‹ Memoires de Victor Alfieri ecrits par luimemeChapitre 104 sur 131 · ACTE Ht, SCÈNE lit. 343 VIRGINIE · texte numérisé non relu

ACTE Ht, SCÈNE lit. 343 VIRGINIE

Oui, c'est moi qui vous serre dans mes bras, maintenant que je puis encore vous nommer mon père.

nuUlTDBIA.

Inquiètes sur ton sort, inquiètes sur ton retour, chaque instant de retard nous donnait la mort. Nous allions audevant de toi, ne pouvant contenir noire impatience.

VIEGINIE.

Oui, nos craintes et nos inquiétudes étaient au comble. Au moins en ce jour je ne mourrai pas loin de vous. Je n'espérais plus vous revoir.

ICtLIUS.

Pèreinfortunél il ne peut parler, il ne respire qu'à peine.

NUM1TOEIA.

Tu reviens du camp ? — Que les temps sont changés I Jadis tu ne revenais que couvert de gloire et vainqueur de l'ennemi. Je vois ton front, si souvent ceint de lauriers, aujourd'hui flétri par le malheur et par les pensées les plus funestes. Tu es réduit à un tel excès de maux, que tu désirerais n'avoir ni épouse ni enfant, gages précieux qui te faisaient chérir la gloire et la vie.

VIHG1N1US.

1 Won, je ne me repens point d'être époux et père : ces noms font encore mon bonheur, malgré les chagrins dont je suis tourmenté. Si dans Rome on fait un crime À un Romain d'avoir donné le jour à une fille, je veux le premier me déclarer coupable ; je veux être le premier puni. Rome était libre, alors que je devins ton époux ; elle était libre quand tu donnas le jour à Virginie, gage si cher de ton chaste amour. Oui, Virginie est ma fille, je ne le sens que trop. Fille chérie , tu étais ma seule es-

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pérance quand je t'élevais sous la protection de nos lofs sacrées. Alors les magistrats étaient les défenseurs de nos vies et de notre honneur. Maintenant, ils ne sont plus que de vils ravisseurs... Ah! ma fille... sèche tes pleurs... ne me force pas, hélas ! à en répandre ; non que je regarde les larmes comme indignes d'un soldat romain, quand les lois enfreintes, son honneur flétri, sa fille enlevée, déchirent à la fois son cœur. Mais il faut agir et non répandre des larmes.

Et moi, si je n'étais née d'un sexe faible, moi votre fille, pensez-vous que des larmes inutiles eussent été ma réponse à celui qui a osé m'appeter esclave? Mais , hélas! je suis femme et sans défense. Je perds tout à la fois mon père, mon époux...

1CIL1US

Tous n'avez rien perdu ; tout espoir ne nous est pas enlevé. Vous aurez pour défenseurs le peuple, le ciel et nous ; si nous ne pouvons vous sauver, vous périrez avee nous;... je vous le dis en tremblant,... le silence de vos parents vous le dit aussi,... vous périrez avec nous.... J'armerai votre bras courageux du poignard encore fumant de mon sang. Vous m'entendrez jusqu'au dernier soupir vous rappeler que vous êtes fille d'un brave, libre, Humaine et mon épouse I pensée qui me déchire le cœur, et que j'ose à peine rappeler dans ce moment affreux 1

Et c'est cette idée seule qui m'attache à la vie. Ah ! si vous m'avez vue pleurer, c'était sur votre sort et non sur le mien. Né pour les plus hautes entreprises, vous deviez être la gloire de Home. Puis-je retenir mes larmes en

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