‹ Mémoires de Victor Alfieri, d'AstiChapitre 37 sur 85 · LAMIA · texte numérisé non relu

LAMIA

Je reconnais le grand cœur de Diomede. Le ciel t'a dé-

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avait de fort gaies et de très-divertissantes ; elles me faisaient rire de bon cœur, quoique ce fût à

parti, pour ton malheur peut-être, une âme forte, généreuse, indomptable; inutile présent pour celui qu'il a fait naître dans les cours, car il lui faut respecter les fautes des rois, souvent même les adorer. Cependant tourne vers une femme affligée et sans défense des regards moins farouches. ■Regarde Cléopâtre, prends pitié d'elle, et je vois alors se fondre en larmes tes paroles amères. Oui, des larmes ; une âme noble ne saurait en refuser à de si grandes misères. L'humanité revendique toujours ses droits antiques, ses droits augustes et sacrés. Les malheureux sont toujours dignes de compassion, quoique coupables.

Et je ne refuse la mienne à personne ; mais quand celui qui commande n'inspire plus que de la pitié, on pleure l'homme, on méprise le roi. Depuis bien des années, l'Egypte a vu s'avilir la majesté du trône, etc., etc.

En voilà assez de cette seconde Cléopâtre pour montrer que peut-être elle valait encore moins que la première.

lETTRE DU PÈRE PACUCDI.

Très-honoré seigneur comte,

Je vous renvoie votre manuscrit, sur lequel j'ai noté mes observations franches et ^amicales. En général, le premier aspect de la tragédie m'a plu. J'y trouve de la verve, une imagination féconde, du jugement dans la conduite. Mais je vous le dirai avec la même sincérité, je ne suis pas content

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mes dépens : celle-ci , entre autres , au vers 185^ : L'aboiement du cœur. Cette métaphore sent horriblement le chien, je vous conseille de Voter.

Les notes placées en marge du premier acte et les conseils paternels du billet qui les accompagnait m'inspirèrent la résolution de refaire le tout avec plus de persévérance et une obstination forcenée. Ce travail eut pour résultat la tragédie de ce nom , qui fut jouée à Turin le 16 juin 1775. J'en citerai aussi les premiers vers comme un troi-

de la poésie. Les vers sont mal tournés et n'ont pas l'allure italienne. 11 y a une foule de mots qui ne valent rien, et l'orthographe est toujours inexacte et vicieuse. Pardonnez à ma franchise naturelle et à l'intérêt que je prends à ce qui vous regarde, le conseil que je vous donne ici. Il faut bien savoir la langue dans laquelle on veut écrire. Pourquoi n'avezvous pas sur votre table l'orthographe italienne, un petit volume in-S» 7 Pourquoi ne lisez-vous pas à' Sihoiàles observations grammaticales que l'on y a jointes? Vous verrez, par mes nombreuses notes, que je n'ai pas cru devoir vous épargner l'ennui des corrections grammaticales. Je suis, en fait de langue, sévère, scrupuleux, indiscret peut-être. Mais cette fois-ci, je l'ai été plus encore que de coutume, parce que la pureté du langage est la seule chose qui manque à votre travail. Il y a de grandes pensées, des sentimens heureusement rendus, des caractères noblement soutenus. Courage, poursuivons. Il serait malaisé de trouver un poète qui, en écrivant pour la première fois une œuvre tragique, y ait mieux réussi. Je m'en félicite avec vous, et vous prie en même temps de me croire tout à vous.

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sìème et dernier témoignage de mon ânerie, quoique j'eusse déjà vingt-six ans et demi ; ils suffiront pour marquer l'extrême lenteur de mes progrès, et la persévérance de cette incapacité d'écrire qui avait sa source dans le manque absolu des premières études * .

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