‹ Memoires de Victor Alfieri ecrits par luimemeChapitre 121 sur 131 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

1NUMITOBIA, VIRGINIE, APPIUS, VIRGIMUS,

MARCUS, PEUPLE, LICTEUaS.

H UMITOHIA.

0 trahison !

LE PEU i'LE.

0 jour terrible'

VIBGIN1E.

VIB01NIE.

O mon père! vous vivez au moins; vous vives. Ah! vous ne savez pas.... Icilîus — Hélas !

VTBGIIHOS.

Parlez; que lui est-il arrivé? Je ne le vois pas.

NUM1TOBIA.

Il expire.

VIHG1NIUS.

Dieux 1 qu'enlends-je?

ÀPPIUS.

Quel est donc le téméraire qui pour servir Rome a osé frapper uu coupable sans attendre qu'il fût condamné par la juste rigueur des lolsï

HUMITOBIA.

Perfide! oses-tu dissimuler ainsi'! Icilius venait avec nous au Forum, se fiant à son seul courage. Tout à coup ceux qu'il croyait lui être dévoués se présentent devant lui dans une attitude menaçante. On distinguait Arons, Faustus, Cesonius et plusieurs autres les armes à la main. Arons s'écrie : a Tu es un traitre! » Tous paraissent transportés de rage; ils frémissent, tirent le glaive et attaquent en même temps Icilius. Alors, plus prompt à frapper qu'à répoudre, il fait face à tous. Arons tombe le premier; ceux qui ont l'audace d'approcher éprouvent le môme sort. Les plus lâches crient de loin au peuple étonné : « Romains ! Icilius est un traître ! il veut se faire « roi de Rome I » A peine ce mot est-il prononcé qu'Icilius est assailli de tous côtés par le peuple : sa mort devient inévitable.

VIBGinlUS.

Quelle fin pour uu Romain aussi magnanime!

ASTI Y, SSII1K IT. 367

IttJKlTOHU.

Mais les glaives ne peuvent l'atteindre. Il tourne contre lui son propre fer, et meurt en s'écriant : « Non, non, « je ne veux point régner; non, je ne veux point êtr* s esclave; que mon épouse apprenne de moi à mourir a libre 1 »

Ah ! je ue l'ai que trop entendu! Ah, malheureuse !... Époux chéri... jeté suivrai... J'ai vu ta main plonger trois fois le fer dans ton sein... J'ai voulu m'en emparer, de ce fer,... mais en vain...

nUHITOHIA.

Le peuple l'a arrachée à cet horrible spectacle, «t l'a entraînée jusqu'en ces lieux.

VIEGIN1US.

Romains, Icilius n'est plus!... Appius règne déjà !

À.PPIUS.

Romains , Icilius est tombé sous ses propres coups et sous ceux de ses complices. Il se connaissait, il a voulu effacer par sa mort une vie criminelle; il est mort en Romain , mais il n'a pas vécu en citoyen. Je ne voulais pas pnnir le traître, il vous était trop cher; mais le temps, qui dévoile tout, a déchiré le fatal bandeau qui couvrait vos yeux. Si j'avais ordonné la mort d'ïcilius, vous m'auriez appelé tyran, et pourtant Icilius avait mérité la mort, même aux yeux de ses complices.

VIBGIN1US.

Tu ne trompes personne; non, arrête. Chacun voit eu toi l'auteur de cette horrible vengeance; Icilius n'est plus, ta cause criminelle a remporté la victoire. Poursuis, Appius; fais entendre la sentence; mais pourquoi la de-

mander? Ces troupes de soldats et le silence de Rome tremblante ne l'annoncent- il s pas?

Apnus.

Perfide! eh quoi 1 après avoir en vain tenté de vous révolter, si vos complices vous ont trahis , vous m'en accusez ! Des traîtres ont trahi des traîtres : qui peut s'en étonner? — Romains, véritables Romains, c'est à vous que je m'adresse. Vous voyez le Forum rempli de soldats, mais ils y sont pour la sûreté de Rome : qui oserait s'opposer à votre volonté? Ce ne serait pas moi; mais j'emploierai ces soldats contre le petit nombre des séditieux, pour assurer la majesté romaine, que vous m'avez confiée. Tons les traîtres sont-ils tombés avec Icilius? Holà, licteurs; que Yirginius soit retenu parmi vous, jusque après le jugement : il est venu ici dans des intentions criminelles; qu'il expose ses raisons, mais qu'on l'empêche d'employer la violence.

NUMITOR1A.

0 tourment !

Ah, malheureuse! mon père aussi!....

VIBGINIUS.

II est vrai , je suis un traître , je suis le père de Virginie; Icilius fut un traître, il était son époux ; ils seront des traîtres, tous ceux qui refuseront de te prostituer leurs femmes ou leurs filles. Eh quoi! n'êtes- vous pas encore assez convaincus de son coupable amour? Romains, malgré mon innocence, laissez-moi traîner au supplice avec Icilius, avec mille autres; mais au moins sauvez l'honneur de ma fille : j'aime mieux mourir que de la voir tomber entre ses mains. Je ne vous implore pas pour moi;

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