‹ Memoires de Victor Alfieri ecrits par luimemeChapitre 73 sur 131 · LETTRE SUE LA MOIIT · texte numérisé non relu

LETTRE SUE LA MOIIT

Si elle ne se manifestait que dans ce seul écrit, vous auriez trèsbien fait, Madame la Comtesse, de ne le montrer qu'à quelque ami sur; mais comme les sentiments qui lui ont attiré tant d'ennemis sont déjà publics dans beaucoup de ses ouvrages; comme l'éclat de sa gloire suffirait seul pour exciter contre lui l'envie ; comme, enfin , il est possible que tous ses papiers, de telle manière qu'ils soient gardés, tombent dans les mains de la malveillance, je crois nécessaire d'affaiblir l'impression qu'ils pourraient laisser.

■ Alfieri a des droits aux éloges, autant comme grand écrivain que comme homme irrépréhensible. Cette seconde qualité, qu'on rencontre rarement ici-bas, même dans la médiocrité, on ne l'exige pas de ceux qui s'élèvent au-dessus des autres. C'est à ce dernier but qu'a toujours tendu Alfieri ; et parmi les nobles affections dont l'amour de la gloire avait enflammé son cœur, il ne rêvait plus que patrie et liberté civile. Il est vrai qu'un véritable philosophe, qui n'exerce aucun emploi dans la monarchie, est plus libre que le monarque même. Pour moi, je n'ai jamais demandé d'autre lihcrté, et je n'ai jamais dédaigné les devoirs de sujet fidèle. Mais lorsque les souverains so font appeler les maîtres de tous leurs sujets , il est très-facile que quelques-uns de ceux-ci se laissent entraîner à croire qu'il n'y a plus de liberté civile là où tout dépend de la volonté d'un seul. Voilà ce qui avait trompé Alfieri ; voilà ce qui l'avait enflammé de ce noble amour de liberté et de patrie: passion qu'il avait étendue de son pays à toute l'Italie. Il brûlait du désir de voir revivre un jour celte glorieuse liberté italienne. Il voulait aussi se séparer de ces scélérats qui , comme lui , s'étaient montrés les chauds partisans de la liberté, et qui , parleurs crimes, étaient parvenus à en faire détester jusqu'au nom. Tous les gens sages diront qu'il ne devait pas confondre les bons avec les coupables. Rien ne pourra donc jamais justifier sa haine pour une nation entière. Mais il faut considérer Aliieri comme un amant passionné, à qui il est impossible d'être

d'alfiebi.

juste pour les ennemis de sa maîtresse. Il faut le considérer comme le Démosthène de l'Italie, qui oppose des paroles de feu aux forces des Macédoniens. Je ne veux point par là faire son apologie; je crois même que je n'en ai pas besoin pour soutenir sa réputation de grand homme. Je ne demande seulement que de l'indulgence pour une faute qui a sa source dans une si noble affection, l'amour de sa patrie.

« Je vous supplie, Madame la Comtesse, de faire de ma lettre l'usage que vous jugerez convenable, et d'agréer l'hommage de mon profond respect.

« Thomas VALPERGA-CALUSCX -

Florence, le 21 juillet 1801,

FIH DBS MÉMOIRES.

PIÈCES JUSTIFICATIVES

IBSCBIPTIONS L,1TI\ES

Composées par Alfieri pour lui et pour son mure.

QU1ESCIT. HIC. TANDEM V1CTOR1US ALFERIUS. ASTENS1S MUSA HUM. AHDENTISSIMl'S. CULTOH VE RIT ATI. TANTUMMODO. OBNOXIUS DOMINA TIBUS. IDC1RCO, VIHIS PERACQUE. AC. INSERVIENTIBUS. OMNIBUS 1NVISUS. MERITO MULTITUDiNI EO. QUOD. NULLA. UNQUAM. GESSEIUT PUBLICA. NEGOTIA 1GNOTUS OPTIMIS. PEIU'AUCIS. ACCEPTAS NEMINI

N1SI. PORTASSE. SIHIMET. IPSI DESPECTUS YIXIT. ANNOS. ■ . . MlïNSËS.... DIES....

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