscience bien nette, et je suis maintenant rassuré et hors d'inquiétude. J'ai eu bien du regret de voir partir si promptement Monsieur le maréchal; je n'ai pu le retenir plus de trois jours. Les chaleurs, depuis qu'il est parti, sont devenues si excessives, que je suis un peu consolé qu'il ne soit plus ici. J'ai grande impatience de savoir s'il n'aura pas été incommodé du voyage, et l'état présent de sa santé. Les bruits qui ont couru sont si ridicules et si mal fondés, qu'ils ne méritent pas que l'on y fasse attention un moment : les gens d'esprit et qui ont quelque sens n'ont pas seulement voulu les entendre. Si j'avois été assez foible pour y ajouter quelque foi, j'aurois été bientôt rassuré par les lettres que Monsieur le maréchal a bien voulu me faire voir. Le principal, Madame, est que sa santé se rétablisse; la justice que je vais lui rendre et ses services passés effaceront bientôt ces impressions que quelques mauvais esprits ont voulu répandre dans le peuple. Voilà de plaisantes gens de vouloir qu'il ne fût pas permis à un homme qui commande une armée d'être malade, quand il est dans un véritable danger ; car il a été certain que Monsieur le maréchal n'avoit pas de vie pour un mois, s'il s'étoit opiniâtre à demeurer en Catalogne. C'est ce que tous les médecins d'ici qui l'ont vu ici m'ont dit, et qu'il doit prendre un grand soin de sa santé, pour revenir de ses incommodités. Personne ne souhaite plus ardemment que moi de les voir entièrement finies, et n'est avec plus de respect et de passion
« Votre très-humble et très-obéissant serviteur.
« De Lamoignon de B a ville.
« Le P. Carouge m'a assuré que vous étiez contente, et que s'il y avoit encore quelque chose à faire, qu'il le feroit sans hésiter. »
Consultations de Barbeyrac*.
« A Perpignan, ce 12 juin 1695.
« Monseigneur le maréchal de Noailles a été violemment travaillé de
1. Recueil de lettres originales adressées à la maréchale de Noailles; Bibl. nat., ms. Fr. 6944, fol. 21 et 28.
2. Ms. Fr. 6944, fol. 23-27. Ces pièces ont été fort mal classées par le relieur.
son rhumatisme depuis qu'il est arrivé en ce pays ; il a couru diverses parties de son corps, le col, les épaules, les lombes, les cuisses et les jambes.
« Le vingtième du mois de mai, il fut attaqué d'une cruelle douleur des reins, avec vomissement, ne pouvant pisser que goutte à goutte, et rendant les urines filtrées au commencement de sa douleur, laquelle étant diminuée, les urines parurent beaucoup bourbeuses, et chargées d'un tartre extrêmement vif et piquant, dont la partie la plus crasse tomboit au fond du vaisseau, et la plus fine demeuroit à la superficie de l'urine, et faisoit une espèce de crème, qui la couvroit entièrement.
« Monseigneur le maréchal souffre encore de son rhumatisme et de sa néphrétique, sentant tous les jours des douleurs en divers endroits de son corps, et surtout à ses cuisses et à ses jambes, qui l'empêchent de marcher. Ses urines sont tantôt claires et tantôt chargées, et on n'a pu encore les voir dans leur état naturel ; et il a continuellement des élancements dans ses reins. Comme il souffre depuis longtemps du rhumatisme et de la néphrétique, il passe les nuits dans la douleur et dans l'inquiétude, sans dormir, quoiqu'il prenne quelquefois de l'opium. Pour ce qui est de son pouls, il n'est point naturel, et, au moindre mouvement qu'il se donne, soit du corps, soit de l'esprit, il s'élève et devient beaucoup plus fréquent.
« Tous ces accidents, qui font la peine de Monseigneur le maréchal, viennent des mauvaises dispositions de son sang, qui se trouve chargé d'une grande quantité de sérosité acre et ardente, qui se jette sur l'habitude de son corps, et y cause, par les sels qu'elle entraîne, les douleurs vives dont il est tourmenté ; et, en prenant la route des reins, elle y fait les embarras et les gonflements qui excitent la néphrétique, et tous les divers changements qui paroissent dans ses urines.
« Lorsque Monseigneur le maréchal passa à Montpellier, il avoit son rhumatisme, avec un très-mauvais visage et quelque langueur, qui me firent craindre quelque plus fâcheux accident et tout ce qui lui est arrivé depuis ce temps-là, d'autant plus que je ne le voyois pas disposé, dans la situation où il étoit, à les prévenir par les remèdes dont il avoit besoin.
« Pour éviter les suites que ses maux pourroient avoir, s'il les négligeoit comme il a fait par le passé, il faut absolument qu'il abandonne pendant six mois les applications et les grandes affaires qui l'occupoient, qu'il mette son esprit en repos, et qu'il évite tous les mouvements violents du corps, et surtout d'aller à cheval, à cause de sa néphrétique, étant à craindre que ses reins ne vinssent à se gonfler extraordinairement et à lui causer une dangereuse suppression d'urine. On pourra tout détourner en faisant les remèdes suivants, qui seront capables de décharger son sang de sa sérosité superflue, d'émousser ses pointes et de tempérer son ardeur.
« Monseigneur le maréchal, ayant été saigné deux fois, pourra bien
se passer des saignées pour quelque temps ; mais il aura besoin d'être purgé souvent avec sa médecine ordinaire, faite d'une drachme de rhubarbe et de deux onces de manne, dans un bouillon rafraîchissant.
« Il doit boire, l'été prochain, environ le 15me d'août, les eaux de Vie, en Auvergne, qui me paroissent les meilleures et pour laver son sang et pour débourber ses reins, ou de quelque autre fontaine acidulé qui approchera de leur vertu. Il en usera une douzaine de jours, douze verres chaque jour, le matin à cinq heures, en se purgeant au commencement et à la fin.
« Au mois de septembre prochain, il prendra les bains et les eaux de Bourbon, s'il est trouvé à propos par les personnes qui auront soin de sa santé.
« Pour ce qui est de son régime de vivre, il n'a rien de plus pressant que le changement d'air, et il doit se tirer au plus tôt du Roussillon, à cause de la chaleur du climat, et ne s'arrêter point en Languedoc, de crainte qu'il n'y soit surpris de quelque fièvre, dans l'agitation où se trouve son sang. Il évitera avec soin le salé, l'épicé et tout ce qui est de haut goût. Si son insomnie continue, on augmentera la dose de laudanum, et, lorsqu'il n'aura pas son ventre libre, on lui donnera des lavements.
« Barbeyrac. »
« A Montpellier, 22 juin 1695.
« Depuis le 12 de ce mois, que je fis saigner Monseigneur le maréchal duc de Noailles à Perpignan, pour empêcher de plus grandes décharges sur les reins et pour apaiser la petite fièvre qui le tenoit incessamment, ses maux ne laissèrent pas de continuer, et, le soir même du jour qu'il fut saigné, sa fièvre augmenta considérablement, à cause de la grande application qu'il eut aux affaires, Monseigneur le duc de Vendôme étant arrivé ce jour-là, et la douleur de reins redoubla, ce qui nous obligea à lui faire prendre de l'opium, pour prévenir la mauvaise nuit dont il étoit menacé. Mais, voyant qu'il n'avoit pas eu le lendemain le soulagement que nous avions espéré de ce remède, et craignant que les choses n'allassent en empirant, je lui conseillai de partir incessamment de Perpignan, de se tirer d'un air si malsain, ce qu'il fit le 14, et il ne put faire qu'une lieue et demie en litière, en chaise ou en carrosse. Il passa une nuit très-cruelle, à cause de la fièvre qu'il eut et des douleurs des reins qui le tourmentèrent, sans lui donner presque aucun relâche, rendant des urines extrêmement chargées de boues de sel et de grosses viscosités. Enfin Monseigneur le maréchal poursuivit son chemin jusqu'à Montpellier, ayant eu durant son voyage des accès de fièvre de deux jours l'un, et son pouls n'ayant jamais été naturel, hors de ses accès.
« Étant donc arrivé ici le 19, étant reposé un jour pour se délasser de
son voyage, il se purgea avec la rhubarbe ordinaire, faite avec la manne rhubarbe dans son bouillon ordinaire rafraîchissant, qui le purgea, en troisième fois, sans aucune tranchée.
« Depuis sa purgation, il a été soulagé de tous ces maux, et la fièvre n'a pas encore paru, quoiqu'il reste quelque chaleur à son pouls, ce qui a fait résoudre Monseigneur le maréchal à continuer son voyage, et à quitter un climat aussi chaud que le nôtre, qui ne pourroit qu'être extrêmement nuisible à sa parfaite guérison.
« Il doit faire de petites journées, pour ne pas agiter trop ses reins, qui se trouvent extrêmement ouverts par les gonflements qu'ils ont soufferts durant la clinique. Surtout il évitera d'aller à cheval de longtemps, et, en cas qu'il fût obligé indispensablement de monter à cheval, de ne galoper jamais ; et, quoiqu'il n'aille qu'au pas dans une occasion pressante, il doit bien prendre garde de n'y rester pas longtemps, de crainte de rappeler les premières douleurs de reins, en les faisant gonfler de nouveau par un mouvement qui leur est si contraire. Il aura aussi un soin particulier de se garder d'une trop grande application d'esprit et de toutes les fortes passions de l'âme. Pour ce qui est des remèdes, il a besoin de bouillons faits d'un poulet, avec une poignée de buglose et de laitue, la graine de melon et le pavot blanc, dont on pourra remplir le corps du poulet. Il se purgera de temps en temps avec sa médecine ordinaire, et, dans la saison, il boira les eaux de Vie, en Auvergne, et prendra les bains de Bourbon l'automne prochaine (sic), s'il est trouvé à propos par les personnes qui prendront soin de sa santé, n'étant pas en état de boire des eaux chaudes, ayant son sang et ses reins extrêmement échauffés par la fièvre dont il a été travaillé, et la saison se trouvant déjà fort avancée.
« Fait à Montpellier, le 22 juin 1695.
« Barbeyrac. Rodan.
« Xaup . »
Lettres du maréchal de Villeroy au Roi-.
« A la tête des gardes du corps, près Grammene, le 14 juillet 1695, à dix heures du soir.
« Je n'expliquerai point à Votre Majesté tout ce qui s'est passé dans la journée d'aujourd'hui. Les ennemis s'étoient bien retranchés dans un poste très-avantageux. Sitôt que la pointe du jour est venue, j'ai fait occuper un village nommé Deynzerghem, qui n'étoit qu'à la bonne demiportée du canon du camp des ennemis. Après quoi, je me suis mis en bataille dans tout le front de leur armée, avec beaucoup de difficulté, le pays étant extrêmement difficile. Je faisois tous les préparatifs nécessaires pour les attaquer demain, à une heure du matin, et je puis dire à Votre Majesté, quoique les abords du camp fussent assez difficiles et un bon retranchement devant eux, qu'ils auroient été emportés très-assurément. Je ne finirois pas de louer, s'il falloit rendre justice en détail à toutes les troupes. Les ennemis, voyant qu'on ne perdoit pas un moment pour les attaquer, ont pris le parti, sur les cinq heures, de se retirer. Nous nous en sommes aperçus une heure après, et, dans l'instant, j'ai fait prendre les armes à l'armée et me suis mis en marche une demiheure ou trois quarts d'heure avant la nuit. Je suis arrivé sur l'arrièregarde de deux colonnes d'infanterie des ennemis. Le régiment des dragons de la Reine et celui de Fimarcon étoient à la tête ; ils ont chargé deux bataillons de la colonne droite des ennemis. Après avoir essuyé quelques décharges, les bataillons ont été rompus ; on a tué assez de soldats, et je crois qu'il [y] en a quelques-uns de pris. Le marquis d'Hautefeuille y a été blessé légèrement à la tête. Vos gardes sont arrivés à toute bride en cet instant, fort à propos ; car, dans ce moment-là, les ennemis ont fait retourner leurs colonnes et se sont mis en bataille. J'ai fait former votre maison, afin de donner le loisir d'attendre le reste de l'armée, qui voloit pour nous joindre. Quatre bataillons de la colonne droite des ennemis, soutenus du reste de leur infanterie, se sont approchés pour regagner des maisons que nos dragons occupoient, n'ont pas osé entreprendre de les en chasser. Dans cet instant-là, la nuit est venue, et les ennemis n'ont songé qu'à se retirer. Je les suis de près; je