‹ Memoires de Saint-SimonChapitre 54 sur 351 · Voyez ci-dessus, p. 16, note · texte numérisé non relu

Voyez ci-dessus, p. 16, note

2. On sait que l'hôtel des premiers présidents du Parlement était situé dans le Palais même, proche la Sainte-Chapelle.

3. Quoique le privilège d'avoir un suisse à sa porte fût accordé par exception au premier président du Parlement, M. de Harlay avait voulu absolument conserver son portier en entrant en fonctions. (Mémoires du duc de Luynes, tome VIII, p. 378.)

4. Cet adverbe est pris sans doute au sens que Furctièrc, mais non Richelet ni l'Académie, lui flonne de « certainement, sûrement. » L'autre acception, assez rare jadis, de « persévéramment, • au sens de « toujours, » convient moins ici, ce nous semble.

faite et sûre de noua le faire perdre, et faite, par ce que nous voyions, tout ouvertement. Pour l'exécuter, il fut proposé de former une demande au Conseil1, par M. de Richelieu, qui avoit toutes ses causes commises au Grand Conseil2, pour y faire renvoyer celle-ci : ce qui formeroit un procès de règlement de juges3, au moyen duquel nous aurions le temps de respirer et de trouver d'autres chicanes. Je dis chicanes, car ce procès ne pouvoit, de nature et de droit, sortir du Parlement, ni être valablement jugé ailleurs. On applaudit à l'expédient ; mais, dès qu'on se mit à en examiner la mécanique*, il se trouva que le temps étoit trop court jusqu'au surlendemain que nous devions être jugés, pour qu'aucune requête de M. de Richelieu tendante à cet expédient pût être introduite.

L'embarras devint grand, et notre affaire se regardoit comme déplorée5, lorsqu'un des gens d'affaires, élevant la voix, demanda si personne de nous n'avoit de lettres

4. Le conseil privé ou des parties. Voyez ci-après, p. 348, note 1.

2. Le Grand Conseil, qu'il ne faut pas confondre avec le conseil du Roi ou conseil d'État, était une juridiction spéciale, organisée définitivement par Charles VIII et Louis XII, pour connaître des procès relatifs aux affaires d'État, aux personnes et biens d'Église, et des évocations, règlements entre juges royaux, nullités et contrariétés d'arrêts, etc. Le duc et la duchesse de Richelieu avaient obtenu, en 1680, par arrtM du conseil d'État, de faire juger tous leurs procès civils et criminels au Grand Conseil. Pareille chose avait été accordée au duc de Mazarin, en 1688.

3. Règlement de juges « se dit des instances où il s'agit de la jurisdiction, quand deux juges veulent connoître de la même affaire et la juger. Les règlements de juges entre des cours souveraines se poursuivent au conseil privé du Roi. » (Furetière.)

4. Saint-Simon emploie toujours (voyez un autre exemple neuf lignes plus loin) mécanique dans le sens du mot mécanisme, qui n'est pas dans les dictionnaires du dix-septième siècle, mais qui se trouve, dès 1704, dans celui de Trévoux. L'Académie ne le donne qu'à partir de sa quatrième édition (176u2).

5. « On dit au Palais qu'une cause est déplorée, qu'une affaire est déplorée, pour dire qu'elle ne vaut rien, qu'elle est insoutenable. » (Furetière.)

d'État.

d'État1 : chacun se regarda, et pas un d'eux n'en avoit2. Celui qui en avoit fait la demande dit que c'étoit pourtant le seul moyen de sauver l'affaire ; il en expliqua la mécanique, et nous fît voir que quand elles seroient cassées au premier conseil de dépêches3, comme on devoit bien s'y attendre, la requête de M. de Richelieu se trouveroit cependant introduite, et l'instance liée4 au Conseil en règlement de juges. Sur cette explication, je souris, et je dis Mes lettres que, s'il ne tenoit qu'à cela, l'affaire étoit sauvée, que j'avois des lettres d'État, et que je les donnerois, à condition que je pourrois compter qu'elles ne seroient cassées qu'au seul regard5 de M. de Luxembourg. Là-dessus, acclamations de ducs, d'avocats, de gens d'affaires, compliments, embrassades, louanges, remerciements, comme de gens morts qu'on ressuscite ; et MM. de la Trémoïlle et de

1. Les lettres d'État qu'on accordait aux ambassadeurs, aux officiers d'armée ou de cour, et à tous ceux qui pouvaient être retenus pour le service du Roi, suspendaient, pendant six mois, toutes les poursuites dirigées contre eux. On renouvelait ces lettres tant qu'il en était besoin. Voyez le Répertoire universel et raisonné de jurisprudence, de Guyot, à l'article État (lettres d'), tome VII, p. 101.

2. Les ducs avaient usé jusqu'à huit fois de ce procédé dilatoire pendant la première période du procès (1689-1692). MM. de Bouillon et de la Trémoïlle avaient eu des lettres d'État en 1693, mais pour le temps seul de la campagne; M. de Chaulnes en avait eu également, sans fixation de temps. (Arch. nat., 01 37, fol. 311 v°.) En 1694, Saint- Simon, servant seul à l'armée, était le seul à avoir des lettres, délivrées le 30 octobre 1693. Voyez la page suivante et l'Addition n° 73.

3. Le conseil de ou plutôt des dépêches était une des sections du conseil du Roi ou conseil d'État. Y assistaient : le Roi, le chancelier, le chef du conseil des finances, les ministres d'État et les quatre secrétaires d'État. On y examinait les affaires qui avaient trait à l'administration intérieure, et chaque secrétaire d'État était chargé d'expédier les dépêches selon ses attributions ou selon les provinces qui formaient son département.

4. Ce mot est pris dans le sens d'engager, comme on dit : lier commerce ou correspondance.

5. « Un arrêt rendu entre deux parties n'a point de force au regard d'un tiers. »> (Furelière.)

la Rochefoucauld se firent fort1 devant tous que mes lettres d'État ne seroient cassées qu'au seul regard de M. de Luxembourg. Aucune dette criarde n'avoit fait quoi que ce soit à la mort de mon père. Pussort"2, fameux conseiller d'État, Dorieu3, et quelques autres magistrats très-riches, nos créanciers, avoient voulu mettre le feu à mes affaires, qui m'avoient fait prendre des lettres d'État pour me donner le temps de les arranger4. J'avois été fort irrité contre leurs procédés, mais je fus si aise de me trouver par cela même celui qui sauvoit notre préséance, que je pense que je les leur pardonnai.

La chose pressoit : je dis que ma mère avoit ces lettres d'État, et que je m'en allois les chercher. J'éveillai ma mère, à qui je dis assez brusquement le* fait. Elle, toute endormie, ne laissa pas de vouloir me faire des remontrances sur ma situation et celle de M. de Luxembourg. Je l'interrompis, et5 lui dis que c'étoit chose d'honneur, indispensable, promise, attendue sur-le-champ; et, sans attendre de réplique, pris la clef du cabinet6, puis les lettres d'État, et cours encore. Ces Messieurs de l'assemblée eurent tant de peur que ma mère n'y voulût pas consentir, que je ne fus pas parti qu'ils envoyèrent après moi MM. de la Trémoïlle et de Richelieu pour m'aider à

1. Il y a bien ainsi, comme le veut l'usage, fort, sans signe d'accord.

2. Henri Pussort, né en 1615, mort le 18 février 1697, était oncle maternel de J.-B. Colbert, et avait débuté comme conseiller au Grand Conseil, en 1641. Entré au conseil d'État en juillet 1664, et au conseil royal des finances le 25 avril 1672, il fut mis par son neveu « à la tète de toutes les grandes commissions du Conseil et de toutes les affaires importantes du dedans du Royaume » (Addition de Saint-Simon au Journal de Dangeau, 18 février 1697). Il était, lorsqu'il mourut, doyen du Conseil.

3. Claude-Henri Dorieu, baptisé le 26 avril 1642, reçu conseiller au Parlement le 15 juillet 1672. Il était fils d'un président à la Cour des aides, qui lui avait laissé de grands biens. Il mourut le 22 septembre 1721.

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