ACTE III, SCÈNE III
vous voyant réduit à défendre, et peut-être en vain , mou obscure liberté, en voyant toute carrière fermée à votre gloire , en voyant vos sentiments courageux et romains en ce jour, où Rome n'existe plus ï
VIBGIW1US.
Et tu ne serais pas ma lille 1 Qu'il l'entende celui qui ose le soutenir.
HUH1TORU.
Hélas I elle est le seul soutien de nos vieux ans. Ah ! ma fille, plutôt mourir mille fois que de te perdre-
1CILIUS.
0 mon épouse chérie ! qu'il est ardent l'amour que l'on exprime avec tant d'énergie I II est digne de nous, égal au mien. Nos malheurs nous empêchent d'en éprouver les douceurs. Jurons, au nom de l'amour conjugal, de l'amour paternel, de mourir ensemble.
virgin m s.
0 mes enfants!... est-il vrai?... Tant de vertu doit-elle donc éprouver un pareil sort... 0 dieux I ne presserionsnous jamais dans nos bras nos enfants ni eeux à qui vous devez donner le jour ? Quoi 1 ces enfants dignes de Rome, ces rejetons de courageux Romains, périront-ils avec vous?
ICILIUS
Nous devrions verser des larmes bien plus amères si nous avions des enfants ; nous serions dans l'affreuse alternative ou de les laisser esclaves, ou... Mes enfants dans l'esclavage I.... ah I qu'ils périssent plutôt. — Je ne suis pas père; si je l'étais...
VIBGINIDS.
Quelle horrible lumière vous avez fait briller à mes yeux I — Arrêtez... arrêtez, je vous en conjure.
snimoBiA.
Je suis mère , et je sens toute la force de vos discours. Mères infortunées, nous ne pouvons que répandre des pleurs. — Pourquoi notre courage n'est-il pas égal à nos maux?
iCILIUS.
Les pères, les époux souffrent autant que vous, mais ils oseront davantage ; j'espère encore sauver votre fille... Virglnius et moi sommes seuls dans Borne ; mais il suffira de nous pour soulever et enflammer le peuple entier.
VIKGIlVItlS.
Ah! les discours, quels que soient leur force et leur énergie , ne peuvent suffire pour enflammer un peuple courbé sous le joug ; ils ne peuvent lui faire sentir ses affronts. L'outrage le plus affreux, le sang, voilà ce qu'il faut pour le tirer de sa léthargie. Il fallut pour soustraire Rome à la tyrannie des Tarquins qu'une dame romaine, innocente et Indignement outragée, répandit elle-même son sang.
Ah I s'il faut aujourd'hui pour enflammer le peuple répandre un sang innocent et pur, mon père, mon époux, frappez, voilà mon sein. Vous suis-je trop chèreî Redoutezvous de porter le coup fatal? Moi, je ne redoute rien : donnez-moi le fer, à moi. Que le peuple entier soit témoin de ma mort ; que ce spectacle rallume en lui son antique ardeur ; je serai le signal de la vengeance. Tous les braves viendront tremper leur glaive dans mou sang, et Ils voleront le plonger dans le sein des tyrans.
VIBGINIOS.
Ah, ma fille! de quelle nouvelle terreur tu viens me frapper !.. Hélas!..