CHAPITRE DIXIEME
Un sujet périlleux. — Mes amours. — Lui. — Bouquet et missive. — Le cœur d'une chanteuse. — Ne riez pas, — Les filles de théâtre. — Un premier battement de cœur. — Une soirée orageuse. — Mes hésitations. — Une proposition ex ahrvplo. — Je me consulte. — Résolution subite. — Une révélation. — Départ de Paris.
Quelques années se passèrent ainsi, pleines d'espérance et de misère, attendant toujours la fortune, qui ne venait pas;
Lorsqu'un roman véritable entra avec effraction dans ma vie, jusqu'alors assez prosaïque.
15/i MÉMOIRES
Ici, j'éprouve un certain embarras. J'ai promis au lecteur d'être franche et de tout dire, et ce que j'ai maintenant à raconter touche au côté le plus délicat de ma \ie.
Je veux parler de mes amours.
Certes , je suis demoiselle et maîtresse de moi-même , or les artistes, à mon sens , ont cet étrange privilège de n'être pas tenues à une grande régularité de mœurs , mais à ceux qui me connaissent actuellement, à ceux qui ne voient en moi que la chanteuse folle, sans grande beauté, /a gardeuse d'ours, enfin, je ne sais comment faire croire que. moi aussi, j'ai eu mon idylle, ma pastorale pleine de poésie et de douleur.
Et cependant rien n'est plus vrai.
Qui ne sait, d'ailleurs, que toute femme, si peu jolie qu'elle soit, gravit à un moment donné ce que j'appellerai le calvaire de l'amour?
Et elles ont, quand vingt ans sonnent dans leur cœur, leur passion et leur martyre.
L'amour n'est-il pas, lui aussi, une religion dont les femmes sont incessamment les apôtres?