ACTE Y, SCÈHB IV
ce n'est pas pour moi que je tremble, c'est pour elle seule que vous voyez couler mes larmes.
NUHITOBIÀ.
Et nos larmes ne font-elles pas couler les vôtres? 0 pères 1 apprenez par notre exemple le sort qui vous est réservé... 0 cœurs insensibles!. .. vous vous taisez.,.. Mères, écoutez-moi donc; ô vous qui seules aimez véritablement les enfanta que vous avez conçus dans votre sein, nourris de votre lait , ô mères 1 c'est nn trop grand malheur de donner le jour à des enfants. Désormais, si leur honneur, si le vôtre vous est cher, plongez-leur un couteau dans le cœur, le jour même de leur naissance.
ÀPPIUS.
Vous l'entendez, Romains, quel est son amour maternel ; vous l'entendez I Qui de vous maintenant ne voit pas qu'elle n'est point mère de Virginie, et que Virginius a été trompé par elle ? Vous avez demandé, et avec raison, que Virginius fût présent aux débats ; le voilà, il est là, mais son retour peut-il m' empêcher de rendre la justice ? J'ai examiné Marcuset les témoins, ils s'accordent tous dans leurs assertions; le droit de Marcus est certain : je le jure à Rome, cette fausse mère est elle-même tellement confondue par les preuves, qu'elle cherche maintenant à gagner sa cause en soulevant le peuple. 11 m'en coûte de dessiller les yenx d'un malheureux qui croit qu'on lui enlève sa fille, et pourtant je le dois. Marcus. Virginie est à vous ; 11 n'est point de considérations qui puissent vous priver de votre esclave.
NUHITOBIA.
Ah! prononça-t-on jamais un pareil jugement? Mais personne ne m'écoute !
T1BGIHIE.
Ma mère, voyez les haches levées sur la tête de mon pèrel il De peut rien entreprendre pour moi, à peine peut-il parler, et hélas 1 c'est en vain. Donnez-moi le poignard, vous l'avez, vous me l'avez promis 1 On m'a enlevé mon époux, attendez-vous encore qu'on m'enlève mon honneur?
VIBGIRIUS.
0 vil troupeau de lâches esclaves! la terreur a-t-elle donc tant d'empire sur vous? L'amour de la vie vous fait-ii donc oublier votre honneur, vos enfants, tout enfin? J'entends bien un sourd murmure d'indignation , mais aucun n'ose agir. Ah , peuple avili 1 chacun de vous puisset-il éprouver nn sort semblable au mien ! puisse-t-il être plus malheureux encore 1 Privés successivement de vos biens, de votre liberté, de vos enfants, de vos femmes, de vos armes, puisse le tyran, dans un jour de carnage, vous arracher aussi cette horrible vie que vous conservez aujourd'hui pour souffrir toutes ces horreurs 1 appiijs.
Rome murmure, il est vrai , mais c'est toi seul qui la fait murmurer ; qu'on garde désormais le silence. Licteurs, livrez à l'instant l'esclave à son maître; ne soyez point arrêtés par les plaintes séditieuses d'une fausse mère : qu'on arrache de ses bras cette fille qui n'est pas la sienne.
nUHITOBIA.
II faudra auparavant m'arracher la vie.
VIBGIBIE.
0 ma mère !
LE PEUPLE
0 quelle journée !