‹ Memoires de Victor Alfieri ecrits par luimemeChapitre 84 sur 131 · ACTE I, SCEHE III · texte numérisé non relu

ACTE I, SCEHE III

te tu us.

Moi, le premier, et je Berai suivi par tout ce qu'il y a ici de vrais Romains. Certes, ta demande criminelle couvre quelque horrible mystère. La raison qui te fait agir, qui la sait, qui pourra, qui voudra la savoir ? Ce ne sera pas moi. Ah I puisse-t-elle ne pas avoir des suites affreuses! Rome, depuis qu'elle est devenue la proie des déeemvirs, a déjà, sous le voile de la loi, supporté trop d'affronts , de honte et de violences I Moi, je ne suis point encore accoutumé aux outrages : les souffrir, c'est les mériter. L'épouse d'icilius ne peut être esclave. — Et fût-elle née esclave, où vit-on jamais une loi plus injuste? Des esclaves dans le pays de la liberté ! Et pour qui ces esclaves? Pour le faste insolent qui nous opprime 1 Les esclaves ne sont pas pour nous, pour nous , qui avons des bras et du courage 1 — Mais que Rome compte des milliers d'esclaves, Virginie n'en grossit pas le nombre. Romains , croyez-moi : elle est, j'en atteste les dieux, elle est ûl le de Virgintus! Elle en a les traits, la modestie, les sentiments élevés et le courage. Je l'aime; elle doit litre à moi. — La perdrai-je ainsi?...

LE PEUPLE

Malheureux époux ! Qui sait ce qui fait agir Marcus?

ICILIUS

Oh ! je le vois, mon sort a ému votre pitié : je la mérite, hélas ! Le jour même où je me croyais au comble du bonheur, je me trouve précipité dans un abîme de maux. J'ai beaucoup d'ennémis dans Rome; ils sont tous aussi les vôtres ; ils sont puissants , mais encore plus perfides. Qui sait? Ceux qui m'ont enlevé la liberté voudraient aussi m'enlever mou épouse? Voyez leur hardiesse! Ils ont in-

venté l'imposture, et voilà celui qui est chargé de l'exécution. ORomel dans quel avilissement tu es plongée... Infâmes patriciens, c'est à vous qu'il sied d'être esclaves ; à vous, qui devriez toujours ramper sous le joug ; à vous, qui joignez l'avarice à la lâcheté et à la perfidie; à vous, qui êtes toujours dévorés par la jalousie de nos vertus plébéiennes, que vous ne pratiquez pas, et que vous n'avez même jamais connues ! Les perfides présentent leurs bras aux fers, afin que le peuple soit doublement asservi. Ils veulent une honteuse servitude ; i Is veulent le malheur de tous, plutôt que de partager avec nous la liberté. Les monstres! notre bonheur fait leur désespoir; nos maux les font sourire; mais, je l'espère, les temps changeront Peut-être le jour n'est pas éloigné....

LE PEUPLE

Ah! puisse ton présage s'accomplir!

MABCUS.

Arrêtez. Il suffit. Voudrais-tu te faire de nouveau tribun du peuple? Je le sais, tu ne t'es jamais plu que dans les séditions et le carnage. Me préservent les dieux de t'offrir une occasion de les renouveler 1 Tu cherches à semer le trouble et à répandre adroitement ton poison. Désormais, je ne veux opposer à tes violences que la force des lois. Que Virginie se rende au tribunal d'Appïus , que sa prétendue mère y paraisse avec elle; c'est là que je les attends. Là, ce ne seront point des cris factieux, ni des vociférations insensées, mais la tranquille raison qui décidera le juge.

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