‹ Mémoires de Thérésa, écrits par elle-memeChapitre 34 sur 35 · VII · texte numérisé non relu

VII

J'arrive à la tin de mon livre.

11 me reste à parler d'une chose importante, de mes débuts dans le monde.

Car je vais dans le monde.

La première invitation de ce genre me fut adressée l'année dernière par un personnage qui porte un grand nom, et qui me fit l'honneur insigne de me demander quelques chansons.

On sait que je n'ai pas été élevée dans les salons.

Aussi cette première invitation m'impressionna vivement.

DE THÉP.ÉSA 311

Jo craignais de paraître ridicule.

Dans le monde il faut savoir se tenir, il faut savoir marcher et saluer.

Je me disais que tous les yeux seraient dirigés ce soir-là sur l'humble chanteuse de l'AIcazar, je croyais que je me trouverais en présence d'un public railleur, prêt à se moquer de la diseuse de chansonnettes qui se risquait dans un salon.

Je refusai d'abord !

Puis j'acceptai.

La curiosité l'emporia sur la timidité !

Je mis ma robe la plus simple, et vers dix heures je montai dans la voiture qu'on m'avait envoyée.

Mon cœur battait violemment.

A mesure que la voiture s'approchait de l'hôtel de M. de X..., mon émotion devint plus forte.

La porte cochère s'ouvrit... je descendis... j'entrai.

Je fus reçue par le maître de la maison, qui

m'offrit le bras pour me conduire au milieu de sa société.

Je tremblais.

— Qu'avez-\ous, mademoiselle? me demandat-il.

— J'ai peur ! répondis-je !

Mes dents s'entrechoquaient dans le frisson de la fièvre.

M. X... me fit entrer dans un salon et s'éloigna.

Quelques minutes après, je vis paraître une dame âgée.

C'était la mère de M. de X....

Informée par son fils de l'état de surexcitation dans lequel je me trouvais, cette digne dame avait voulu me voir et me rassurer.

Un quart d'heure après, je pénétrai pour la première fois dans un salon du grand monde.

On me fit un accueil si sympathique que je retrouvai bientôt mon assurance.

Je dis plusieurs chansons avec le plus grand succès.

DE THÉRf:SA 313

A la fin de la soirée, je reçus des mains de la mère de M. X... un éerin.

Je l'ouvris plus tard.

Il contenait un collier de diamants, le même que je porte chaque soir à l'Alcazar.

Depuis ce temps, il ne se passe pas une se maine sans que je reçoive une invitation ù chanter dans le monde.

Mon plus grand orgueil serait d'inscrire à la fin de ce livre les noms des grands seigneurs qui ont bien voulu m'admettre à chanter dans leurs salons.

Mais le bienveillant lecteur comprendra que je n'ai pas le droit d'imprimer ici des noms qui n'appartiennent point à la publicité, et que la reconnaissance méfait un devoir de taire.

Une grande dame, un grand seigneur peuvent,

sans déroger, admettre dans leur salon une simple chanteuse de l'Alcazar ;

C'est une distraction qu'ils offrent à leurs nobles invités.

Mais l'artiste ne doit pas oublier le respect qu'elle doit aux personnages qui brillent au premier rang de la société, et dont les noms seraient déplacés dans les mémoires d'une chanteuse populaire.

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