UO MÉMOIRES
Les habitués des fauteuils d'orchestre échangent de grosses plaisanteries avec les personnes qui se sont procuré des premières loges à raison de dix francs.
La débutante paraît.
Une pluie de fleurs l'accueille et l'encourage.
Elle salue le public avec beaucoup de grâce.
Parfois elle dit à un jeune Cocodès des avantscènes :
— Bonjour, Anatole; c'est bien gentil à toi d'être venu voir ta petite Ernestine.
Le public est tellement habitué à toutes ces extravagances qu'il a pris le parti de ne plus s'étonner de rien.
Un soir, une jeune personne qui renforce les chœurs de sortie au théâtre du Palais-Royal, ayant voulu prouver à son directeur qu'elle pouvait aspirer à d'autres destinées, organisa une représentation dans laquelle elle jouait quatre rôles différents.
La première pièce était un vaudeville dans lequel elle avait à chanter une ronde.
DE THÉKÉSA 141
Après le premier couplet, dit avec un exquis sentiment de la fausse musique, un gandin se leva et fit mine de lancer un énorme bouquet sur la scène.
— Imbécile! s'écria l'actrice; je vous ai dit de me le jeter après le troisième couplet.
On riait un peu.
Le gandin et le bouquet se retirèrent au fond de la loge.
Quand l'actrice eut terminé sa ronde, elle attendit...
Le gandin s'était endormi.
Elle s'approcha del'avant-scène, et murmura assez haut pour être entendue des premiers rangs de l'orchestre :
— Idiot, vous oubliez mon bouquet!
Une seconde après, les fleurs tombèrent aux pieds de la grande artiste.
à la s^lie Molièfe débutent les chanteurs de i 'avenir.
La salle Molière est située dans vtn coin {Ju passage du Saumon.
On achète au Injreau de tabac, moyennant eînq sous, un londrès, et un petit morceau de papier qui, moyennant dix autres sous, déposés sur Tautel de Thalie, vous donne accès dans la salle de spectacle.
En entrant, on remarque les portraits de Molière, de Racine et de Corneille, que les habitués de l'endroit prennent pour trois musiciens distingués.
Des barytons de contrebande, des ténors en rupture de province, des soprani d'Àsnières, s'y réunissent de temps en temps pour interpréter — à leur façon — les partitions célèbres.
On m'assure que les entrepreneurs de ces
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petites fêtes de l'intelligence se proeurent des ténors n'importe où, même à la halle aux huîtres.
À la salle Molière, j'ai entendu un soir le premier acte d'Haydée.
Le décor était superbe.
La table somptueuse était couverte d'un tapis à deux francs cinquante.
Les chœurs brillaient par leur absence.
Le spectacle commença.
— Enfants de la noble Venise! chantai I Lorédan.
Une portière du quartier qui croyait qu'on s'adressait à elle s'écria :
— Tiens ! ce garçon est poli.
A un moment donné, Malipiéri dit à ses gentilshommes, représentés par un seul figurant :