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lier de l'ordre d'Homère , dont il voulait se faire chevalier. Cependant, la goutte, qui le tourmentait toujours dans les changements de saison, lui était survenue au mois d'iwril. Elle Tut plus rude, parce qu'elle le trouva fatigué par un travail opiniâtre , épuisé, et saus cette vigueur salutaire qui aurait pu la repousser et la fixer sur quelque partie extérieure de son corps. Il avait observé que, depuis quelques années, la fin de ses digestions était pénible et laborieuse , et il s'imagina que pour calmer sa goutte, ou du moins pour l'affaiblir, il fallait diminuer sa nourriture, toute modique qu'elle était. Il pensait qu'une diète sévère ferait céder le mal ; d'autant plus que lorsqu'il étaitàjeun, il trouvait que son esprit était plus libre pour se livrer à ses opiniâtres études. En vain votre tendre amitié , Madame la Comtesse, l'avertissait , l'importunait même, afin qu'il renonçât à une abstinence aussi rigoureuse ; vos yeux vigilants s'apercevaient tous les jours qu'il maigrissait d'une manière effrayante. Cependant, inébranlable dans sa résolution , il n'en continuait pas moins avec ardeur de corriger ses comédies : il craignait que la mort ne vînt l'empêcher de les perfectionner, ïïon content de ce travail, il n'abandonnait pas celui qu'il s'était prescrit tous les matins, pour amasser de nouvelles connaissances. Sa santé empirant toujours par les efforts qu'il faisait à mesure qu'il se sentait plus faible, dégoûté de toute autre chose que del'étude, seule distraction qui lui était! restée dans une vie fatiguée et pénible, il parvint ainsi jusqu'au 3 octobre. Ce jour-là, s'étant levé avec l'air d'une meilleure sauté, et plus gai qu'il n'avait coutume d'être depuis longtemps il sortit, après ses études du matin, pour faire une promenade en phaëton. A peine l'eut-il commencée, qu'un froid extrême le saisit II descendit, pour tacher deso réchauffer en marchant ù pied ; mais, surpris par des douleurs d'entrailles, il ne le put pas, il revint chez lui avec la fièvre, qui fut très-forte pendant plusieurs heures, et ne diminua que le soir. Quoique tourmenté par des envies continuelles de vomir, il passa la nuit sans
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trop souffrir; et le lendemain, il s'habilla, sortit de son appartement, et descendit dans la salie à manger pour dîner : il lui fut cependant impossible de manger. Il passa la plus grande partie de ce jour à dormir. La nuit qui survint fut orageuse. Dans la matinée du 5, après s'Être rasé, il voulut sortir pour prendre l'air; mais la pluie l'en empêcha. Le soir il prit, à son ordinaire , son chocolat , et avec beaucoup de plaisir. La nuit du G , les douleurs d'entrailles le reprirent, et le médecin ordonna qu'on lui mît des sinapismes aux pieds. A peine ce topique avait commencé à produire quelque effet, qu'il l'arracha,
demie; le mal; ne poi
laqi fin I
où, contre l'avis des médecins, il voulut s'obstiner à prendre de l'huile et de la magnésie. Ce remède loi ambarrassa les intestins, et lui fit beaucoup de mal. Deux heures après, on vit
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qu'il était daus le plus grand danger; et quand vous revîntes auprès de lui , vous le trouvâtes avec un embarras de respiration qui le suffoquait. Il se leva cependant de sa chaise, s'approeha du lit, s'y appuya ; et un moment après sa vue s'obscurcit, et il expira. On n'avait négligé ni les devoirs, ni les consolations de la religion ; mais comme on n'avait pas cru que la maladie fut aussi rapide, onnes'ét3it pas trop pressé : de sorte que son confesseur n'arriva pas à temps. Nous sommes sûrs, cependant, que le comte était préparé à ce terrible passage , d'autant plus qu'il en parlait souvent, et s'en oecupait plus souvent encore. C'est ainsi que, dans la matinéedu samedi 8 octobre 1803, nous avons perdu ce grand homme, à cinquantecinq ans accomplis.
• Il a été enterré près de l'autel du Saint-Esprit, dans l'église de Sainte-Croix, où reposent tant d'hommes célèbres. Il n'a qu'une pierre sépulcrale très-simple, en attendant que le mausolée que vous )ui destinez, Madame, soit achevé, et qu'il soit placé non loin de celui de Michel-Ange. Canota y travaille déjà : et l'ouvrage d'un tel artiste ne peut être que parfait.
' Je voudrais jeter ici quelques fleurs sur la tombe de mon ami ; je voudrais faire sentir la perte irréparable que l'Italie et nous venons de faire; mais il faut retenir mes larmes; elles en feraient couler de plus douloureuses. Il faut plutôt porter des consolatious : notre douleur en trouvera dans la pensée qu'il n'est pas mort tout entier ; que son esprit et l'empreinte de sa grande âme nous restent dans ses ouvrages. Le regret même de voir qu'il n'a pu achever ses mémoires; ce regret , Lieu vif pour nous , sera adouci en pensant qu'il s'y est peint tel qu'il était.
i Tous ceux qui liront la vie d'Alfieri, s'ils ne sont pas prévenus par quelque passion haineuse , ne pourront se tromper sur l'idée qu'ils doivent avoir de lui. Cependant, l'aigreur dédaigneuse de son ton peut blesser beaucoup de monde.