Voyez l'appendice n° II du tome I
5. Et est en interligne. — 6. Le meuble où étaient déposés ces papiers.
exorciser ma mère. Je tenois déjà mes lettres d'État, comme on nous les annonça. Je les allai trouver avec les excuses de ma mère, qui n'étoit pas encore visible. Un contre-temps, qui nous arrêta un moment, donna courage à ma mère de se raviser : comme nous étions sur le degré, elle me manda que, réflexion faite, elle ne pouvoit consentir que je donnasse mes lettres d'Etat contre un homme tel qu'étoit lors M. de Luxembourg. J'envoyai promener le messager, et je me hâtai de monter en carrosse avec les deux ducs, qui ne se trouvèrent pas moins soulagés que moi de me voir mes lettres d'État à la main.
Ce contre-temps, le dirai-je à cause de sa singularité ? M. de Richelieu avoit pris un lavement le matin, et, sans le rendre, vint de la place Royale1 chez Riparfonds, de là chez le premier président, avec nous, et avec nous revint chez Riparfonds, y demeura avec nous à toutes les discussions, enfin vint chez moi. Il est vrai qu'en y arrivant, il demanda ma garde-robe et y monta en grand'hâte ; il y laissa une opération telle que le bassin ne la put contenir, et ce fut ce temps-là qui donna à ma mère celui de faire ses réflexions et de m'envoyer redemander mes lettres d'État. S'exposer à toutes ces courses et garder un lavement un si long temps, il faut avoir vu cette confiance et ce succès pour le croire2.
En retournant chez Riparfonds, nous trouvâmes le duc de Rohan en chemin, que ces Messieurs, de plus en plus inquiets, envoy oient à notre secours. Je lui montrai mon papier à la main, et il rebroussa après nous. Je ne puis dire avec quelle satisfaction je rentrai à l'assemblée, ni avec combien de louanges et de caresses j'y fus reçu. La pique étoit grande, et n'avoit pas moins gagné tout notre conseil que nous-mêmes. Ce fut donc à qui de tous, ducs
1. Le duc de Richelieu habitait encore la place Royale; il ne se transporta au faubourg Saint-Germain qu'en 1700, après son mariage avec la marquise de Noailles.