S MÉMOIRES
BOUDEVILLE. Mademoiselle, si vous dites prendre-z-un bâton, vous ne débuterez jamais à la Salle Lyrique. On dit : prendre un bâton!
ANGÈLE. On ne prononce donc pasl'S?
BOUDEVILLE. (A ;M/'/.)Quelle grue ! [Haut. )Conlinuez, mademoiselle. Je vous donne la réplique :
Ou sa façon dî rire, ou son ton de fausset Ont-ils de vous toucher su trouver le secret?
ANGÈLE [d'îw to?i d'indifférence) :
Qu'injustement de lui vous prenez de l'ombrage!
BOUDEVILLE. Allons, mademoiselle! un peu de grâce dans votre maintien !
ANGÈLE. Vous êtes encore poli, vous !
BOUDEVILLE. Je n'ai pas dit cela pour vous insulter.
ANGÈLE. Vous u'avez que des choses désagréables à me dire.
BOUDEVILLE. Il faut bien que je vous enseigne l'art dramatique. Continuez.
ANGÈLE. Je veux bien, mais ne recommencez pas.
Ne savei-vous pas bien pourquoi je le ménage, Et que, dans mon procès, ainsi qu'il m'a promis, Il peut intéresser tout ce qu'il a d'amis?
nouDEviLLE [bâillant) .
Perdez votre procès, madame, avec constance. Et ne ménagez point un rival qui m'ofifense.
ANGÈLE [avec tendresse). Ah! Boudeville, si c'était vrai ! Si vous vouliez me venger de ce monstre d'Alfred?
BOUDEVILLE [cwec difjnité). Je vous en prie, mademoiselle, ces choses-là ne me regardent pas.
ANGÈLE, Vous n'aimez donc pas les femmes, Boudeville?
BOUDEVILLE [exospéré). Non ! Continuons notre leçon !
ANGÈLE. C'est pourtant bien gentil, les femmes.
BOUDEVILLE. A la réplique, je vous prie !
ANGÈLE [récitant) .
Mais de toui l'univers vous devenez jaloux !
BOUDKViLLE [bdiUunt jilus fort).
C'est que tout l'univers est bicur^çu de vous.
ANGÈLE. Ah ! c'est trop fort,'Boudeville! Vous êtes un grossier personnage.
BOUDEViLLE. Mais, mademoiseile ! c'est dans Molière !
ANGÈLE. Je me fiche pas mal de votre Mohère. Je ne connais que vous ! Vous êtes insolent avec les femmes. Ça ne me va pas ! Je m'en vais chez Ricourt! [Elle sort furieuse.)