avril, Molière (Le Roi attend
6 janvier, Gaillard {La Corruption).
10 février, Ghapousard (L'Amitié des Femmes). 19 mars, Dupuis (La Paix à tout prix).
14 avril, Le Prince de Bouillon [Advienne Lecouvreur).
A propos de cette pièce, M. Legouvé a déjà très spirituellement conté, dans une conférence sur Samson, la scène qui eut lieu à la première répétition de l'ouvrage ; la femme de l'éminent comédien, dans une petite brochure qu'elle doit publier sur Rachel, en parle à son tour en ces termes :
« Mon mari était brouillé pour la seconde ou troisième fois avec son illustre élève lorsqu'on s'occupa de monter la pièce de M. Legouvé. Rachel, à ce qu'il parait, avait parlé à l'auteur de Samson pour le prince de Bouillon, mais Legouvé craignait que celui-ci ne le refusât à cause de la brouille survenue entre le professeur et l'élève. Cependant Samson accepta, et voici l'incident qui eut lieu à la première répétition : au moment où Adrienne s'adresse à Michonnet pour dire : « Voilà mon véritable ami, celui à qui je dois tout », on fut bien étonné de voir Rachel, au lieu de se tourner vers Régnier qui jouait Michonnet, s'avancer vers Samson en prononçant ces mots et lui tendre la main. Le professeur ne put résister, comme on pense, et lui tendit la sienne ; alors Rachel se précipita dans ses bras, ce qui causa un attendrissement général. »
15 décembre, Tamponnet (Gabfïellè).
Encore un succès de Samson.
5 janvier, Dlbreuil (Les Deux Célibats). 29 juin, Maître André Le Chandelier).
Samson était charmant de bêtise dans ce rôle.
15 octobre, Charles-Quint (Les Contes de la Reine de Navarre).
Dans cette pièce Samson présentait une nouvelle élève. Madeleine Brohan,qui obtint un grand succès de femme et d'artiste et devint la fine comédienne que Ton sait.
19 décembre, Psaumis (Le Joueur de Flûte).
4 novembre, le Marquis (Mlle de la Seiglière).
C'est dans ce rôle que Samson fit courir tout Paris. Il s'y montra d'une distinction si exquise que, dans le grand monde, où il lui arrivait d'aller quelquefois, on ne le saluait plus que de ce nom : Monsieur le marquis.
4 février, Mal d'Estignt (Lady Tartuffe .
Nous laissons encore Mmc Samson raconter, à propos de Lady Tartufe, une scène qui eut lieu un soir entre Rachel et son professeur :
« Samson, dit-elle, allait, après vingt-sept ans de
service, donner sa représentation de retraite dans laquelle Rachel lui avait promis de jouer Cléopàtre de Rodogune; mais elle changeait chaque jour d'avis pour ce rôle, demandait tel artiste pour tel personnage et, le lendemain, en désirait un autre; enfin c'étaient des caprices incessants qui commençaient à fatiguer mon mari. Elle avait manqué plusieurs rendez- vous qu'il lui avait assignés pour lui faire étudier le rôle, s'excusant sur sa santé et demandant à son professeur de vouloir bien venir chez elle (ce qui était contre son habitude). Samson y consent et, le jour convenu, se rend à l'hôtel de sa capricieuse élève. Sa voiture attelée l'attendait à la porte. Le professeur en conclut qu'elle s'apprêtait à sortir. Il entre néanmoins , mais un valet vient lui dire que Madame n'y est pas. Peu habitué à être traité de la sorte, surtout par une femme qui lui devait le respect à tous égards , Samson se jura en sortant que jamais la maison de Rachel ne le reverrait.
a Or, le soir même, on donnait Lady Tartuffe, pièce dans laquelle le professeur avait plusieurs scènes avec son élève, où celle-ci devait déployer toutes ses séductions pour se faire épouser d'un vieillard amoureux. N'ayant pu parler à Samson dans les coulisses , la comédienne se trouvait fort embarrassée pour jouer avec lui une scène muette, toute de physionomie, dans laquelle tous deux sont censés se parler bas amoureusement pour faire pressentir au
public, par l'attitude des personnages, d'un côté la coquetterie féminine et, de l'autre, l'amour aveugle d'un vieillard. Yoici donc ce qui se passa pendant qu'ils échangeaient de tendres regards.
rachel [souriant coquettement) Vous m'en voulez de ce matin, Monsieur Samson ?
samson (la regardant amoureusement)
Gomment donc ! pas du tout: le procédé est on ne peut plus gracieux.
rachel [feignant le trouble)
J'étais forcée de sortir et j'avais tout à fait oublié notre rendez-vous.
samsos (d'un air tendre) Gomment ne serais-je pas flatté d'un tel oubli!
rachel (attachant son regard sur le sien)
Croyez bien qu'il a fallu une chose sérieuse... Je vois que vous ne me croyez pas.
samson (d'un air charmé) Moi ! ne pas vous croire ! Comment donc !
rachel (baissant les yeux) Eh bien! venez demain : je vous dirai toute la vérité.
samson (souriant doucement) Ah ! ce n'était donc pas la vraie ? Impossible d'aller chez vous, tout à fait impossible.
rachel {ayant ïair de laisser échapper un aveu) Alors c'est moi qui viendrai.
samson (d'un air vainqueur) Vous ne me trouveriez pas.
rachel (toujours tendre) Vous ne voulez donc plus me faire étudier mon rôle?
samson (d'un air tout à fait subjugué) Je n'aime pas les caprices et les impertinences.
« Le lendemain Samson écrivait à la grande tragédienne pour lui dire qu'il renonçait à lui demander Rodogune pour sa représentation de retraite et se contenterait de celui de ses rôles qu'elle 'voudrait bien jouer. Rachel fut on ne peut plus blessée dans son orgueil, car elle s'imaginait que sur elle seule était basé le grand succès d'argent de la représentation, et plus blessée encore lorsqu'elle apprit que Mme Arnould Plessy quittait Pétersbourg pour venir apporter l'appui de son talent et de son nom à la représentation de son professeur. Il y avait dix ans que cette dernière était en Russie et le public parisien était curieux de revoir l'artiste qu'il avait tant applaudie à ses débuts. La représentation fut composée de cette façon :
« A ndromaque (Rachel et Beauvallet).
«Un intermède musical par Roger et Godefroi.
« Les Fausses Confidences (Samson et Mme Arnould).
« Dans cette dernière pièce, Mme Desmousseaux, femme d'un grand talent et retraitée depuis quelques années, avait voulu venir jouer encore pour son camarade, ce qui fait que Les Fausses Confidences furent interprétées admirablement.
a La représentation eut lieu le 12 avril 1853, et l'on n'avait pas vu jusque là de représentation plus brillante et plus lucrative. Bien longtemps à l'avance toutes les places étaient retenues, bien que les prix eussent été fort élevés. On se disputait des quatrièmes loges. Aussi la salle offrait-elle le plus beau coup d'œil : des fleurs et des diamants partout.
« La tragédie fut écoutée assez froidement parce que ce n'était pas ce jour-là la grande attraction. On attendait Plessv. On voulait savoir si la femme avait conservé sa beauté ; on attendait aussi le bénéficiaire auquel le public parisien venait apporter sa preuve de sympathie. Donc Rachel, à notre grand regret, n'eut pas son succès habituel. Roger et Godefroi furent très applaudis; mais on sentait que tous étaient impatients de voir le rideau se lever sur les Fausses Confidences. En effet, lorsque MmeArnould parut, toutes les lorgnettes furent braquées sur elle. Sa beauté était alors dans tout son éclat, et Mmc Allan, cette charmante comédienne et cette
excellente amie , qui lui cédait son rôle pour cette fois , avait pris soin de présider à la toilette de sa rivale : cette toilette était ravissante. Les applaudissements éclatèrent donc à son entrée et tout le long de son rôle, qu'elle jouaadmirablement. Lorsque Samson parut à son tour, il fut salué par quatre salves d'applaudissements tellement unanimes qu'un
des amis de mon fils, le cherchant à l'orchestre, ne put le reconnaître que par ce détail qu'il était le seul qui n'applaudit pas. En effet c'était bien lui qui, très ému, baissait la tête pour cacher les larmes qui brillaient dans ses yeux. La pièce fut un long triomphe pour le professeur et l'élève. Après la chute du rideau, cris, rappels, tonnerre d'applaudissements et pluie de bouquets.
On devait souper le soir chez nous et nos invités étaient Rachel, M. et Mme Allan, M. et Mme Arnould. Mais Rachel s'excusa par ce billet :
« Chère Madame Samson , « En vous promettant de venir souper ce soir avec vous , j'avais oublié que j'avais promis à ma mère de souper avec elle et je ne puis lui faire ce chagrinlà. Tous mes compliments à Mmc Arnould, qui a fort bien joué. »
« Votre dévouée, « Rachel. »
« Comme on la sent froissée dans son orgueil par
le succès de Plessy ! Elle a promis de souper avec sa mère ! Voilà quelque chose d'imprévu , un devoir auquel elle ne peut manquer ! »
Ce mot de représentation de retraite avait fait craindre au public de ne pouvoir plus applaudir Samson. On se trompait. Il est d'usage, à la Comédie-Française, de donner à chaque sociétaire, au bout de vingt ans de service, qu'il se retire ou non, une représentation à bénéfice. Samson ne l'avait prise qu'après vingt-sept ans de service. Peut-être bien avait-il craint à cette époque de ne pouvoir continuer sa carrière, car de fréquentes bronchites l'avaient forcé souvent à s'éloigner du théâtre et à aller demander aux Eaux-Bonnes et au séjour dans les montagnes le rétablissement de sa santé. Il resta cependant encore dix ans à la Comédie-Française.
Voici la liste de ses dernières créations :
1er avril, Duverdier (Les Lundis de Madame).
5 avril, de Ferriol ( Mllc Aïssé).
10 novembre, Goichot (Lu Xiaise).
13 décembre, Varner (La Dot de ma fille).
Cette comédie, écrite par lui, obtint un joli succès: il y a dedans de charmants détails, et la note du
cœur s'y trouve. Auteur et comédien y furent très applaudis.
2 juin, Dupuis (Le Village).
Octave Feuillet n'osait proposer ce rôle à Samson, parcequ'il était moins important et moins à effet que celui qu'il destinait à Régnier. Mais Samson, qui faisait grand cas du talent de railleur et sut, toute sa vie, accepter des rôles en seconde ligne, agit cette fois comme toujours. Il en fut récompensé par un si grand succès que le rôle de Dupuis ne parut pas inférieur à l'autre et que le V filage devint une des pièces où le public allait applaudir le consciencieux et modeste artiste.
1er août, de Ghamarandb (Philiberte).
4 juin, Duhamel (Les Deux Frontins).
10 janvier, Marquis d'Auberive (Les Effrontés).
21 janvier, Mercier (L'Honneur et l'Argent).' lrr décembre, Marquis d'Auberive (Le Fils de
Giboyer).
Dans Philiberte, les Effrontés et le Fils de Giboyer,
dernières créations du grand comédien, celui-ci se montra à la hauteur de sa tâche, car son talent, basé sur le naturel et le vrai , ne pouvait que grandir toujours.
Ce ne fut quen 1 863 que Samson, âgé de soixantedix ans, prit sa retraite. Il voulut, dans son dernier mois de théâtre, repasser devant le public ses principaux rôles de l'ancien répertoire et les deux créations dans lesquelles il s'était personnifié, pour ainsi dire.
On afficha donc :