DES LIBRAIRES-ÉDITEURS
C'est la première fois, ce sera probablement l'unique fois, qu'aux mémoires que nous publions se trouvera mêlée une œuvre dramatique. Si nous n'avions prisée parti, l'idée qu'on doit avoir d'Alfieri serait restée trop incomplète. Il revient souvent, dans les pages qu'on vient de lire, sur ce qu'en fait de gouvernement il éprouve d'amour pour la liberté. C'était alors en Europe, et en Italie plus qu'ailleurs, une passion malheureuse. Il ne peut se rappeler sans émotion les temps où les principales cités de l'Italie , ne recevant de lois que d'elles-mêmes, vivaient agitées sans doute, mais indépendantes. Dans son poflme intitulé VÊtrurie vengée, il a donné l'essor à sa haine contre toute autorité sans limites et sans contre-poids. Lorsqu'on Amérique l'insurrection des États-Unis éclata, le poëte célébra, sous une forme nouvelle, leur affranchissement dans une suite d'odes où s'exhalent tous les sentiments qui naissent pour lui du sujet; mais nulle part plus que dans son théâtre il ne s'est montré hostile à toute domination oppressive.
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Dans sa première tragédie , Philippe H, il flétrit d'abord le pouvoir religieux aveu hypocrisie. Viennent successivement après, sur la scène , les faits historiques qui dans la Grèce, à Rome, à Florence, étaient le plus favorables à sa thèse, toujours passionnée. Timoléon, les deux Brutus, la conspiration des Pazzi, le servent à souhait. On pourrait, à l'aide de comparaisons littéraires, discuter sinon contester le mérite de ces tragédies. Virginie an contraire est une pièce bien supérieure parle plan, l'intérêt , les caractères et le style aux autres tragédies de l'auteur; d'autant plus attachante qu'elle s'éloigne davantage de nos lois, de nos mœurs et de nos usages : œuvre préférée d'AIfieri, elle résume à la fois pour nous son génie et son enthousiasme républicain. Forcés, pour l'instruction du lecteur, de mettre l'un et l'autre en évidence, nous ne pouvions mieux choisir : Virginie était un complément indispensable aux mémoires du poète illustre et du grand citoyen piémôntais.
Bien à tort pourtant croirait-on qu'il put, àraison de ses opinions, approuver le moindre excès. Son besoin d'indépendance cédait vite le pas à son humanité. L'homme aurait frémi des désordres sanglants auxquels semblait accoutumé l'auteur tragique. Chaud partisan de la révolution française à la prise de la Bastille , il la maudissait au 10 août. Nul n'a plus pleuré que lui le tyran Louis XVI.