Memoires de Victor Alfieri ecrits par luimeme
L'Italie n'a jamais eu de plus ardent partisan de la liberté qu'Alfieri. Le grand poète secondait en lui le grand citoyen. Il a fait un traité spécial de la tyrannie, et la plupart de ses tragédies semblent avoir pour objet de protester contre le pouvoir d'un seul. Chose étrange! ces sentiments exaltés étaient ceux de presque toute la noblesse italienne. Ceci s'explique. Les petits États formés au moyeu âge eu Italie, Gênes, Venise, Florence, Rome elle-même, s'étaient tous constitués en républiques ; des familles s'y étaient élevées qni avaieut exercé, disputé, partagé le pouvoir. Au milieu de généreux patriotes se glissèrent souvent de rusés oppresseurs. Ils s'élevaient, par force ou par adresse, au-dessus de leurs égaux, qui, de leur côté, formaient contre eux des conspirations, presque aussi bien conduites que celle de Catilina.
Tous italiens , les oppresseurs que nous venons d'indiquer n'étaient, pour ainsi dire , que dts tyrans intimes. Ce fut bien pis quand des invasions successives de Français, d'Espagnols ou d'Allemands, s'emparèrent du sol et du pouvoir dans différentes souverainetés. Retirés dans leurs châteaux, les seigneurs italiens purent alors, avec une dignité que l'on conçoit, protester par leurs habitudes féodales contre la domination étrangère. Héritier de leurs sentiments, Alfîeri ne put se défendre d'y mêler l'exagération d'une humeur fougueuse et
MB*. DE VICTOR ALFIERI. t