‹ Mémoires de Victor Alfieri, d'Asti, écrits par lui-mêmeChapitre 37 sur 84 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

BIOHÈDBy LAHIA.

DIOMàDI.

Il est donc vrai? les Égyptiens indolens et vils traînent leurs jours dans un làchç repos, quand la honte, quand des affronts sans cesse renouvelés devraient exciter leurs âmes i la vengeance et à la colère? Gléopâtre, ivre d'amour et d'orgueil, oublie, dans son aveuglement, l'honneur de son royaume, et si elle y attache encore quelque prix, Timprudente s'endort au sein d*une confiance fatale, et ignore peut-être que son sort ne tient plus qu'à un léger fil. Ce spectacle funeste m'accable^ et bien qu'accoutumé à l'iniquité d'unfe cour impie, moins esclave que citoyen , je déplore aujourd'hui l'infortune publique. Ce n'est point un vain nom que ce nom de patrie qui, dans un cœur bien né, brille et brûle comme un feu divin. En vain les tyrans déshonorent du nom de crime ce noble amour. La nature triomphe d'un vain renom, et dit que c'est une vertu.

LAHIA.

Je reconnais le grand cœur de Diomède. Le ciel t'a d^

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avait de fort gaies et de très-divertissantes ; elles me faisaient rire de bon cœur, quoique ce fût à

parti, pour ton malheur peut-être , une ftme forte , généreuse, indomptable ; inutile présent pour celui qu'il a fait naître dans les cours , car il lui faut respecter les fautes des rois, souvent même les adorer. Cependant tourne vers une femme afQigée et sans défense des regards moins farouches. Begarde Cléopàtre, prends pitié d*elle, et je vois alors se fondre en larmes tes paroles amères. Oui, des larme? ; une âme noble ne saurait en refuser à de si grandes misères. L'humanité revendique toujours ses droits antiques, ses droits augustes et sacrés. Les malheureux sont toujours dignes de compassion, quoique coupables.

DIOHÂDB.

Et je ne refuse la mienne à personne ; mais quand celui qui commande n'inspire plus que de la pitié, on pleure l'homme, on méprise le roi. Depuis bien des années, TËgypta a vu s'avilir la majesté du ttàne, etc., etc.

En voilà assez de cette seconde Cléopàtre pour montrer que peut-être elle valait encore moins que la première.

ISTTRI DU PÂaB PACUUDI.

Très-honoré seigneur comte.

Je vous renvoie votre manuscrit, sur lequel j'ai noté mes observations franches et ; amicales. En général, le premier aspect de la tragédie m'a plu. J'y trouve de la verve, une imagination féconde, du jugement dans la conduite. Mais je vous le dirai avec la même sincérité, je ne suis pas content

980 vie D'ALnni.

tnes dépens : celle-ci y entre antres , an vers 181^ : t* aboiement du cœur. Cette métaphore »mt horri* blement le chien , je vous conseille de Voter.

Les notes placées en marge du premier acte et les conseils paternels du billet qoi les accompagnait m'inspirèrent la résolution de refaire le tout arec plus de persévérance et une obstination forcenée. Ce travail eut pour résultat la tragédie da ce nom , qui fiit jouée à Turin le 16 juin 1775^ Ten citerai aussi les premiers vers comme un troi^-

de la poésie. Les vers] sont mal tournés et n'ont pas Tallare italienne. Il y a une foule de mots qui ne valent rien, et Torthographe est toujours inexacte et vicieuse. Pardonnez à ma franchise naturelle et à l'intérêt que je prends à ce qui tous regarde, le conseil que je vous donne ici. Il faut bien savoir la langue dans laquelle on veut écrire. Pourquoi n'aveavons pat sur votre table Vorthographe italienne, un pelit volume in-S^T Pourquoi nelisea^vouspas d'abord les ofrMrvaiioiw grammaticales que Ton y a jointes? Vous verrez, par mes nombreuses notes, que je n'ai pas cru devoir vous épargner Tennui des corrections grammaticales. Je suis, en fait de langue, sévère, scrupuleux, indiscret peut-être. Mais cette fois-ci, je l'ai été plus encore que de coutume, parce que la pureté du langage est la seule chose qui manque a votre travail. Il y a de grandes pensées, des sentimena heureusement rendus, des caractères noblement soutenus. Courage, poursuivons. Il serait malaisé de trouver un poète qui, en écrivant pour la première fois une œuvre tragique, y ait mieux réussi. Je m'en félicite avec vous, et vous prie en mène temps de me croire tout à vous.

VIB D'ALFIEEI.

sième et dernier témoignage de mon ànerie, quoique j'eusse déjà vingt-six ans et demi ; ils suffiront pour marquer l'extrême lenteur de mes progrès, et la persévérance de cette incapacité d'écrire qui avait sa source dans le manque absolu des premières études ^ .

i TROISIEME CLEOPATRE.

Telle qu'utile fut représetitt^ sur le théâtre de Carignan,

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