‹ Mémoires de thérapeutique médico-chirurgicaleChapitre 2 sur 29 · PNEUMATIQUE · texte numérisé non relu

PNEUMATIQUE

touses sèches , les ventouses scarifiées , le procédé rationnel de Marc- Antoine Petit ont été délaissés ou sont descendus du haut rang qu'ils avaient jadis occupé ? destinée presque certaine de tous les moyens dont la puissance est trop exagérée. Cependant ces ressources ont eu souvent des succès incontestables , et si elles n’ont pas toujours accompli les désirs trop exigeants de l’homme, elles sont loin cependant de mériter l’oubli ouïe mépris dans lequel elles sont tombées.

Des collections purulentes, des tumeurs enkystées, surtout celles qui se manifestent dans des régions où Ion doit éviter les cicatrices ouf introduction de l’air , peuvent être facilement et rapidement guéries par l’application de ce moyen. Un exemple rendra cette assertion plus sensible, et prouvera la puissance de la médication.

Une dame avait été traitée , à son insu , d’une maladie syphilitique. Pendant le traitement il se manifesta une tumeur à la partie supérieure du col , au niveau de l’angle de la mâchoire inférieure; cette tumeur acquit progressivement le volume d’un œuf de poule, et fut considérée par les Uns comme une loupe , par les autres comme un dépôt froid ; on dut nécessairement proposer l’opération : la crainte d’une cicatrice dans cette région, engagea cette jeune dame à refuser avec obstination cette opération. Je la décidai à essayer la médication pneumatique. Je fis une ponction avec une lance à cataracte au centre de la tumeur, au moyen du pneumoderme je fis le vide , et soutirai une partie de la matière contenue dans le

PJYEU M O DERME .

kyste ; je plaçai dans la petite ouverture un fragment de corde à boyau ( chanterelle ) , je comprimai sur le reste de la tumeur , et le lendemain je réitérai l’application du pneumoderme , j obtins encore un peu de cette humeur de consistance gommeuse, etc. Au quatrième jour la même opération ne me fournit qu’une sérosité sanguinolente : alors j’appliquai sur la surface affaissée un sachet de poudre tanifère, pour déterminer la médication astringente, médication soutenue par la compression ; après dix jours de ce traitement rationnel , la tumeur avait entièrement disparu , et l’on ne trouvait pas même la trace de l’ouverture par laquelle j’avais donné issue à son contenu.

Cette médication consiste spécialement dans le vide déterminé par l’instrument , vide qui , en évacuant la matière contenue dans le kyste ou le dépôt , en rapproche les parois , tandis que la pression atmosphérique vient concourir au même but. De plus, l’espèce de ponction produite par une lance bien piquante, bien tranchante par ses bords , et très étroite, ne permet pas à l’air d’entrer dans le foyer, d’y modifier le contenu ou d’en enflammer les parois. La guérison s’obtient , pour ainsi dire, par adhésion, sans inflammation : le vide et la pression atmosphérique en sont en quelque sorte les moteurs. Cette théorie semble prouvée par les adhérences , suite de juxtapositions longtemps continuées , même de parties non dénudées et qui n’étaient pas soumises à ces deux puissances , le vide et la pression atmosphérique. Au

PNEÜMODERME.

reste , quelle que soit la théorie explicative, le fait n en existe pas moins et le résultat ne peut être révoqué en doute.

L’instrument à l’aide duquel je détermine cette médication est simple et d’une application très facile. Il est représenté par trois parties distinctes, un cylindre ou canon offrant une vive saillie à un demi pouce de son extrémité supérieure qui ellemême en présente une moins élevée : ces deux saillies sont destinées à recevoir dans leur intervalle le médius et l’indicateur qui doivent fixer cette partie de l’instrument. L’extrémité inférieure est terminée par un syphon évasé en entonnoir et

fournissant la bouche aspirante de l’instrument ;* cette partie se visse sur l’extrémité du canon afin de pouvoir la séparer pour y introduire la lance incisive. Le piston, dont la tige doit être très forte, offre à son extrémité inférieure et dans son centre un trou à pas de vis pour recevoir l’extrémité d’une lance qui doit traverser le syphon et faire saillie à volonté par sa bouche aspirante. Cette lance configurée de différentes manières à son extrémité , piquante et incisive, est dirigée par le piston qui offre au-dessous de l’anneau qui le termine supérieurement, une vis de gradation à l’aide de laquelle on fixe la longueur de la portion qui doit sortir du syphon et pénétrer dans la tumeur (1).

(1 ) Cet instrument que j’ai fait perfectionner par M. Charrier e , pourrait être en maillechorte , et on pourrait y ajouter une soupape d’évacuation , qui permettrait de continuer la médication sans déranger l’instrument.

PJVEUMODERME.

Pour appliquer le pneumoderme , on doit d’abord enduire le piston avec un corps gras et humecter convenablement l’intérieur de l'instrument pour qu’il puisse bien opérer le vide. Alors l’opérateur le saisit entre l’indicateur et le médius, fixe le pouce dans Panneau du piston , applique la bouche aspirante du syphon sur le lieu d’élection de la tumeur , et pousse le piston qui a été gradué convenablement; la lance pénètre le derme et les tissus suhjacents , et cela presque sans douleur , par rapport à la compression opérée par la bouche du syphon ; ensuite il retire le piston à l’aide du pouce, fait le vide, et la matière contenue dans le kyste ou le dépôt, monte et remplit l’instrument. Alors, si on le juge convenable, on récidive l’effet pneumatique en vidant l’instrument, le désarmant de sa lance , et appliquant de nouveau, la bouche du syphon sur l’ouverture de la peau , ou bien si l’on veut procéder lentement pour ne pas produire un effet trop prompt , pour permettre à la peau de revenir graduellement sur elle-même, on place un fragment de corde à boyau dans l’ouverture , soit pour la maintenir ouverte, soit pour empêcher Fintroduction de l’air , et dans la même journée ou le lendemain on continue l’opération.

Après chaque opération pneumatique on exerce une compression convenable plus ou moins forte sur la tumeur, et si le cas l’exige, on fortifie cette action par des applications astringentes, telles que cçlle de poudre d’écorce de chêne, de noix de galle, de quina , d’alun , d’eau de rabel , etc.

Comme je Fai prouvé par le raisonnement et Fex-

Page 1