‹ Memoires de Victor Alfieri ecrits par luimemeChapitre 75 sur 131 · ANNO. DOMINI. M.D.CCC · texte numérisé non relu

ANNO. DOMINI. M.D.CCC

(■) Sic inscribendum, me, ut opinor el oplo, prœmorleolii; sed, aliter Jnbeoie Deo, aliter inscribendum ;

QDI. JUXTA EAM. SARCOPHAGO. UNO CONDITUS. ERIT. QUAM. PRIMUM

PIÈCES JUSTIFICATIVES

(Page 279. )

Lettre (CAlfieri.

J'ai reçu , par M. d'Albarey, vos deux lettres, dont la dernière, celle du 25 février, m'a beaucoup affligé. La nouvelle que vous me donnez de mon agrégation à votre Académie me désole. En vérité, je me flattais que votre amitié et la connaissance que tous avez de mon caractère indépendant , revéche, orgueilleux et entier, m'aurait épargne le chagrin que cette nomination me cause. Cela aurait été très-facile, si vous eussiez voulu prier ceux qui l'ont faite de la suspendre jusqu'à ce qu'on m'en eût prévenu ; ou bien si, usant de cette franchise et de cette liberté qu'on peut toujours employer quand on parle pour les autres, vous eussiez voulu alléguer ma manière invariable de sentir et de penser comme un obstacle insurmontable à la chose. Quoi qu'il on soit, je vous prie de faire actuellement ce que vous avez négligé do faire d'abord, et de me tirer de là à quelque prix que ce soit. Vous pouvez le faire mieux que moi. La douceur incomparable de votre caractère vous on donne tous les moyens. Ainsi, je ne vous en dirai pas davantage. Pour moi, comme il ne m'est encore arrivé aucune lettre d'avis, s'il m'en parvient, j'aurai l'air de ne l'avoir pas reçue, jusqu'à ce que vous ayez répondu à celle-ci, et que vous m'ayez annoncé que je suis dégagé. Je ne crois pas que cela vous soif, difficile. Je consens volontiers que ceux qui m'ont proposé et ceux qui m'ont nommé rétractent ma nomination , et qu'ils se servent pour cela des mêmes pleins pouvoirs qu'ils se sont donnés pour la faire. Ils peuvent dire qu'ils se sont trompés, ou qu'ayant mieux réfléchi , ils ne m'en croient nas digne. Je no mets aucune vanité dans le refus ; mais je meis waucoup d'importance à ne ma pas trouver inscrit sur leur liste , et si je le suis déjà, à en être ab solument rayé. Vous savez que je n'aime ni les vrais honneurs ni les faux ; mais certainement je ne consentirai jamais à me charger d'aucune honte, et il y en aurait une bien grande pour moi non pas à me trouver en compagnie de tant d'hommes respectables que vous avez parmi vous, mais d'y être placé dans les circonstances actuelles, et de la manière dont on m'y a mis.

PIÈCES JUSTIFICATIVES

Enfin, je ne puis supporter d'être introduit dans une société littéraire do laquelle on a chassé des hommes comme le comte Balbo et le cardinal Gcrdil. Je ne vous parle pas du mille autres raisons que vous connaissez et sentez aussi bien que moi, et que je crois inutile d'écrire. Mais je serai force de les rendre toutes publiques, et de les mettre en évidence, si je n'obtiens pas ce que je désire. Si donc vous pouvez me tirer de cet embarras et m'épargner la lettre d'avis, cela vaudra mieux. Si cependant elle m'arrive, et que je sois obligé d'en accuser la réception {car je n'y répondrai jamais directement), je serai désole de me voir forcé d'user de moyens désobligeants et de paroles choquantes autant qu'inutiles, tandis que j'aurais pu les éviier.

Réponse.

Turin, [8 mars MOI.

Mon cher ami ,

Je n'ai jamais cru que votre nomination à notre Académie pourrait vous plaire; mais je ne pensais pas non plus qu'elle pût voue affecter si fortement. Dans tous les cas , il n'était pas convenable, lorsqu'on vous a proposé dans une assemblée dont presque la moitié est composée de nouveau-venus , et dans laquelle il y en a plusieurs qui ne m'inspirent aucune confiance, que je mu rendisse l'interprète de vos intentions. Je ne pouvais pas non plus empêcher qu'on ne recueillit les suffrages pour vous comme pour les autres qu'on avait proposés. Au reste, tout cela no vous met dans aucun embarras, et je vous ai dégagé. Aussitôt que j'ai reçu votre lettre, j'ai été voir le président et 1:' secrétaire , qui devaient vous écrire, pour savoir s'il était encore temps de ne pas vous faire donner avis do votre nomination. Comme la lettre était partie, nous sommes convenus avec eux, et ensuite avec le président, les secrétaires et académiciens de la classe des Heaux-Arts, qui s'est réunie hier au soir, que l'Académie agréait vos excuses et les remercîments que je lui adressais en votre nom, et qu'elle vous dispensait de toute réponse. Tout est fini, et vous ne serez pas mis sur la lista des académiciens , .qu'on imprime.

Je tous embrasse de tout mou cœur.

PIÈCES JUSTIFICATIVES

Lettre de Couleur.

Florence, le 28 mars 180'.

Mon cher ami,

Votre dernière, qui m'annonce que je suis enfin délivré de votre Académie m'a rempli déplaisir. Ce n'est que la semaine passée que j'ai reçu, ou pour dire mieux, qu'on m'a apporté (carjo ne la reçus pas) la lettre do l'Académie. Je ne l'ai pas ouverte , et je vous la renvoie, avec la plus instante prière de la rendre à ceux qui l'ont écrite. Il ne manque pour mon entière purification, dans cette affaire, que de voir retourner intacte la lettre, avec son respectable cachet, à ses auteurs. Si j'avais voulu y répondre, je l'aurais fait, en mettant très -laconiquement autour du cachet, encore entier, ci's quatre mots : t£ |ioi aiiv Soiïotç. Mais pour ne pas vous compromettre, et pour ne pas sortir des bornes sans nécessité, il me suffit que la lettre soit rendue telle qu'on me l'a envoyée, afin qu'on puisse se convaincre que je l'ai regardée comme si elle ne m'était pas adressée. Je vous dirai aussi, sans détour, que je ne peux pas avaler le titre crotté de Citoyen; non pas parce que je veux être comte , mais parce que je suis Victor Alfieri, libre , et non pas affranchi. Vous me direz que c'est le style ordinaire adopté actuellement chez vous ■. je vous répondrai que ces messieurs ne devaient jamais penser à moi , ni me nommer en bien ou en mal ; que s'ils voulaient lo faire, ils devaient me coruialtre, et ne pas me souiller par cette dénomination, aussi stupide que vile et arrogante ; car s'il n'y a point de comte sans comté, il n'y a point de citoyen sons cité. C'en est assez ; car je n'en finirais plus , et je dirais des choses connues lippis et tonsoribus. Cependant, si vous ne pouvez , ou que vous ne croyez pas convenable de rendre ma lettre, faites-moi le plaisir de la garder jusqu'au moment où je pourrai trouver quelqu'un qui veuille bien s'en charger. Je vous prie, cependant, de me donner avis que vous l'avez reçue intacte, telle que je vous l'ai envoyée par mon cher neveu. Madame vous répondra directement sur l'article de ses livres. Quant à moi, je finis, pour no pas vous ennuyer davantage par mes folies; mais,

PIÈCES JUSTIFICATIVES

en vérité , tout cela m'échauffe la bile , et si je n'avais pas cinquante-deux ans, je ne sais de quel excès je ne serais pas capable. Vous me direz que c'est bien inutile; mais les paroles qui ont pour base le vrai et le juste, et qui durent des siècles, ne sont jamais inutiles.

Tout à vous,

Victor ALFIERI.

FIN HES PIÈCES JUSTIFICATIVES

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