ACTE I, SCÈNE II
MABCUS.
Ajoutez que, trompé par vous, il croît que vous avez donné le jour à cette enfant; Il n'a pas su, il ignore encore par quel artifice vous lui avez imposé; quand il en sera temps , vous me verrez produire les preuves. Mais en attendant , que mon esclave me suive. Je ne suis point un imposteur, je ne redoute point Virginius ; je suis tranquille sous la protection de nos inviolables lois.
Ma mère, souffrirez-vous qu'on me sépare de vous? Perdrai-je en même temps vous, mon père, mon époux et la liberté 1
NUMITORIA.
j'en atteste le ciel et Rome , elle est ma fille I
MABCUS.
Vos serments ainsi que vos injures sont inutiles. Qu'elle suive à l'instant mes autres esclaves, ou je la fais entraîner par force ; si vous l'exigez ensuite , je suis prêt à rendre compte de ma conduite au tribunal suprême.
NUMITORIA.
Tu te crois plus fort que des femmes sans défense, voilà comme ta montres ton audace; mais il ne te sera pas si facile d'employer la violence. Tu as mal choisi le lieu pour une telle infamie; nous sommes au Forum, l'as-tu doBC oublié î Arrête, ou le peuple entier accourt à mes cris et me présente des milliers de défenseurs pour une vierge innocente !
Et si je ne trouve point de défenseur, bourreaux 1 vous m'arracherez le jour avant que de m'entrulner comme son esclave. Je suis la fille d'un père illustre. Je sens mon
314 VIBGIME.
cœur palpiter aux seuls noms de Rome et de la liberté. Il seraitbien différent si j'étais née ton esclave ou tonégale.
MABCUS.
Tu reprendras dans les fers les sentiments de ta condition ! tes discours changeront avec ton état. Mais c'est trop perdre de temps dans de vaines discussions. — Qu'à l'instant....
NUMTTOBIA.
Tu m'entraîneras avec elle....
Oh I aucune puissance ne peut me séparer de vous.
MABCU5.
Vaines paroles I Qu'on les sépare. — Qu'on arrache mon esclave fugitive des bras de cette femme 1 qui n'est point sa mèrel
VIBG1NIE.
0 généreux Romains ! s'il vous reste encore quelque pitié...
NOMITORIA.
Enfants courageux de Mars, elle est Romaine; elle est née aussi libre que vous , cette fille que je presse sur mon sein maternel : ces monstres veulent l'en arracher! ils l'osent, à vos yeux, au milieu de Rome, devant, les temples sacrés des dieux I